Les complaintes d'un jeune homme perdu

aristan

Les premières lignes de mon roman...

  Ça y est. Ça fait des semaines, des mois, peut-être même des années (sans m'en rendre compte) que j'attendais autant que je redoute ce moment. Je pars. Je plaque tout. J'explique à mes parents que je pars faire un mini tour du monde. Ce serait compliqué de leur donner régulièrement des nouvelles, mais ils ne doivent pas s'inquiéter, je suis avec un ami qui a beaucoup voyagé, je suis en sécurité. 1er mensonge. Facile. Il est toujours aisé de mentir à ses parents, surtout lorsque l'on s'est entraîné depuis l'enfance. De plus, arrivé à un certain âge, les parents, ayant relâché l'autorité et dévoilant de façon plus démonstrative leur amour, la fin de leur vie approchant, peuvent, même si ils sentent le coup fourré, faire comme si de rien était pour protéger la mince relation. Merci. J'ai dit au revoir à mes amis. Seulement les plus proches, les autres je m'en fou. A eux, je leurs ai dit que j'avais trouvé un super job en Irlande. C'est une opportunité inrefusable, une paye très supérieur à ce que peux proposer cette pauvre France.  Ce n'est qu'à 1h30 de vol en avion, ce serait facile de se voir régulièrement, et je serais ravi de les accueillir. Deuxième mensonge. Je trouverais évidemment de faux prétextes à l'ami souhaitant s'aventurer dans ce pays pluvieux rongé par l'alcoolisme, désireux de me rejoindre pour quelques jours de vacances. J'ai appelé mon patron en catastrophe, lui disant qu'il fallait absolument que l'on se voit !!! Il était 22h30. Nous convenons d'un rendez-vous dès le lendemain à la première heure. Je lui explique que ma sœur, qui vit en Italie depuis trois ans, s'est faite renversée par un camion. Elle est dans le coma. C'est très grave. Je pars la rejoindre ce jour même, je resterais à son chevet autant de temps qu'il le faudra, j'attendrais qu'elle se réveille. Si elle se réveille un jour. Je suis désolé. Je lui demande de solder mon compte à l‘amiable, de toucher mes congés payés et primes diverses. Cela l'ennuie. C'est compliqué. Ce n'est pas si facile. Je me dis que c'est quand même un bel enculé. Mon histoire est touchante et elle pourrait être réelle. Je ne suis peut-être pas un grand acteur, mais j'ai quand même réussi à verser une petite larme à la fin de mon monologue. Il a fait mine de ne pas s'en apercevoir. Je lui ai dit que j'étais prêt à m'asseoir sur l'enveloppe contenant les heures supplémentaires non déclarées qui ne m'avait toujours pas était versé. Il accepte. Je le remercie. Troisième mensonge. Le monde de la restauration ne me manquera pas. Ne reste plus qu'Elle. Elle, je ne peut pas lui mentir. Je lui explique. Mon besoin de solitude, de me faire violence. Un face à face avec moi-même. M'éloigner pour mieux revenir. Mon besoin d'écrire. J'étouffe ici. Elle pleure. Je ne pleure pas. Si je le pouvais je le ferais. C'est aussi pour ça que je pars. Je ne pleure plus, je ne ris plus, je mange, je bois, je chie, je ne m'instruis plus, je ne rencontre pas non plus de nouvelles personnes intéressantes, il est dur de sortir d'un cercle d'amis que l'on aime. Je suis un robot. Je me lève, je vais au travail.je n'ai plus d'envies originales, mes biens matériels me donne la gerbe, j'ai besoin de partir, seul, je ne sais plus qui je suis, ce que je fais ici, si j'ai encore une place dans cette société, dans ce monde. Mon amour passe des pleures à la colère. Elle m'en veut. Je m'en doutais. Appelle moi mon canard encore une fois, mon bébé, mon petit loup, mon doudou, mon chéri, mon amour, oh oui j'aime bien mon amour, surnomme moi mon petit chat, mon homme, mon mec, mon petit fiancé, appelle moi à tort et à travers, chuchote moi, crie moi un petit « blase », donne-moi des noms d'animaux, donne-moi du mielleux, du « gnangnan », du pervers, du vulgaire, offre moi LE pseudonyme unique, le sobriquet le plus pathétique. Mais je t'en conjure, je te supplie debout car je suis trop fier pour m'agenouiller, appelle moi encore et encore, sinon pour moi c'est la mort, le vide absolu de ne plus entendre ta voix semi aigu. Je n'ai pas d'autre rôle qui me plait que de répondre à tes demandes, que de m'étendre devant tes offrandes, que d'accourir pour un de tes sourires, pourvu que ton larynx résonne assez pour en sortir le son de mon prénom. J'ai besoin que tu me comprennes, ça n'a rien avoir toi, toi tu es une reine mais j'ai besoin de me perdre tu vois…

Elle me laisse partir. Elle me dit aussi qu'Elle n'est pas sûre de m'attendre. Ça me fait mal. Ça me fait du bien. C'est le début de ma nouvelle vie. Demain je pars, c'est décidé. Mon amour préfère prendre les devants, dormir chez une amie. Une dernière nuit ensemble avant la longue séparation serait trop compliqué à gérer. Nous nous embrassons. Ce n'est pas un joli baisé. Nos lèvres sont sèches. Je lui dis que je reviendrais, que je penserais à Elle, que je lui donnerais des nouvelles. Elle reste muette.

 

  La nuit s'annonce longue est douloureuse. Un avant-goût de ce qui m'attend. J'en profite pour lui écrire une lettre. Je la déposerais sur notre table du salon. J'espère qu'elle l'aimera.

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