[Les carnets du Futur] Saison 1 - Episode 2

Alexandre Jarry

Je n’ai jamais compris le truc des strapontins casse-cul de votre millénaire. Aujourd’hui, la fac est bien différente de ce que j’ai pu comprendre de vos pratiques en 2012. D’ailleurs, vous me confirmez bien qu’il n’y a qu’un seul prof, tout en bas, tout petit au fin fond d’une salle - autant dire insignifiant pour le plus grand nombre – qui papillonne et bat des ailes en regardant l’heure aussi souvent que ses élèves ? Pas terrible...« Ah bon, le prof est là depuis 20 minutes ? »J’en admire d’autant plus les génies de votre époque, qui, eux, ont réellement du mérite ; parvenir à percer avec un système aussi archaïque devait relever de la gageur ! Et puis, franchement, c’est quoi cette manie de mettre les élèves en hauteur, là ? Et en arc de cercle, en plus ! Comme si trois cents paires d’yeux braquées sur un seul homme ne suffisaient pas à lui ratatiner l’égo… Vous savez, si je pouvais intervenir dans le passé pour vous aiguiller, je ne me gênerais pas. Mais ma qualité de consultant du futur, ne me l’autorise pas – du reste, le Saint Galipoptère d’Alpha Géo 48 m’atomiserait dans la seconde, et sans fioriture encore ! Toutefois, je peux au moins vous évoquer la Grosse Déprime de 2394, survenue dans tous les campus de la Terre et s’étant propagée jusqu’aux Cheminades. Je ne souhaite pas vous gâcher le plaisir de la découverte, bien sûr, mais j’aimerais tout de même vous suggérer de…OH NON ! Par pitié, Saint Galipoptère d’Alpha Géo 48, ne m’atomisez p… AH !…Bon. De deux choses l’une : un, sachez simplement que le Saint Galipoptère d’Alpha Géo 48 n’existe pas et que je viens à l’instant de l’inventer. Et deux, j’adore imaginer vos tronches à demi médusées, style « Hé ! Ho ! Doucement avec la religion, mon bonhomme ! Sujet sensible, là (ouaich) ! » C’est bien comme ça qu’on s’exprime au vingt-et-unième siècle ? Vous me faites bien rire avec vos croyances et vos dieux en tous genres. Tout ceci n’existe plus, aujourd’hui. Nous vivons dans une société rationnelle, ce qui facilite bon nombre de choses.Pour en revenir à l’université, l’enseignement est prodigué aujourd’hui dans des salons très colorés, avec de confortables canapés, sur lesquels nous nous installons, lunettes d’Apprentissage Individuel sur le nez. La durée des séances est calculée en fonction de nos capacités cognitives du moment, mais aussi en fonction du programme personnalisé élaboré d’après les tests d’entrée. Rien de bien sorcier ou stressant : il s’agit d’attendre une trentaine de minutes avec des électrodes placardées sur le ciboulot, puis un type vient nous remettre le résultat des performances de nos encéphales respectifs. C’est extrêmement pointu. En ce qui me concerne, l’ordinateur m’a prescrit un cursus de 12 ans 1 mois et 7 jours avec des séances d’apprentissage de 25 minutes tous les deux jours. Grémont, quant à lui, s’est vu attribuer un programme personnalisé de 10 minutes de cours par semaine pendant 152 ans 9 mois et 16 jours. J’ai été un brin interloqué, mais cet abruti a décrété haut et fort qu’il faisait entièrement confiance à la devise de l’établissement : Stultius quam te non alius*. Tant mieux pour lui.Mon score émotionnel et mes capacités intellectuelles ont donc révélé mon intérêt pour l’Histoire de l’Humanité. Sans délai, j’ai pu être inscrit à la formation de ce cursus, et depuis je ne vis que pour comprendre l’évolution de l’Homme au cours des siècles passés. Quand on y pense, cette batterie de tests est vachement bien pensée : c’est pertinent, efficace et, grâce à ce système vieux d’une centaine d’année, il n’existe plus aucune trace du chômage. Enfin bon, en ce qui me concerne, l’histoire, moi, je m’en fous un peu. J’ai bien d’autres aspirations. Bref.Dans tous les cas, c’est ici que j’ai rencontré mes amis. L’avantage de la présélection informatisée, c’est qu’on s’attend à rencontrer des gens avec qui l’on aura forcément quelques affinités. Et honnêtement, sans cette évaluation préliminaire, je n’aurais jamais cru un jour fréquenter un Carilunien comme Pogo. Paulo Pogo fait partie de ces gens vivant sur la seconde lune du Carillon, une planète grise des Cheminades, dite morte dont les paysages désolés rappellent sans souci qu'il existe un Enfer. Les habitants de cette région inhospitalière de la galaxie sont réputés n'avoir aucun sens du bon accueil. Ils sont bourrus, taciturnes, dépressifs, mauvais et agressifs. Voilà pour les préjugés. On dit aussi que le tourisme est inexistant sur la seconde lune du Carillon, et de nombreuses légendes courent à propos de vaisseaux fantômes et d’âmes en peine. Là-bas, les hommes se marient avec leurs sœurs et les violent deux fois par an pour participer au devoir de procréation imposé par la tradition. La tradition est pour les Cariluniens une chose avec laquelle il ne faut pas plaisanter. Ils sont pour la plupart des artistes, et notamment des musiciens, qui excellent dans les compositions ultra violentes et assourdissantes. D'ailleurs, les meilleurs groupes de heavytrash électrométal boum viennent de cette planète ; c’est bien connu. Je tiens cependant à préciser que Paulo Pogo n'est pas comme les autres. Lui ne joue que d’un instrument. Et il n’a pas de sœur.« J’ai lu quelque part que beaucoup avaient cru voir venir la Fin du Monde, en 2012. Pourtant, nous sommes toujours là, m’a dit un jour Pogo en mâchonnant son sandwich, les yeux dans la Seine. Alors, j’ai pensé… Je me suis dit : « Putain, Pogo, à tous les coups, ces gros blaireaux se sont plantés de millénaire ! »- Bah, tu sais, l’Apocalypse si j’ai bonne mémoire, ça a été pas mal développé dans un bouquin de propagande. Mais ce n’était rien d’autre qu’un ramassis de fables et de légendes destiné à effrayer le bas-peuple et à inventer le cinéma. D’ailleurs, c’est resté à la mode pendant un moment. La Bilbe, que ça s’appelait.- La Bilbe ou la Blibe ?- La Bilbe, je te dis !- Ouais, n’empêche que… Quand même, quand j’y pense… Tu trouverais pas ça super excitant toi ?- Quoi donc ?- La Fin du Monde, couillon ! On est en 3012, Gloumpetz ! En, 3012, très précisément ! Mille années après la prétendue Fin du Monde. Ce n’est pas un hasard. Moi, je crois qu’on va voir le Sun s’éteindre et que le Bras Lacté va tirer la chasse. Un spectacle horrible et génial à la fois. Un peu comme si tu faisais au froc avec un sourire radieux ! »J’ai affirmé plus tôt que, de nos jours, aucune superstition ou croyance ne perdait son temps à nous effleurer la banane. Je le maintiens, mais je me permets de préciser que pour Pogo, c’est un peu différent. Je ne pense pas qu’il y croit vraiment, mais il prend un certain plaisir à s’enflammer pour les sujets les plus improbables.« On pourrait voyager dans le temps ! »Vous voyez ? Il est comme ça, Pogo. Il s’enflamme… Je ne vous cache pas que son impétueux enthousiasme m’a d’abord fait reculer d’un pas, quand il a lâché cette énormité. J’ai vu briller une lueur nouvelle au fond de ses yeux. Une lueur malsaine, mais, d’une certaine manière, communicative.« Voyager dans le temps, pour éviter d’avoir à se tartiner le fond du slip en souriant comme un demeuré à la vue de l’univers se convulsant sur lui-même ? Ça me parait sensé, ouais. »La voix, douce et moqueuse, s’est posée comme une plume sur notre conversation d’hommes en devenir. A cet instant de la journée, on se croyait seuls, tranquillement posés sur notre banc, comme chaque midi. Mais Fiona Youh’al, la seule fille de la classe, nous a pris par surprise. La mélodie de ses mots, je me souviens, a flanqué une bonne torgnole à Pogo. Ne sachant plus quoi faire, il s’est consciencieusement employé à rougir et à échapper le restant de son sandwich dans la Seine. Quant à moi, je me suis contenté de me répéter « Tiens, salut Fiona ! Tiens salut Fiona ! TienssalutFiona ! Tiensalufiona ! tinalfina… » sans pouvoir émettre le moindre son. Pourtant ma mâchoire exécutait parfaitement bien les vas-et-viens nécessaires à toute communication intelligible.« Vous savez, j’aime bien l’idée. Si vous trouvez un moyen de visiter l’année 2012, je suis des vôtres, les gars. Prévenez-moi avant de me kidnapper. » Puis, l’éternel chewing-gum de claquer.C’est à ce moment-là, je pense, que j’ai soudainement trouvé très excitante l’idée de devoir affronter l’extinction de l’univers, l’horreur et la désolation.« Faudra d’abord se renseigner sur les légendes de la galaxie… » Ai-je simplement répondu en la voyant tourner les talons.Puis nos montres se sont mises à clignoter, indiquant la reprise des cours.Une journée très marquante en matière de décisions folles et de spéculations romanesques…A SUIVRE*Vous n'êtes pas plus idiot que les autres

SAISON 1 - EPISODE 2

Les légendes de la galaxie

Je n’ai jamais compris le truc des strapontins casse-cul de votre millénaire. Aujourd’hui, la fac est bien différente de ce que j’ai pu comprendre de vos pratiques en 2012. D’ailleurs, vous me confirmez bien qu’il n’y a qu’un seul prof, tout en bas, tout petit au fin fond d’une salle - autant dire insignifiant pour le plus grand nombre – qui papillonne et bat des ailes en regardant l’heure aussi souvent que ses élèves ? Pas terrible...
« Ah bon, le prof est là depuis 20 minutes ? »
J’en admire d’autant plus les génies de votre époque, qui, eux, ont réellement du mérite ; parvenir à percer avec un système aussi archaïque devait relever de la gageur ! Et puis, franchement, c’est quoi cette manie de mettre les élèves en hauteur, là ? Et en arc de cercle, en plus ! Comme si trois cents paires d’yeux braquées sur un seul homme ne suffisaient pas à lui ratatiner l’égo… Vous savez, si je pouvais intervenir dans le passé pour vous aiguiller, je ne me gênerais pas. Mais ma qualité de consultant du futur, ne me l’autorise pas – du reste, le Saint Galipoptère d’Alpha Géo 48 m’atomiserait dans la seconde, et sans fioriture encore ! Toutefois, je peux au moins vous évoquer la Grosse Déprime de 2394, survenue dans tous les campus de la Terre et s’étant propagée jusqu’aux Cheminades. Je ne souhaite pas vous gâcher le plaisir de la découverte, bien sûr, mais j’aimerais tout de même vous suggérer de…
OH NON ! Par pitié, Saint Galipoptère d’Alpha Géo 48, ne m’atomisez p… AH !

Bon. De deux choses l’une : un, sachez simplement que le Saint Galipoptère d’Alpha Géo 48 n’existe pas et que je viens à l’instant de l’inventer. Et deux, j’adore imaginer vos tronches à demi médusées, style « Hé ! Ho ! Doucement avec la religion, mon bonhomme ! Sujet sensible, là (ouaich) ! » C’est bien comme ça qu’on s’exprime au vingt-et-unième siècle ? Vous me faites bien rire avec vos croyances et vos dieux en tous genres. Tout ceci n’existe plus, aujourd’hui. Nous vivons dans une société rationnelle, ce qui facilite bon nombre de choses.
Pour en revenir à l’université, l’enseignement est prodigué aujourd’hui dans des salons très colorés, avec de confortables canapés, sur lesquels nous nous installons, lunettes d’Apprentissage Individuel sur le nez. La durée des séances est calculée en fonction de nos capacités cognitives du moment, mais aussi en fonction du programme personnalisé élaboré d’après les tests d’entrée. Rien de bien sorcier ou stressant : il s’agit d’attendre une trentaine de minutes avec des électrodes placardées sur le ciboulot, puis un type vient nous remettre le résultat des performances de nos encéphales respectifs. C’est extrêmement pointu. En ce qui me concerne, l’ordinateur m’a prescrit un cursus de 12 ans 1 mois et 7 jours avec des séances d’apprentissage de 25 minutes tous les deux jours. Grémont, quant à lui, s’est vu attribuer un programme personnalisé de 10 minutes de cours par semaine pendant 152 ans 9 mois et 16 jours. J’ai été un brin interloqué, mais cet abruti a décrété haut et fort qu’il faisait entièrement confiance à la devise de l’établissement : Stultius quam te non alius*. 
Tant mieux pour lui.
Mon score émotionnel et mes capacités intellectuelles ont donc révélé mon intérêt pour l’Histoire de l’Humanité. Sans délai, j’ai pu être inscrit à la formation de ce cursus, et depuis je ne vis que pour comprendre l’évolution de l’Homme au cours des siècles passés. Quand on y pense, cette batterie de tests est vachement bien pensée : c’est pertinent, efficace et, grâce à ce système vieux d’une centaine d’année, il n’existe plus aucune trace du chômage. Enfin bon, en ce qui me concerne, l’histoire, moi, je m’en fous un peu. J’ai bien d’autres aspirations. Bref.
Dans tous les cas, c’est ici que j’ai rencontré mes amis. L’avantage de la présélection informatisée, c’est qu’on s’attend à rencontrer des gens avec qui l’on aura forcément quelques affinités. Et honnêtement, sans cette évaluation préliminaire, je n’aurais jamais cru un jour fréquenter un Carilunien comme Pogo. Paulo Pogo fait partie de ces gens vivant sur la seconde lune du Carillon, une planète grise des Cheminades, dite morte dont les paysages désolés rappellent sans souci qu'il existe un Enfer. Les habitants de cette région inhospitalière de la galaxie sont réputés n'avoir aucun sens du bon accueil. Ils sont bourrus, taciturnes, dépressifs, mauvais et agressifs. Voilà pour les préjugés. On dit aussi que le tourisme est inexistant sur la seconde lune du Carillon, et de nombreuses légendes courent à propos de vaisseaux fantômes et d’âmes en peine. Là-bas, les hommes se marient avec leurs sœurs et les violent deux fois par an pour participer au devoir de procréation imposé par la tradition. La tradition est pour les Cariluniens une chose avec laquelle il ne faut pas plaisanter. Ils sont pour la plupart des artistes, et notamment des musiciens, qui excellent dans les compositions ultra violentes et assourdissantes. D'ailleurs, les meilleurs groupes de heavytrash électrométal boum viennent de cette planète ; c’est bien connu. Je tiens cependant à préciser que Paulo Pogo n'est pas comme les autres. Lui ne joue que d’un instrument. Et il n’a pas de sœur.
« J’ai lu quelque part que beaucoup avaient cru voir venir la Fin du Monde, en 2012. Pourtant, nous sommes toujours là, m’a dit un jour Pogo en mâchonnant son sandwich, les yeux dans la Seine. Alors, j’ai pensé… Je me suis dit : « Putain, Pogo, à tous les coups, ces gros blaireaux se sont plantés de millénaire ! »
- Bah, tu sais, l’Apocalypse si j’ai bonne mémoire, ça a été pas mal développé dans un bouquin de propagande. Mais ce n’était rien d’autre qu’un ramassis de fables et de légendes destiné à effrayer le bas-peuple et à inventer le cinéma. D’ailleurs, c’est resté à la mode pendant un moment. La Bilbe, que ça s’appelait.
- La Bilbe ou la Blibe ?
- La Bilbe, je te dis !
- Ouais, n’empêche que… Quand même, quand j’y pense… Tu trouverais pas ça super excitant toi ?
- Quoi donc ?
- La Fin du Monde, couillon ! On est en 3012, Gloumpetz ! En, 3012, très précisément ! Mille années après la prétendue Fin du Monde. Ce n’est pas un hasard. Moi, je crois qu’on va voir le Sun s’éteindre et que le Bras Lacté va tirer la chasse. Un spectacle horrible et génial à la fois. Un peu comme si tu faisais au froc avec un sourire radieux ! »
J’ai affirmé plus tôt que, de nos jours, aucune superstition ou croyance ne perdait son temps à nous effleurer la banane. Je le maintiens, mais je me permets de préciser que pour Pogo, c’est un peu différent. Je ne pense pas qu’il y croit vraiment, mais il prend un certain plaisir à s’enflammer pour les sujets les plus improbables.
« On pourrait voyager dans le temps ! »
Vous voyez ? Il est comme ça, Pogo. Il s’enflamme… Je ne vous cache pas que son impétueux enthousiasme m’a d’abord fait reculer d’un pas, quand il a lâché cette énormité. J’ai vu briller une lueur nouvelle au fond de ses yeux. Une lueur malsaine, mais, d’une certaine manière, communicative.
« Voyager dans le temps, pour éviter d’avoir à se tartiner le fond du slip en souriant comme un demeuré à la vue de l’univers se convulsant sur lui-même ? Ça me parait sensé, ouais. »
La voix, douce et moqueuse, s’est posée comme une plume sur notre conversation d’hommes en devenir. A cet instant de la journée, on se croyait seuls, tranquillement posés sur notre banc, comme chaque midi. Mais Fiona Youh’al, la seule fille de la classe, nous a pris par surprise. La mélodie de ses mots, je me souviens, a flanqué une bonne torgnole à Pogo. Ne sachant plus quoi faire, il s’est consciencieusement employé à rougir et à échapper le restant de son sandwich dans la Seine. Quant à moi, je me suis contenté de me répéter « Tiens, salut Fiona ! Tiens salut Fiona ! TienssalutFiona ! Tiensalufiona ! tinalfina… » sans pouvoir émettre le moindre son. Pourtant ma mâchoire exécutait parfaitement bien les vas-et-viens nécessaires à toute communication intelligible.
« Vous savez, j’aime bien l’idée. Si vous trouvez un moyen de visiter l’année 2012, je suis des vôtres, les gars. Prévenez-moi avant de me kidnapper. » Puis, l’éternel chewing-gum de claquer.
C’est à ce moment-là, je pense, que j’ai soudainement trouvé très excitante l’idée de devoir affronter l’extinction de l’univers, l’horreur et la désolation.
« Faudra d’abord se renseigner sur les légendes de la galaxie… » Ai-je simplement répondu en la voyant tourner les talons.
Puis nos montres se sont mises à clignoter, indiquant la reprise des cours.
Une journée très marquante en matière de décisions folles et de spéculations romanesques…

A SUIVRE


*Devise : "Vous n'êtes pas plus idiot que les autres"

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