LES STARS EN AFRIQUE (le 08 Mars 2010)

rocco-souffraulit

Je sais qu’il n’est jamais bon de parler de choses sans savoir, c’est ce qui se dit tout le temps. Au sujet de ma voisine par exemple, il paraitrait qu’elle a disjoncté il y a quelques années de cela pour une histoire bizarre. Là, parler sans savoir, c'est pas bien. La déchéance de cette pauvre femme est, je suppose, très triste. Je pourrais envisager qu’il soit question d’alcool, de drogue, de dépression ou d’une exubérante féminité mal assumée, que sais-je encore. Ce ne sont que des hypothèses, jugement sans grande valeur de la part d’un homme sans grand envergure tel que moi. Elle est bizarre et c’est tout. Elle embête personne, c’est le principal, n’empêche que la méchanceté nous laisse parfois penser bien des choses. Il faut faire preuve d’ouverture d’esprit, c’est aussi simple que ça, cette ouverture qui manque à pas mal de monde et dont je suis victime. Par exemple, si certains éprouvent un amour pour les coquillettes au beurre, moi, j’éprouve un tendre amour pour le jambon à l’eau, celui vendu à moins d’un euro, en bas des rayons dans les supermarchés par tranche de dix. Je sais que j’écœure mon entourage avec cette aberration diététique mais moi j’adore. Vous savez, ce jambon remplie de flotte, ouais, chargé de sel aussi, je le reconnais, c’est absolument immonde et je ne suis pas certains que si on l’entendait à un fil à linge, on-y retrouverait deux heures plus tard une semelle de chaussure puante et toute sèche avec un paquet de Cérébos en dessous. Pourtant, je pense avoir un minimum de bon goût quand même. Ne cherchez pas la logique, c’est comme ça, on peut rien y faire, je dégoute tout le monde, mes proches qui parlent sans savoir. Non, c’est vrai, il y a des sujets dont il ne vaut mieux pas débattre et parler sans savoir, ce n’est jamais bien bon.

Pourtant aujourd’hui, je dois et je vais le faire, un peu comme à la manière d’un gars qui juge à la hâte pour se donner bonne conscience. Faut dire qu’ils l’ont bien cherché. Un programme à la télévision en ce moment attise mon envie de vous envoyer ce petit bonjour électronique. Ce programme, c’est une brochette de stars soi-disant envoyées au milieu de nulle part, au fin fond du trou du cul du monde, dans les milieux reculés de l’Afrique où soit disant le confort n’existe même-pas. Logés dans une ferme pathétique avec des murs en carton-pâte, décor aux couleurs locales qui sera réutilisé pour une autre connerie, des stars sur le déclin et imbus de leurs petites personnes doivent apprendre à vivre, à communier avec la nature sauvage, celle là-même où vivent actuellement en parfaite harmonie les hommes blancs, les animaux en liberté délimitée par du fil barbelé et du sable.

Qu’est ce que cette ferme fait là-bas ? En quoi représente-t-elle l’Afrique ? Quand je regarde ce programme, parce que j’y ai jeté un œil quand même, je n’y vois qu’une tentative de colonisation, avec pour but de dire aux Français que TF1 fait l’effort de divertir son public, avec des paysages somptueux, entre deux publicités, une pour le Coca-Cola et une pour les hamburgers, deux produits fabriqués dans les pays les plus pollueurs au monde. S’ils se servent des pays oubliés pour donner du rêve au rabais, ils se servent aussi des pays qui se branlent de la planète pour amasser de l’argent. Finalement, à qui devrait être envoyé l'oseille ? A la première chaine, qui utilise les paysages somptueux de cartes postales qui appartiennent à des populations, qui ne savent même pas qui est Mickael Vendetta, A Mickael lui-même qui pense qu’être beau à ses yeux et être intelligent sont deux choses qui ne peuvent aller ensembles, qui sont en adéquation avec un cerveau gonflé dopé par le vide, le gouffre sans fin, à qui devrait revenir l’argent ?

Chose marrante, hier, toujours à la télé, il y avait un reportage sur les Libanais et le Lithium. Un peuple dont tout le monde c’est foutu jusqu’à aujourd’hui, possède l’une des plus grande réserve de Lithium au monde, pouvant les faire vivre juste mille an. Vous savez quoi, ils ont envoyés bouler tout les riches en Rolls-Royce intéressés par ce marché juteux. Les Libanais, ils y ont tous envoyés pétés comme de la merde. En Afrique, pas du tout. Des stars écœurantes profitent des richesses de ce continent, piétinent un sol sans tenir compte qu’il faille la respecter, sans donner quoi que ce soit en échange. Vous imaginez un seul instant, donner juste un pour cent des recettes, provenant des appels téléphoniques des téléspectateurs qui votent, ce serait témoigner un minimum de respect, juste un pour cent, pour aider les villages avoisinants. L’ Afrique, vous n’êtes pas sans savoir, c’est autre chose que des girafes mises en cage chez nous, c’est aussi ce qu’on ne voit pas à l’écran, parce que ça fait tâche. Une girafe, ça peut épater toute une galerie, un enfant, une girafe à l’état sauvage c’est magnifique mais la population, c’est mieux de la cacher. Ce serait un peu gênant de montrer ce qui est le contraire à notre culture, des gens de couleurs, pauvres, qui survivent dans la misère, qui vivent tous ensembles parce qu’ils ont compris que l’union fait la force, compris que l’égoïsme ne fait que reculer un peuple. Tout le contraire de chez nous, eux qui ne connaissent pas la malbouffe, qui ne connaisse même peut-être pas le mot « bouffe » tout court d’ailleurs, préférant utiliser le synonyme « nourriture » parce que quand la tambouille se fait rare, peut-être qu’on la respecte plus. Je me rappellerais toujours d’un reportage où une femme, d’une tribu lointaine, avait pour seul repas des galettes de terre, elle est connue cette image avec cette femme, assise sur le sol, parlant à la caméra tout en frottant le sol pour se nourrir. Vous comprenez bien qu’à 19h30, à l’heure où les enfants sont devant la télé, où Ronald nous vente les mérites d’un menu diététique à base de légumes sans goût et de viande issue de milliers d’animaux d’élevage, parquets dans des usines, en imaginant un seul instant que la viande mise en circulation puisse avoir vu un seul jour un animal quelconque, la famine n'est pas vraiment télégénique. Vous voyez, là-aussi, comme pour ma voisine je parle sans savoir, oui mais quand même, Ronald il est en mesure de se défendre.

La ferme en Afrique, c’est juste un tas d’andouilles déshumanisées par le fric, qui, au milieu de nulle part, tentent de rester un tant soit peu crédibles dans leurs rôle de stars prestigieuses dont la carrière est relancée par ce programme, aussi grotesque que le « Paris-Dakar » durant lequel déboulent des milliers de motos super chouettes dans les villages isolés, sans eau potable, sans électricité. Alors oui, au « Paris-Dakar », c’est vrai qu’ils aident les autochtones, peut-être pour se donner bonne conscience quand on sait que derrière leurs passages tout est défoncé, sans parler de la pollution que cet évènement annuel engendre.

Si la connerie était un pays, les andouilles de "la ferme en Afrique" en seraient le ministère, Mickael Vendetta en tête pour le rôle de la présidence parce qu'y parait qu'en ce moment, les andouilles écervelées customisées bling-bling, au pouvoir, c'est plutôt tendance. Tiens, parlons en de Mickael Vendetta, parce que lui, il est quand même très beau. Au départ, je pensais que c’était un pion comme tant d’autres, utilisé par un agent pour énerver les gens et ainsi faire parler de lui. Je pensais donc qu’avec le temps son naturel reviendrait au galop. Là encore, j’ai parlé sans avoir. Depuis le démarrage de l’émission, Mickael reste le même, petit nombril néfaste qui pense que de croire en soit c’est avant tout d’écraser les autres. Pathétique, quintessence de l’abrutissement au sommet des plus grandes pyramides du monde, au sommet de son art en matière d'avilissement, la production risque de l’emmener jusqu’au bout parce que si vous regardez bien, Mickey, il est présent sur tout les plans, en tout cas à chaque fois que je zappe sur cette ferme, un éponyme de la plaisanterie où tout y est faux, même cette maisonnette qui sert de ferme, quand on regarde la qualité du travaille remarquable fournit par Charles Ingalls, juste pour l’exemple. Dans la ferme, je tombe systématiquement sur mon Mickey à moi, sur tout les plans à en vomir partout. Mickey, je pense que si je pouvais seulement te croiser une fois, je savourerais ce moment avec une jouissance extrême. Je pourrais te dire que c’est pas bien ce que tu fais, de te montrer de la sorte quand d’autres se trouvent moches, le vivent mal, ne gagnent pas d’argent parce qu’ils n’ont pas de bol dans la vie. Tu n’es pas un bon exemple et aujourd’hui, tu ne prouve qu’une chose, qu’on peut être moins que rien et être célèbre quand même. A cause de toi, des milliers de merdeux, enfants roi à la maison, vont tenter de faire la même chose. Par ta faute, nous allons subir les assauts de gamins angoissants qui voudront faire plus tard « star » comme métier, un peu comme si emmerder le monde était une profession et qu’il faille y déclarer ses revenus, comme tout autre profession le fait, les prostituées aussi qu'on empêche quand même de travailler. Je te dirais un peu ce que je pense mais tu es tellement éloigné de moi que je ne serais même pas par où commencer.

Je dois te reconnaître une chose. Quand on est le néant mais qu’on croit en soit alors on est capable de tout pour y arriver. Le pire, c’est que tu y es au sommet d'une gloire, friable certes, mais pour combien de temps encore ? Quand retombera cette gloire éphémère bâti sur des fondations sommaires, où j’ai beau cherché pour y trouver le moindre de caillou de talent, sans succès. Peut-être qu'au delà de ce que tu croit, tu es tout sauf précieux. Une pépite d'infamie ? Peut-être. Tu ne chante pas, tu n’es pas acteur, tu es quoi, juste beau ? N'importe qui peut être beau, suffit juste de respecter son environnement et dire les choses en face sans baisser les yeux, c'est tout, c'est quand même pas bien compliqué. Alors non, ce n’est pas de la jalousie, fait moi confiance, je préfère être tel que je suis, c’est-à-dire moi-même.

Voilà, la ferme en Afrique, c’est une tripotée de cornichons au succès en raccord avec ce qu’ils sont dans la vraie vie, une platitude sans nom où même un pigeon qui défèque, sur le bord d'un trottoir devient alors une œuvre d’art, un discours philosophique de Bernard Henry Lévy ou alors d’un intellectuel lambda. La ferme en Afrique, c’est qu’une vague plaisanterie même pas drôle, en tout cas moins qu'un sketch de Benny Hill, une immense galette des rois avec une fève quelque part au milieu, où des individus dénués de sens et d'intérêt vont tenter de récupérer le précieux sésame, cette seule et unique fève qui fera du gagnant le roi des cons...

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