Le garçon qui volait

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Existant actuellement sous forme de synopsis, je le re-travaille pour lui donner la forme d'un roman édifiant, encourageant les d'jeuns à vivre leur(s) passion(s). (illustration J-M FOLON)

Jérôme est un garçon de treize ans, vivant seul avec sa mère dans une ferme isolée.

Autour de lui, l'espace est désespérement plat à l'exception d'une butte d'environ cent cinquante mètres au-dessus du sol et de quelques bosquets épars.

Jérôme est un garçon rêveur et, pendant les vacances, très souvent, il monte au sommet de la « colline » que les gens d'ici appellent « la montagne aux esprits », des villageois ayant vu, il y a très longtemps, des esprits s'envoler depuis son sommet. Lorsqu'il est « là-haut », il s'allonge près de la face la plus pentue, sur le dos, et regarde avec envie les nuages blancs, les oiseaux et même les quelques avions qui griffent le ciel.

Jérôme a un rêve : voler !

Un après-midi où il approche de son anniversaire, Jérôme se dit qu'il fallait qu'il vole. D'autres y arrivent, pourquoi pas lui ?

Et contrairement à ses habitudes, il regagne la ferme au tout début de l'après-midi, sacrifiant ses rêves à l'action.

Quel régal pour un garçon de treize ans (bientôt quatorze!) de vivre dans une grande et vieille ferme.

Très rapidement il avait réussi à imposer à sa mère sa pleine « propriété » sur un petit batîment annexe de la ferme. Probablement dans le temps servait-il de local pour stocker et laver les bidons de lait à l'époque où une dizaine de vaches se partageaient ce qui est devenu le laboratoire où sa mère cuisine aujourd'hui les canards. Les canards qui sont la principale activité de cette ferme, occupant sa mère toute la journée entre les soins aux canards, la culture du maïs pour nourrir le canards, la cuisine du canard qui transforme ceux-ci en magrets, foies gras ou patés divers que sa mère va mettre en conserve et aller vendre les boites de canard sur les marchés voisins. Toujours est-il que ces vieux bâtiments renferment des trésor pour un enfant qui s'ennuie. En fouillant à droite et à gauche, il parvient à récupérer quelques morceaux de bois, des résidus de tasseaux ayant servis lors d'un aménagement de la ferme. Il se met à la construction d'un cadre (carré, car plus facile à réaliser) sur le dessus duquel il tend une toile tirée d'un vieux drap que sa mère gardait « pour les chiffons » et complète le tout par une poignée reliant deux angles opposés et qui lui servira à se suspendre à l'engin lors de son vol.

Jérôme est malgré tout prudent et, après être grimpé sur le toit de la ferme, il choisi le point le moins élevé (environ un étage et demi) comme aire de décollage. Pressé d'atteindre enfin son rêve, il se précipite et, … après le rupture de son frêle esquif, atterrit la tête la première dans le tas de fumier qui n'avait pas connu une telle activité depuis l'abandon de l'exploitation bovine. Furieux et dépité, notre Jérôme se dit (un peu tard) que l'on ne l'y reprendrait plus et couru se redonner apparence et odeur humaines sous la douche.

Bien sur, ces bonnes résolutions ne durèrent pas mais il avait malgré tout tiré une leçon de sa mésaventure : il devait mettre plus de sérieux dans ses rêves s'il ne voulait pas courir le risque d'un nouvel accident.

Quelques jours plus tard, avec l'aide de l'ordinateur de sa mère et le code-wifi obtenu d'un technicien qui était venu installer un relais dans leur champ voisin, Jérôme pût entreprendre des recherches sur internet. ll y appris que ce qu'il avait voulu construire était un « deltaplane » et que pour voler, il lui fallait allier légereté, portance et solidité. Combinés à son porte-monnaie plus que léger, en acheter un était impossible et en construire un nouveau semblait irréaliste sauf que... Jérôme se souvient très bien de ce Monsieur Marcel à l'entrée du village qui fabrique des auvents pour les forains ou les villas et qui, secrètement (du moins le croit-il), est amoureux de sa mère. A peine son repas de midi terminé, sous un prétexte fallacieux, il enfourche sa bicyclette et fonce vers le village voisin.

Arrivé devant l'entreprise de Monsieur Marcel, Jérôme est un peu moins fier, les bruits des scies qui mordent le métal lui font un peu peur et ce Monsieur avec sa haute taille et ses gros biceps pourrait bien être … un ogre !(référence au fait qu'il s'agit encore d'un enfant). Mais lorsqu'il arrive, les machines n'ont pas encore repris leurs sarabandes et il trouve Monsieur Marcel installé derrière son bureau à effectuer d'obscures taches de bureau.

Finalement, Monsieur Marcel est peut-être un peu bourru, mais sympa et, lorsque Jérôme lui eût exposé son projet de construire un engin volant il lui appris que lui aussi était passionné d'aviation et qu'il dirigeait même une petite « base » d'ULM où il conduirait Jérôme un jour. En attendant l'enfant avait toute latitude pour venir récupérer des déchets d'alu dans la benne située derrière sa fabrique, et, … s'il avait besoin de vis et de boulons, il pouvait compter sur lui. Et Jérôme de rentrer à la ferme avec un premier fagot de profilés en alu attachés autour de son cadre. Fort de son nouvel ami (à qui il ne disait pas tout), le jeune garçon eût bientôt terminé son delta etJérôme en était fier même si le mat et les haubans qui hérissaient l'engin le faisait un peu ressembler à un parapluie retourné. De nouveau cette frénésie, cette envie, ce besoin de voler ! Aussi, après avoir recouvert le fumier d'une bâche, il s'élança et vola... quinze mètres jusqu'au batiment où sa mère élevait les petits canards pour de gros producteurs de foie gras. C'est là qu'elle le retrouva un peu plus tard avec un bras et une jambe cassés, quelques côtes fêlées et des orions du plus bel effet.

Après trois mois d'hopital et de rééducation, l'école et la mauvaise saison calmèrent un peu les ardeurs du jeune homme et les angoisses de sa mère. Alors, Jérôme osa lui demander si, dans un an de là, lorsqu'il entrerait en seconde, il pourrait être inscrit dans une école professionnelle à Latresne en Gironde. Mais, lorsque le printemps surgit et qu'il fut convoqué à l'Aérocampus de Latresne, les peurs la reprirent , elle lui fit un chantage au comportement : A la moindre incartade, pas de départ pour le lycée professionnel. Entre-temps, Jérôme était tombé amoureux d'une de ses petites camarades, il n'avait de cesse de lui raconter sa merveilleuse aventure d'aviateur et ces sensations « tu-ne-peux-pas-savoir » que cela procure de voler. Aussi est-ce avec beaucoup d'appréhension qu'elle le vit se mettre à bricoler une sorte de caisse à savon biplace avec des ailes aubanées.

Et puis, ce Marcel, dont il s'était entiché ? ll débarquait parfois le soir, et, tous les deux, avec des airs de conspirateurs se retiraient dans un coin de la pièce pour consulter des revues comme si c'étaient des magazines licencieux (mais ce n'en étaient pas, elle vérifiait de temps en temps). Bah ! Son garçon devenait un homme et il devait avoir besoin de l'image d'un homme à la maison. Lorsqu'elle décidait d'aller se coucher, elle mettait Marcel dehors qui partait sans reguimber d'aucune manière, n'oubliant pas de demander à Jérôme s'il pourrait revenir et à sa mère, si cela ne la dérangeait pas trop.

L'après-midi, Jérôme généralement, remontait rêver sur la colline ou emmenait sa Dulcinée dans sa caisse à savon (en roulant).

Enfin, l'été se termina sans incident et lorsque le moment fût venu pour elle de le laisser partir au pensionnat d'excellence de Latresne, elle ne pût s'empêcher de remarquer que ce grand gaillard, baraqué pour son age, n'avait plus grand chose à voir avec ce poupon à défendre et à protéger qu'elle portait toujours dans sa tête et dans son cœur.

Au terme d'un voyage en train et autocar (malheureusement pas en avion) Jérôme débarque devant le fameux château de Latresne qui abrite son centre de formation. Là, il prend conscience qu'il est face à une chance probablement unique de faire de sa passion son avenir.

Et Jérôme devint l'élève le plus studieux et le plus discipliné de tout l'Aérocampus d'Aquitaine, ne rechignant pas à faire et à refaire une soudure ou un collage jusqu'à ce qu'ils les réussissent à la perfection. Les mathémathiques qui le laissaient plutôt de marbre devenaient paroles d'évangile puisqu'elles expliquaient les mystères de l'aérologie. L'anglais n'était plus une langue étrange et étrangère mais le parlé de la race des volants. Et les week-end, puisqu'il ne rentrait que rarement à la ferme, il allait retrouver un de ses instructeurs, militaire à la base de Cazeaux qui lui apprit les bases du parachute ascentionnel puis les subtilités du parapente. Enfin Jérôme volait pour de bon ! Comme Jérôme avait de (très) bonnes notes et des rapports de stage élogieux, sa mère l'autorisa à rester sur Cazeaux son premier mois de vacances d'été où il vendit des chichis sur les plages du lac dans le but (non avoué à sa mère) de s'acheter une tenue complète de parapentiste, ses premières ailes à lui ! Fortune faites (et vite défaites) Jérôme revint à la ferme au mitan des vacances d'été et sa mère s'esbaudit devant le beau jeune homme qu'était devenu son fils, un solide gaillard à la fière carrure que l'on aurait pu croire Légionnaire (s'il avait eu plus de poils au menton). Lorsque Jérôme, sans avoir donné de précisions à sa mère, lui donna rendez-vous dans une heure au pied de la « falaise » de la colline aux esprits, celle-ci s'imaginait qu'il se préparait à lui dire qu'il avait une « copine » ou quelque chose de ce genre.

Lorsqu'elle entendit « Maman ? » c'était au-dessus de sa tête que cela se passait. En levant le regard, elle aperçu son fils suspendu à une sorte de parachute carré et multicolore qui riait en faisant toutes sortes d'acrobaties. lL montait, virait, descendait avec une telle aisance que l'on aurait pu le croire fils d'un aigle royal. Malgré sa peur de le voir s'écraser au sol, elle ne pouvait s'empêcher d'admirer la grâce et l'aisance avec lesquelles Jérôme exécutait ses arabesques. Enfin, lorsque celui-ci vint se poser « à ses pieds » et lui déposa un baiser sur le front, elle sût qu'elle était devenue la première supporter de son « fada » de fils.

Les études reprirent et, il se fit tellement (bien) remarqué que la firme internationale qui fabriquait des avions à Toulouse, l'embaucha dès son bac en poche, lui offrant la possibilité d'y acquérir un BTS tout en percevant un salaire qu'il n'aurait pu espérer dans leur village. Jérôme était heureux ! En revenant de temps en temps au village, Jérôme revoyait son vieux complice Marcel qui essayait en vain de le rallier aux joies de l'ULM, mais Jérôme n'était pas aussi à l'aise sous la dépendance d'un moteur (qu'il participait à élaborer maintenant) qu'en voyageant grâce aux caresses du vent. Le seul engin volant qui trouvait (un peu) grâce à ses yeux était le planeur, mais il n'aimait pas trop s'y sentir enfermé. « Voler c'est être libre ! » aurait pu être sa devise. De plus en plus en plus à Toulouse, de moins en moins rural. C'est alors qu'il avait rencontré et rejoint un groupe intitulé « les locos squirels ». Cette appelation hispano-anglaise désignait un groupe de jeunes garçons et filles qui vivaient une passion extrême. Vêtus d'une combinaison étrange qui les faisaient ressembler aux écureuils volants, ils se jetaient d'un sommet à pic et descendaient comme des bombes jusqu'à la vallée en faisant peur aux isards et aux bergères. Du « Base Jump » qu'ils disaient en « wingsuit » en plus, encore un truc de dingues. Toujours est-il que Jérôme absorbé partoutes ses activitées ne se rendit pas compte que sa mère se mourait victime d'un cancer dont elle ne parla jamais.

Jérôme en rentrant des obsèques de sa mère se sentait mal, très mal, percevant confusément qu'il aurait pu …, qu'il aurait dû … ? Toujours est-il qu'il éprouvait le besoin de faire un jump depuis sa base favorite « Malos Riglos » en Espagne pour se remettre l'esprit à l'endroit. Ses amis et collègues des « Locos squirels » tentèrent de l'en dissuader, arguant de la chaleur et des mauvaises conditions météo. ll repensait encore à cette conversation lorsque, à 120 km/h, il heurta de front un bout de rocher qui venait de se détacher de la falaise qu'il longeait.

Marcel était la seule assistance lorsqu'on l'enterra à coté de sa mère.

Jérôme avait demandé que sa pierre tombale ne porte que ces deux mots :

« Jérôme lCARE »

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