La boite

Marion Ploix

La boite est ronde, ornée de belles dames en robes de crinoline roses sur fond blanc. Les lettres dansent pour elles et tournent pour vanter les bonbons Quality street. Mais de bonbons, point. Des milliers de perles de rocaille mêlées et toutes les couleurs du monde.

J’aime ma chambre comme une antre du bout de tout, j’aime la grande fenêtre et la lumière qui vient caresser le coin de mon bureau, le devant de la bibliothèque et butte contre le coin de mon lit pour atterrir sur mes genoux. Du tapis rouge moelleux sur lequel je repose en compagnie de la boite, je laisse mes pieds nus se réchauffer au rayon qui rend les couleurs plus vivantes.
J’aime aligner devant moi les fioles et les minuscules bouteilles récupérées au gré des traitements homéopathiques, d’un parfum vite consumé, tout ce qui peut s’ouvrir, en transparence c’est encore mieux, mais pas trop grand, juste ce qu’il faut pour que de la pointe de mon aiguille je puisse y glisser la perle de la bonne couleur.
J’aime écouter et me laisser bercer des histoires que mes oreilles connaissent et anticiper le mot, l’intonation qui se répète à l’identique. C’est rassurant. Une perle bleue d’une transparence d’océan. Elles sont peu nombreuses celles-là, donc rares, et la fiole qui la reçoit s’en trouve grandie. Les yeux s’immergent dans les couleurs, fascinés par la minutie qui accapare mes mains qui répètent les gestes précieux. Mes oreilles voguent sur les émotions des sons, histoires et musiques qui deviennent ritournelles et mon esprit peut partir en voyage, il navigue, dans l’errance, sans port d’attache, lâché comme un ballon dans les airs, au gré des mots de mon tourne-disque rouge.

Une perle blanche, une autre juste sur le côté. Deux d’un coup, belle aiguillée. Je cherche le récipient adéquat et laisse filer. Le petit prince tente d’apprivoiser le renard, le temps entre eux est palpable, éternellement coupé par le disque qu’il faut retourner. Juste remettre l’aiguille en place et regarder sa rondeur tourner à nouveau.
Première leçon du renard :
— On ne voit bien qu’avec le cœur…

Je pose l’aiguille sur le bord du couvercle, et fais le tour des petites boites, tel un contremaître pointilleux, peut-être, un jour, me serviront-elles à faire un collier, peut-être… J’aime passer mon doigt dans les petits tas qui brillent de vert, rose, mauve et autres nuances.
Mes pieds chauffent au rayon d’un soleil de fin d’après-midi. Le petit prince a laissé place à l’histoire des quatre saisons de Vivaldi, puis au Lac des Cygnes, et la musique prend fin dans une émotion sensible et lente.
La perle noire m’a échappé, elle est allée rejoindre les turquoises, impossible de la rattraper. Le tube est trop étroit. Tant pis, il va falloir recommencer. Je verse le contenu dans l’infini mélange de la boite et replace quelques turquoises à leur place dévolue.

Dans le silence de mon tourne-disque, je referme le couvercle.

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