La Porte I

maelle-thma

Ouvrir la porte.

Elle avait tenté de voir au-delà, d'imaginer les gens qui avaient un jour habité la maison, sa maison. Avaient-ils ouvert la porte ? Étaient-ils entrés dans cette pièce ? En emménageant, il n'y avait pas encore de porte, pas de pièce, juste un mur. Comment expliquer ce changement soudain, ce lieu qui n'avait jamais été présent était maintenant face à elle. Depuis toute petite, elle avait toujours été fascinée par les portes. L'idée de devoir en ouvrir une l'excitait et l'inquiétait. Comment savoir ce qu'il se trouve derrière ? Une fois ouverte, la porte nous aspire, elle ne nous lâche plus. Quand on l'ouvre, on se risque à ne plus pouvoir faire demi-tour. Le passage se ferme et ne nous laisse qu'avancer vers son centre. Alors que devait-elle faire ? Devait-elle prendre le risque ?

 

Elle aurait dû sentir que depuis son apparition mystérieuse, l'ambiance qui régnait dans la maison avait changé. L'air était plus lourd que d'habitude, plus sombre. Même son chat n'osait plus s'aventurer entre ces murs, il l'avait senti lui, la noirceur qui émanait de la porte, de cette maison. Mais elle était trop curieuse, trop avide de sensation pour remarquer les signes. Alors elle fit ce que de nombreuses personnes avaient fait avant elle.  Elle ouvrit la porte.

 

Elle ne voyait rien, ne distinguait aucun mur, aucun plafond. Il n'y avait que de l'obscurité, que du vide qui se dressait devant elle. Elle aurait dû rebrousser le chemin, la porte lui laissait encore le choix. Après toutes ces années de souffrance, d'abandon, elle avait enfin un chez-soi. Alors pourquoi tout risquer ? Elle-même n'aurait pas pu répondre à cette question. Elle se sentait appeler par ce vide, par cette noirceur. Elle n'avait connu que ça. C'était d'une certaine manière rassurant de savoir, que même dans cette maison se trouvait une pièce oppressante, une pièce qui n'avait jamais laissé les habitants repartir.

 

Elle se sentit légère, sa décision était prise. Elle fut comme dans son rêve, aspirer par la pièce sombre et froide, quand elle fit le premier pas

 

Elle n'en ressortit jamais

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