La mélancolie.

chachalou

Vision d'horreur.

 

Le terme fait peur, fait fuir, tu prends tes jambes à ton cou face à ces torpeurs qui surgissent du passé sans crier gare, sans prévenir et te hante l'esprit comme le corps ou l'âme. Non, personne ne veut l'être mais tout le monde trébuche un jour dans ce Néant, gouffre sans fonds et sans fins, la Mélancolie. Je sais, je suis douée pour le drame, le mélodrame et d'aussi loin que je me souvienne, je l'ai toujours été. Pessimiste, dramatique, aimant l'horreur de la vie et désirant cramer chaque êtres vivants sur un bûché. J'étais talentueuse pour conter les tragédies de cette Terre et les Peines de chacun. Car les miennes étaient trop bien enterrées pour que je puisse les regarder !

Il ne me restait qu'un sentiment d'épreuve douloureusement enfermé quelque part en mes tripes. Un truc qui me faisait rédiger la Mort avec beauté et la perte avec douceur. Je mettais de la Chaleur dans l'horreur et de l'Horreur dans la tendresse. Je fonctionnais à l'envers et n'aimais pas les conventions ni les sentiments trop peu complexes. La facilité m'agaçait. La Complexité me happait. Et pourtant, dans le même temps...

J'étais cette Gamine qui riait au Monde et profitait pleinement de sa vie...Jusqu'au soir tard, où je sortais des feuilles et des stylos pour écrire la Haine et la Détresse d'une enfance longtemps gâchée dans la Folie et la Tristesse. Oui, la folie. Ce terme aussi effraie ! Mais je ne parle guère de cette folie meurtrière comme vous pourrez l'entendre et pas non plus de cette Folie bâtie de délires sanguinaires. Non. Je ne rêvassai pas de tuer mes proches ou de leur faire vivre drames sur drames ! Je n'en rêvais pas. Je le voulais réellement et vivais cette horreur avec sérénité.

Mais cette colère en vérité, c'était juste pour me libérer. Car si mes parents mourraient, j'aurais une place en foyer. Car si un drame arrivait, je saurais relever les plus démunis et être enfin sauvée de cette vie. Alors, comme une gamine fracassée, j'appelais l'Enfer à en crever. A chaque coin de rue, je l'attendais de pieds ferme, sachant qu'il viendrait le crétin ! Parce qu'il n'attendait que cela. Que je le sollicite, qu'on l'appelle, qu'on veuille bien de ses Noirs services. Oui, chaque jour de ma vie, je le voulais pour stopper l'Enfer quotidien. En somme, j'en voulais un autre de drame. Plus neuf, plus dur, plus sanguinaire. Et surtout, plus libérateur. 

Alors certes, jugez-moi. Je n'étais qu'une enfant après tout. Une simple Gamine morte, morte dans la douleur et le mal. Parce qu'à l'époque, je ne pensais pas que l'on pouvait guérir le Mal par le Bien. C'était inconcevable pour moi. Méthode trop longue, sûrement. Pas assez rentable ou efficace. Nécessitant aussi une bonne dose de chance... 

Non, à mon sens, la seule guérison, c'était de panser le Mal par l'Horreur. Et d'ailleurs, petite, adolescente et même encore après, j'ai longtemps vérifié mon hypothèse. Si je me cassai un membre, je n'aurais plus mal en surface mais en profondeur. Un coup reçu effacerait la violence du précédent.

Et dans cet enchaînement, les mises à jours nombreuses font en sorte que rien ne puisse réellement rester, sauf peut-être le dernier coups que l'on s'est infligé.

Alors, j'y croyais bêtement, sottement, seule et terrée dans un coin. J'étais cette Gamine qui se frappait toute seule. J'étais cette Fille oppressée qui hurlait de rage en taisant toute fois chacun de ses cris pour ne pas alerter. J'étais cette Gamine là, qui ne supportait pas l'Enfer de sa vie, de son passé, de son enfermement et qui pourtant, était loin, très loin d'être cinglée ou folle. 

Car derrière ce cinéma dramatique se cachait une fille qui réclamait la Beauté et la Douceur et qui savait ou croyait juste que sa quête trop utopiste resterait peut-être vaine. J'étais celle qui avait crue que le Monde changerait. J'étais celle qui avait déjà nourrie des espoirs sans succès. Et j'étais aussi cette enfant qui s'abandonnait à la rage, et baissai les bras. Parce que rien ne sonnait comme des solutions, dans ses combats. 

Aujourd'hui, j'ai pourtant grandie et fais bien du chemin. J'ai compris que seule la souffrance m'avait rendue négative à ce point. J'ai accepté de regarder en face toutes ces années massacrées dans l'injustice de ma vie passée et de pardonner la vie pour toutes les épreuves qu'elle m'a infligée. Je reste néanmoins convaincue que la souffrance pourrait faire perdre raison à n'importe qui, jusqu'à crier, jusqu'à hurler, jusqu'à en devenir dingue, fou, ou folle, selon le sexe, qu'il soit masculin ou féminin. 

Alors, personne ne m'a jamais aidé et j'ai attrapé le Sport au vol, dans mon sillage, pour contrôler chacune des mes émotions, désormais savamment comprises et analysées. Je suis revenue des bas fonds. J'ai combattu bien des ténèbres et bien des démons. Mais je n'ai jamais oublié que seul mon mental et ma force m'ont aidé à me relever. 

J'ai ainsi tué mon passé, combattu le mal d'antan, la rage, la haine et cette folie issue de grandes souffrances. Je crois que maintenant, j'ai juste à coeur de dire que la folie, si elle n'est pas présente à la naissance, peut nous rattraper à tout moment dans nos vies, dès lors que l'on vit des drames successifs et bien réels. Le concentré de souffrance et le cumule de peine et de perte peut amener un enfant ou une enfant à sombrer dans la folie, la rage, la haine. 

Et c'est précisément ce qui a failli m'arriver avant que je ne relève la tête pour tendre une main aimante à mon jeune frère et lui dire que baisser les bras, se serait bien trop facile et bien peu courageux. 

Alors, aujourd'hui, lorsque je regarde derrière, je ne vois que des traces de mon passé. Ces traces sont écrites sur papiers. Mélodrames, récits d'horreurs... N'aies-je pas toujours écris ce que je connaissais par coeur ? Si. La réponse est évidente. Mais contrairement à beaucoup, je n'ai jamais eu de honte à ce propos. Avoir eût cette rage en moi. Avoir vécue cette colère en décuplée...

Je ne me suis jamais accusée. En vérité, je n'étais qu'une victime, une jeune victime de la Vie, comme il y en a encore dans ce monde, des centaines de milliers. Depuis quelque temps, j'ai donc fais le choix de la mélancolie, de la nostalgie aussi, pour me rappeler combien la Haine est une mauvaise amie et combien elle n'offre aucune complicité. 


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