La tête dans la Lune

Aurelien M

Mes rêves sont magnifiques n°6, récit d'un rêve...

Des secousses me sortent de mes pensées… L’ascenseur dans lequel je suis n’a pas l’air fort stable, les chiffres au-dessus de la porte tournent dans le vide, je sens que je monte mais ça ne s’arrête pas, ça ne s’arrête plus…
À mes côtés un ami et un ancien de mes professeurs qui rompt le silence pesant avec:
“Vous allez voir, ça va vous plaire!”
Sur un ton identique à celui d’un père qui annonce à son enfant qu’ils partent à Disneyland et en énumérant les attractions qu’ils vont faire, le professeur continue:
“…vue imprenable, all-in, grand terrain pour se dégourdir les jambes, on va y rester un week-end, ça va être génial!”

L’ascenseur s’arrête, petit “ding!” d’arrivée, les portes s’ouvrent sur un appartement très design. Nous déposons nos sacs au vestiaire, mes yeux se baladent un peu partout dans ce nouvel habitat quand ils tombent sur quelque chose d’assez surprenant, sur notre droite, au-delà de la grande baie vitrée, un paysage indescriptible… du sable, de la roche, de légers vallons, un ciel noir, un dégradé de gris partout, un décor sinistre, une vision de désolation. J’ai l’impression d’avoir devant moi une peinture de Paul Delvaux, les gares en moins… Je scrute l’horizon et le ciel à la recherche de repères qui pourraient me situer quand je découvre qu’au-dessus de ma tête tourne notre chère planète bleue…

Encore une fois les paroles de mon professeur viennent briser le silence surréaliste qui flotte dans l’air:
“Bienvenue sur la Lune! Premier concept d’appartement lunaire, j’ai réussi à avoir les clés en avant-première! Alors? Hein? On ira faire un tour dehors après si vous voulez les tenues sont dans le sas à côté”

Je me retourne sur ces derniers mots, du moins le seul qui est resté imprimé dans ma tête “DEHORS”, les yeux écarquillés à la limite de me baver dessus je fonce vers le sas… Les “tenues” ne sont d’autres que de simples bocaux à poisson rouge qui s’enfilent sur la tête… Mais ça fonctionne!

Je gambade sur le sol lunaire, mes bonds sont géants, des nuages de sables s’envolent à chacun de mes pas et restent en suspension un petit moment avant de lentement redescendre sur le sol, je m’allonge, face à la Terre qui se lève doucement… Un lever de Terre, on ne voit pas ça tous les jours, je sors mon téléphone et prend le spectacle en photo avant de tweeter le tout…”ah ah tous mes amis seront fous de rage quand ils verront ça” pensais-je tout bas…

Après un bon moment à regarder la Terre, courir et sauter je décide de rentrer, je m’affale dans le divan, je suis fatigué, mon ami s’affaire avec la télédistribution quant à mon ancien professeur il a l’air,… perdu, un peu confus, il va et vient d’un bout à l’autre de l’appartement, se grattant la tête les yeux dans le vague…

- “Ça va?”
- “Hmm? ah… heu ouais ouais t’inquiète”

-“Tu cherches quelque chose?”
-“Ouais, je pense avoir oublié les clés de la voiture…”
-“…Qui se trouvent… ?”
-“Sur la portière de la voiture…”
-“Ah…”
-“Ouais…”

De fait, nous décidons de redescendre sur Terre pour aller chercher les clés de la voiture afin de nous éviter un week-end très anxiogène. Nous remontons dans l’ascenseur et c’est parti pour la descente…
Rien de particulier je dois avouer, juste un peu moins long que ascension, je pense…

Arrivés sur Terre, nous nous dirigeons vers le parking, retrouvons la voiture, puis les clés… Le professeur rentre et claque la portière, descend la vitre et met le contact…

-“Bon, vous grimpez?”
-“Quoi? Et le Week-end sur la Lune?!”
-“Ah non maintenant que je suis sur Terre je rentre chez moi !”

Dépités nous rentrons dans la voiture… Sur le chemin du retour mes yeux étaient rivés vers le ciel à la recherche de l’astre sur lequel j’avais marché dix minutes auparavant…

Cette nuit j’ai rêvé qu’on m’offrait un Week-end sur la Lune…

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