Le Théâtre, eux et moi. (Notre rencontre)

iamlarsen

Le Théâtre, eux et moi.

(Notre rencontre.)

Récit d’une journée remplie d’émotion.


Shakespeare a dit que le monde était un théâtre, et que nous en étions tous des les acteurs potentiels. Dans cet écrit, je me sens porté à lui donner raison. Ma rencontre avec le Théâtre a été tout à fait imprévue. Je n’avais jamais joué pour jouer, jouer pour transmettre, jouer pour éveiller chez l’autre des sensations que l’on puise directement en soi.

Il s’agit d’un mercredi après-midi, le premier du mois de Septembre, je suis nouveau dans cette ville, et je ressens une peur naturelle. Je me dirige vers mon premier cours de théâtre. Je scrute les couloirs du lycée, des élèves se suivent et se quittent, ils vont et viennent dans tous les sens aussi vite que les battements de mon cœur qui se questionne : « J’espère que c’était une bonne idée … »

Il est quatorze heure tapante, je suis pile à l’heure. J’observe des élèves entrer, beaucoup semblent enthousiastes à l’idée de rejoindre ce cours, d’autres ont l’air d’être aussi essoufflés et curieux que moi à l’idée de savoir ce qu’il va bien pouvoir leur arriver. Nous entrions tous avec nos ressentiments différents, dans cette même salle.

J’observe une salle de classe classique, contenant chaises, bureaux et un tableau. Puis une porte aiguise ma curiosité. Elle mène vers une pièce autre que celle où l’on se rencontrait alors, nous élèves intrigués. Nous sommes assis et dans l’attente…

Je ne pense à rien, j’attends. Puis j’entends des talons frapper contre le sol à vive allure, on sentait toute l’envie et la motivation qu’avait cette personne, encore pour l’heure totalement inconnue, à venir nous rejoindre dans cette pièce qui, à première vue paraissait étroite pour la cinquantaine d’élèves que nous étions. La porte s’ouvre, les regards se tournent. C’était Florence Baldini, notre professeur de Théâtre. J’observe les élèves s’élancer dans un sourire collectif et gigantesque en office d’accueil, j’avais le sentiment que tous attendaient ce moment depuis leur dernier cours. Elle aussi a le sourire aux lèvres, elle souriait à l’idée même de retrouver ses élèves pour une nouvelle année, et elle nous le confiait. Je souris avec eux, pris dans un mouvement de joie et de motivation inexplicable, comme si toute cette énergie provenait du sol et me gagnait moi aussi sans que je puisse y faire quoi que ce soit. Ma propre volonté confuse s’évaporait dans ce groupe qui je le sentais déjà, avait des fourmis dans les jambes. Je ne pouvais plus faire machine arrière, j’étais piégé par cette force qu’a le Théâtre, cette force de la collectivité qui vous frappe, qui stimule chacun de vos sens. Je comprenais la conviction qu’ils partageaient tous et qu’ils m’offraient à leur insu. Cette envie de donner à l’autre se ressentait dans les regards chaleureux que s’échangeaient les élèves et leur professeur. Ça éclate de rire, à gauche à droite, pour un oui ou pour un non. Puis dans une foulée collective, nous entrons dans la pièce qui, comme je la découvrais allait devenir ma nouvelle salle de jeu. La salle où s’oublient tous les aléas du monde extérieur pour rentrer en une simple cohésion d’esprit avec soi avec les autres.

Le groupe se dispose naturellement autour du chef d’orchestre (si l’on suppose que chaque corps d’une troupe est un instrument particulier), maintenant tous assis, notre attention se canalise vers le centre, les regards se convergent. Les esprits se calment et laissent place à l’écoute. Je découvre que ce sera aussi ça le théâtre, savoir écouter l’autre au plus profond de ce qu’il a à dire, une concentration personnelle essentielle à l’entente générale. Car le jeu nécessite l’expulsion de toute conversation inutile, de mots qui manqueraient de sens ou dont la portée serait limitée à nuire au jeu en lui-même.

Il ne s’est pas passé plus de cinq minutes depuis mon entrée dans ce cours, je n’avais encore jamais observé de concentration aussi simple et naturelle. Notre professeur offre à chacun la chance de pouvoir s’exprimer une première fois devant les autres, de toute manière que ce soit. Sa phrase exacte était « Trouvez-vous un talent, inventez le, mimez le, faite en quelque chose d’authentique et de simple qui pour vous aurait malgré tout une Théâtralité certaine. ».

J’appréhende à l’idée de me livrer aux autres. Le temps semble être en lévitation. Personne n’est décidé à se porter volontaire. Cette peur que je ressens alors en moi-même au moins autant que chez les autres, me propulse vers l’avant. C’est comme ça que je me retrouvai sans la moindre expérience de jeu au devant du plateau, face à tous ces élèves que je serais amené à recroiser dans les couloirs du lycée et dans une atmosphère totalement différente de celle présente, mais ici on n’y pense pas.

Je suis debout, le premier volontaire c’est moi. Je n’y crois pas moi-même. L’émotion que je ressens en moi est au moins aussi forte que mon envie à ce moment d’aller vers l’avant sans renoncer.

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