La belle déclaration.

lily-rose

L'amour est une chose incroyable que l'on aimerait déclarer de la meilleure des façons. A chacun sa méthode, à chacun son histoire.

La main posée sur le cœur, sous la lune mystérieuse, elle prononça ses vœux...


Chaque romance a un début et une fin. La leur commença à l'aube d'un jour sans couleur ou, au détour d'un carrefour désert, deux voitures se rencontrèrent dans un fracas sans nom. Un homme, encore étourdit par la violence du choc, sortit de sa petite Twingo noire. Une femme, semblant prête à rugir, sauta de sa décapotable bleue. Il y eut un regard. Il y eut des mots. Et c'est ainsi que l'histoire débuta.

Des mois durant, il lui témoigna son amour. Il avait toute sorte d'idées originales : des petits mots glissés sous l'essuie glace avant qu'elle ne parte travailler, des bouquets de fleurs colorés livrés à son travail, des visites surprises, matin, midi ou soir. Il était là pour elle. Son amour était infaillible. Et elle, elle aimait être surprise, elle voulait être éblouie. C'était une femme difficile à convaincre, une femme qui demandait beaucoup d'attention, de patience et de persévérance. Il avait persévéré. Et désormais, il lui préparait la plus belle des surprises.


Lorsque la jeune femme sortit de son travail, elle ne s'imaginait pas vivre une telle soirée. Elle prit le volant de sa voiture et se dirigea chez elle. Sur la route, la signalisation de travaux l'empêcha de continuer sur le chemin habituel et elle dû faire un détour. Elle emprunta alors un trajet en lisière de bois. Elle connaissait bien cet endroit, elle avait l'habitude d'y aller adolescente. Elle y avait vécu de belles histoires, torrides et passionnées, lors de ses vacances d'été. Il faut dire que l'endroit était très beau. A quelques centaines de mètres de la route se trouvait un lac magnifique bordé de terre fine. C'était comme une petite plage, perdue au milieu des bois. C'était donc un cadre propice aux plaisirs auxquels se livrait l'adolescente. Cet endroit et les souvenirs qui y étaient attachés faisaient parties de ses petits secrets. Secrets que pourtant, lui, connaissait. En réalité, il connaissait beaucoup de choses depuis qu'il avait emprunté le journal intime qu'elle cachait sous son matelas. C'est donc pour cela qu'il avait placé les panneaux de signalisation sur la route. Il voulait l'emmener ici pour lui poser une question très spéciale.


La jeune femme conduisait prudemment lorsqu'elle aperçu un homme sur le bas côté de la route. Il lui faisait des signes indiquant qu'il avait un problème. Elle se gara comme elle pu pour lui venir en aide. Il lui appris que son fils était tombé un peu plus loin et s'était blessé à la cheville, alors qu'ils rentraient de leur promenade en forêt. Il n'avait pas de téléphone et ne pouvait donc pas prévenir les secours. Par chance, elle était médecin et consentit à aller voir le garçon. Une heureuse coïncidence pour ce père inquiet.


Elle le suivit à travers les bois jusqu'à arriver au bord d'un lac. Le lac de ses souvenirs. Des centaines de fleurs jonchaient le sol. Des flambeaux d'acier laissaient s'échapper de grandes flammes rougeoyantes. C'était magnifique, c'était romantique et elle ne compris pas. L'homme qu'elle avait suivit n'était en réalité pas un père inquiet. Et elle le reconnu. C'était lui. C'était celui avec qui elle avait eu un accident quelques mois plus tôt. C'était celui qu'elle croyait voir partout. Celui qui la suivait. C'était bien l'homme dont elle avait peur, l'homme de ses rêves, qui la hantait chaque nuit. Son sang se glaça et elle tenta de fuir lorsqu'il s'approcha d'elle pour lui prendre la main.


Notre amour est exceptionnel. Il est immortel. Tu es une femme incroyable et je te veux auprès de moi pour le reste de notre vie. Je t'en prie, épouse-moi !



Elle ne pu s'empêcher de le fixer quelques secondes. Il est fou, se dit-elle. Elle se risqua même à le lui dire en face. Ajoutant qu'il n'y avait rien entre eux, qu'elle irait voir la police et qu'elle ne voulait plus jamais qu'il l'approche. Puis elle tourna les talons.


Ces paroles étaient très blessantes. Il avait l'impression que son cœur se déchirait. Mais l'amour est un sentiment complexe, peut-être n'était-elle pas encore consciente de ce qu'elle ressentait pour lui. Oui, probablement. L'homme reprit ses esprits et se mit à sa poursuite. Il l'a rattrapa facilement. Les événements qui suivirent ressemblèrent étrangement à leur première rencontre, comme si le destin prouvait encore une fois qu'ils étaient fait l'un pour l'autre. L'homme la rattrapa et il y eut un regard. Elle se débattit et il y eut des mots. Des mots qu'il n'apprécia pas. Et, comme dans toute romance, il y eut un geste romantique. L'homme prononça ses vœux :



Je ne peux vivre sans toi, tu ne vivras pas sans moi.



Ce ne fut pas le bruit d'une collision entre deux voitures qui vînt troubler le silence de la nuit naissante, mais plutôt la détonation du colt 45 que l'homme tenait de son grand-père. Il s'était dit qu'une demande en mariage était une occasion suffisamment spéciale pour emmener avec lui cet objet de famille. Celui-ci s'avéra finalement très utile. Il tendit de nouveau le bras en direction de sa bien aimée.


Dans un ultime réflexe de survie, elle posa sa main tremblante sur la plaie laissée par la balle et y pressa sa paume comme pour arrêter la douleur. Quelques filets rougeâtres commençaient déjà à glisser entre ses doigts fins. Elle concentra les forces qui lui restaient pour transmettre un dernier message à l'homme qui lui faisait face. Ainsi, la main posée sur le cœur, sous la lune mystérieuse, elle prononça ses vœux :


Je veux vivre.


Il tira encore. Et c'est ainsi que leur romance prit fin.  

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