Le verre à moitié plein

sylvie_tellor

Les retrouvailles - suite (extrait 4 - chapitre 3 - Boulevard Raspail)

Sur le pas de la porte, j'ai d'abord senti la chaleur de ses mains sur mes joues. Ensuite, de ses lèvres sur les miennes. Puis une main, sa main, a glissé dans mon dos et m'a attirée à l'intérieur. La suite de notre conversation entamée le matin dans un bar aurait lieu plus tard ; cela faisait deux longues années que Marc et moi étions en sevrage l'un de l'autre et que nous espérions – consciemment ou pas – que la rencontre de nos corps se produise de nouveau.

J'ai lâché les hanses de mon sac qui s'est s'écrasé bruyamment sur le sol. Le regard profond de Marc, ses caresses, ses baisers dans mon cou, ses chuchotements derrière l'oreille… Son contact m'a replongée dans la nuit que nous avions passée ensemble en Thaïlande. Marc m'a priée de ne pas faire attention au bazar, ni à la décoration vieillotte. Peu m'importait. Il m'a guidée dans le salon, a ôté mon trench, mon pull, a déboutonné ma chemise. Je n'arrivais pas à le regarder. J'ai fermé les yeux, tout cela était bien réel. Plus rien d'autre n'existait que Marc et moi dans cette pièce, désormais presque nus sur le canapé.

Toutefois j'avais beau faire comme si c'était le cas, je n'étais pas complètement détendue. Marc s'en est aperçu. Alors que je m'allongeais contre lui, il s'est arrêté de m'embrasser. Je ne voulais pas parler, pas maintenant. J'ai plaqué ma tête contre son cœur pour reprendre mon souffle.

- Ça va, Juliette ?

- Bien sûr que ça va.

Ma voix mal assurée a trahi le trouble qui m'habitait.

- On n'est pas obligé, tu sais.

Je me suis redressée.

- « Obligé » de quoi ? Marc, être dans tes bras est la meilleure chose qui puisse m'arriver aujourd'hui. Je ne me sens obligée de rien du tout. C'est juste que je n'arrive pas à lâcher prise. J'essaie d'analyser ce qui se passe, d'y trouver un sens, alors que cela ne sert à rien.

- Tu te souviens, la nuit…

Il n'a pas eu besoin de préciser de quelle nuit il parlait, il n'y en avait eu qu'une. Cela avait commencé par son arrivée surprise au bar de mon hôtel de Koh Phan Gan. Nous avions ensuite apprécié un dîner romantique sur la plage, qui s'était poursuivi par une escapade délirante dans une Full Moon Party, avant de se conclure dans la moiteur de mon bungalow. Mémorable nuit.

- Je me souviens de tout dans le moindre détail – dis-je, en déposant un baiser sur son torse.

- Moi aussi. Pendant des mois, chaque fois que je fermais les yeux, c'était comme si je ressentais de nouveau la caresse de ta peau douce sous mes mains.

Il n'aura fallu que ces quelques mots apaisants de Marc pour que nous retrouvions l'osmose que nous avions déjà connue. 

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