Lundi c'est ramolli

yodeux

Ce par quoi tout à commencé

Je reçus cette lettre un lundi matin, le facteur sonna pour me donner mon courrier. Je me souviens bien car ce n’était pas le même que d’habitude, sans doute l’homme plaisant et drôle habituel se la coulait-il douce quelque part en Dordogne, son pays natal. Ce postier ci se présenta sous les traits d’un homme taciturne, peu loquace et sûrement adepte des clubs de sport, et non pas parce ce qu’il portait un short aux couleurs du drapeau américain.

- Lucien Borgis ? me dit-il d’un ton qui aurait fait passer mon ancienne prof d’histoire pour sympathique.

- Oui ! lui répondis-je aussi sec, et c’est mon dernier mot ! ajoutais-je afin de m’assurer que son sens de l’humour lui faisait effectivement défaut.

Et son poing parti à la rencontre de mon visage, déjà suffisamment tuméfié par un réveil fort proche de la patte de mon nouveau postier. N’étant pas du genre à me laisser abattre je tombais sur le sol afin de recouvrer mes esprits, lorsque cet imbécile heureux tomba à son tour pour que nous nous étreignions dans un ballet dont seul lui connaissait la chorégraphie. Mais ce voyage au pays des acariens me redonna l’énergie suffisante pour lui assener un coup de pied dans les couilles qui me permit de reprendre le dessus dans cette lutte matinale. Un tombé du coude dans le sternum acheva de l’achever, et tombant à genoux à son chevet je pus enfin lui demander :

- Vous êtes nouveau dans le quartier ?

De toute évidence peu sensible à mon humour ce dernier m’apprit qu’il travaillait pour quelqu’un qui, de toute évidence, ne voulait pas révéler son identité. Mais mon métier m’a appris à me méfier des évidences, aussi j’offris à mon hôte le postier un grand coup de boule dans le nasou afin de l’aider à me dire qui l’envoyait. Je ne saurais jamais si ce fut mon hospitalité toute gauloise ou bien la menace de lui épiler les poils de ses parties intime uns à uns qui le rendit plus bavard mais j’appris bientôt qu’un certain Emile Horla était intéressé par mes services.

- Et en quoi un écrivain à la mode désire t-il s’allouer les services d’un tueur à gage ? dis-je dubitativement ?

- Un jeune auteur, profitant de l’attirance de mon patron pour les jeunes éphèbes, a dérobé le manuscrit de son dernier roman, et il veut que vous le récupériez, me répondit-il dans un français que j’aurais cru difficilement possible venant de la part d’un gorille fraîchement époilé et soigneusement huilé.

Et il me tendit le fameux pli :

Monsieur Lucien Borgis,

Connaissant vos talents divers et variés, et compte tenu de l’embarras dans lequel je me trouve actuellement je vous prierai de bien vouloir retrouver le manuscrit de mon dernier livre, que m’a dérobé ce sale petit con de Victor Mulot, jeune écrivain qui monte et que j’ai eu le malheur de prendre sous mon aile afin de l’aider à peaufiner un style qui était à chier. Il a profité de mon sommeil pour s’échapper de ma maison avec le fruit de plusieurs nuits de travail acharné.

Bien entendu, votre prix sera le mien. Vous trouverez dans cette enveloppe le nécessaire à votre recherche.

Veuillez pardonner mon majordome pour cette intrusion matinale mais il fallait que je sois certain de votre talent.

Bien à vous,

Emile Horla, écrivain à la mode.

Ce à quoi je répondis à mon nouvel ami, entre temps détaché et devant un bon café-kleenex que je n’étais point détective privé mais tueur à gage, ce qui fait quand même une légère différence :

- Mon nouvel ami, lui dis-je donc, je ne suis point détective privé mais tueur à gage, ce qui fait tout de même une différence non ?

- Votre postier, absent pour quelques jours de vacances en Dordogne, me répondit-il, flattant ainsi mon ego matinal, a aisément avoué que vous receviez plus de factures que de lettres d'amour. Pensez vous que refuser une mission qui pourrait être lucrative serait une erreur étonnante venant d'un homme de votre classe ?

Ce n'est pas ma faute, mais moi, je ne résiste pas aux mots doux. Et moyennant une somme rondelette, j'acceptai avec joie de rendre à ce M. Horla son précieux manuscrit.

-Un croissant ?

Bein quoi ? Faut bien vivre…

Je passais donc la journée à étudier les pièces que Horla avait mises à ma disposition. Etaient donc étalés devant moi l'adresse de Victor Mulot, des photos de lui, et une liste de ses habitudes. Ce jeune homme fréquentait régulièrement un bar pour hommes joyeux, roulait dans une petite voiture bleu ciel, faisaient ses courses chez l'épicier de son quartier et, ce qui n'allait pas faciliter ma tâche, aimait recevoir.

Prenant mon courage dans une main et les clés de ma voiture dans l'autre, je décidais donc d'aller en repérage. Je fus obligé de lâcher mon courage afin de prendre plutôt mon appareil photo, plus utile dans cette phase de la mission, puis je pris ma voiture pour me rendre à l'adresse indiquée. Manque de bol supplémentaire Totor vivait au 3eme étage d'un immeuble. Je devrai donc faire preuve de malice, d'astuce voire de machiavélisme afin de m'introduire chez ce jeune auteur. Je fis le tour du bâtiment mais ne trouvais aucun escalier de secours, ni échelle, après tout l'action ne se situe pas en Amérique.

Qu'est ce que je peux envier mes collègues américains, des escalier de secours, des portes de jardin en simple moustiquaire, des armes en libre service, des flics souvent inefficaces… Le paradis du tueur à gages en somme. Enfin, passons et faisons fi de l'envie. Plusieurs possibilités s'offrait à moi : Entrer, tuer, récupérer, ce qui est avouez-le une solution certes fort amusante mais peu recommandable ; soit entrer, parler, tromper, fouiller, voler, possibilité plus réaliste mais demandant aussi plus d'effort. Voilà le cruel dilemme auquel j'étais confronté. Vous l'imaginez bien un homme exerçant ma profession n'a pas l'habitude de faire dans la demi-mesure et mon habitude était de tuer, j'optai donc après mûre réflexion, pour la première solution.

Le tout était de trouver le moment propice pour agir, en effet, car comme je l’ai dit plus haut mon jeune éphèbe aimait recevoir, et le moins il y aurait de monde, le mieux ce serait. Non pas que tuer quinze personnes me dérange, que vous puissiez penser ça m'attriste au plus haut point, mais considérons le problème de façon plus pratique, et ne me dites pas que je vous prends pour un idiot, vous l'êtes. Je devrais sûrement passer quelques minutes dans l'appartement une fois le plus dur fait, et ce afin, je me permets de vous le rappeler, de retrouver ce fichu manuscrit. Si je m'éternise à tuer une quinzaine de personnes, il est pratiquement certain que les futurs dégâts collatéraux prendront un malin plaisir à me compliquer la tâche en criant et pestant contre le mauvais sort qui m'a mis sur leur chemin, et contre leur hôte que de toute façon, ils n'ont jamais aimé. S'en suivra un voisin, qui va prévenir la police et moi je serais comme un con. Alors non merci ! Je planque, j'attends que moins de cinq personnes ne l'accompagne, quelques grammes de plomb dans ce monde de prunes et on dégage une fois la maison sans dessus dessous. Je prends soin de foutre le bordel, et d'emporter avec moi quelques objets précieux qui ne manqueront pas d'être sur place, et ces cons de poulet penseront à un cambriolage raté, maintenant, si tu trouves, cher lecteur, que mes phrases sont un peu longues, sache que je vais de ce pas placer un point afin que ton esprit essoufflé par autant d'intelligence puisse retrouver son rythme normal, donc le voici, le très attendu .

C'est au pied du mur qu'on le voit le mieux… le mur

Il est assis en face de moi, un verre d’eau à la main et le visage incrédule, non il n’a jamais entendu parler d’un tel manuscrit, non il n’est pas homosexuel, non il n’a jamais couché avec Emile Horla, il n’a jamais ne serait que lu un de ses livres.

Alors moi cher lecteur, je me dis qu’il se fout de ma gueule, et je pense que vous auriez pensé pareil, il mérite une bonne leçon ne trouvez vous pas ?

Mon enveloppe corporelle se met alors en branle afin que nos deux corps émettent un bruit sourd rappelant celui d’un poing sur un nez mais il me semble alors que cette avant dernière n’est pas suffisamment affranchie et mon cul reste collé comme un con sur l’assise où il sied.

La tronche en biais, qui n’a pas fait un mouvement pour essayer d’esquiver ma tentative ne peux retenir un petit rire au moment où je m’aperçois que je suis maintenu à ma chaise par mon postier, pas le vrai, celui de ce matin.

- Mais qu’est ce que c’est que ce bordel ? Crie-je dans un élan de mauvaise humeur

- Pas bouger me dit l’autre.

Et une aiguille, souhaitant ardemment violer mon épaule fait irruption dans mon histoire. J’ai tout à coup sommeil, mes paupières son lourde, je n’entends plus que sa voix, à trois je sens bien que je vais dormir… un… deux… trois… Je dors !

Mais avant de sombrer dans l’oubli je discerne sa voix annonçant d’un ton moqueur au sale traître

- C'est rien, il a encore fait une crise. Laissons le dormir ça ira mieux demain…

Un court moment de repli sur soi.

En fait je ne te l’ai jamais confié cher lecteur de mon cœur, mais un des mes rêves quand j’étais minot, était d’être dessinateur. Enfin de savoir dessiner. Mais une fois adulte, il s’est avéré que j’étais bien incapable de faire ne serait ce qu’un rond rond… Ils étaient désespérément ovale mes ronds, ce qui du coup n’était plus des ronds, mais des ovales. Aussi, certains disent que je ne tourne par rond, et que je ne me retrouve jamais vraiment… Vu que mes ronds sont ovales, voire biscornus. Alors dans une spirale Freudienne, ou Lacanienne, me fais pas chier j’ai tue mon analyste avant de savoir le fin mot de l’histoire, je serais devenu une sorte de psychopathe. Personnellement j’ai toujours trouvé ça un peu con comme théorie… Si mes ronds se refermaient bien, si la fin de mon rond venait toucher le début dans une sphère parfaite… Ca serait un peu comme le serpent qui se mord la queue, ca aurait été balot. Mais non, tu ne sais pas faire des ronds, alors tu es malade dans ta tête de frustration. Mais putain ils avaient quoi tous, à me dire que je ne tournais pas rond ?

Tout ça pour dire que si j’avais su dessiner, j’aurais pu faire de beaux dessins pour illustrer cette histoire, ca aurait eu de la gueule cette scène d’ouverture, avec un facteur huilé, moi mal rasé, ca aurait plu au lectorat gay cette bataille matinale. Mais au lieu de ça, je suis bien forcé de me débrouiller comme je peux avec des mots.

Tout ça pour dire qu’on ne devient pas fou par vocation. On ne se réveille pas un matin, en allant mettre un teston au conseille d’orientation psychologue pour qu’il nous oriente en Bac Pro Tuerie et Flinguerie Appliquée. Je ne dis pas que tous les Co-Psy ne méritent pas des baffes, mais c’est plus à cause de leurs responsabilités dans l’échec de plein de carrières professionnelles plutôt que par un manque de clairvoyance sur mes désordres affectifs. Donc oui, je suis barjo, jobastre, fou, schizo, j’ai pété une durite, j’ai grillé un fusible, j’ai une araignée au plafond. Sauf qu’à la différence de mes chers confrères fous, j’ai décidé d’en faire un métier. Vivre de sa folie c’est quand même un luxe donné à peu de monde. Moi j’ai décidé de le faire, et de le faire bien. Alors vu que je rêvais de tuer des gens bien cons, et que ceux qui m’avaient fait chier étaient tous portés disparus les pauvres, il a bien fallu que je me décide à aider un peu mon prochain, surtout s’il paye.

J’ai donc, un beau jour, décidé de m’acheter une belle plaque de cuivre, de la mettre devant ma porte, et d’écrire dessus : LUCIEN BORGIS, TUER A GAGES. Enfin façon de parler quoi.

Mais je n’ai pas toujours été comme ça, j’ai été petit à une période. Oui, même les tueurs à gage sont enfants. Dans l’imaginaire collectif, dans les films, les tueurs et les psychopathes sont toujours des mecs super froids, genre peur de rien. En fait les tueurs sont pour les adultes ce que sont les profs pour les gamins… Bein oui, quand on est jeune, on s’esclaffe en imaginant le prof d’histoire géo faire caca. Une fois adulte, on imagine que ce gros méchant tueur qui fait la une était un enfant horrible, qui tuait des chats avec les ongles ou qui voulait à tout prix faire subir des violences de type sexuel à la petite Christelle dans les toilettes de l’école.

Au risque de te décevoir, rien de tout ça. Pour ma part j’étais un enfant bien sympa comme tout, avec du cheveu blond, un copain imaginaire qui m’aidait à sauver le monde et des parents divorcés. Plutôt bon à l’école, voire même un peu précoce et j’avais des amis. Une fois ado je me suis mis la gueule comme il faut, j’ai rencontré des filles plutôt pas mal… Non j’étais un gamin normal… normal à faire peur.

Et puis un jour, je me réveille et vlan… je me dis qu’il faut faire quelque chose.

Pendant ce temps, ailleurs

- Accrochez vous commissaire Berthot, le mec n’y est pas allé de main morte, annonce le planton à l’entrée.

Et effectivement, il n’y est pas allé de main morte. Sans la forte présence policière, le patron aurait pu croire être au festival hivernal des bouchers charcutiers à main nue. Il y en avait partout, comme un sale gosse qui aurait joué avec ses feutres, enfin avec un feutre, le rouge.

En tout une demi douzaine de cadavres gisaient dans le luxueux appartement, un travail d’orfèvre de toute évidence, et pour l’instant pas une seule trace du tueur.
Il avait passé tout le monde à tabac, en insistant un peu sur le propriétaire des lieux, Victor Mulot, un écrivain à la mode, qu’on voyait souvent à la télé. La jeune génération, comme disaient ces cons de journalistes. Plutôt un jeune prétentieux, qui pensait que sa courte vie de trentenaire pourrait avoir un quelconque intérêt pour des lecteurs. Mais bien vendu par son éditeur, il avait bien trompé son petit monde avec son premier roman et ses prix à la con décerné par les magazines féminins.

De toute facon, Berthot ne lisait qu’en caguant le matin, et un bon De Villiers lui suffisait bien. Le seul problème avec cette littérature, c’est que parfois les scènes de cul lui filait une demi molle… et son machin se collait à la cuvette et niveau hygiène il n’aimait pas trop ça. Du coup, Berthot ne lisait pas beaucoup.

Et avec toute cette histoire, et les médias qui allait s’emparer de ce sextuple meurtre dans le milieu branchouille. Un écrivain à la mode et cinq de ses amis, des tarlouzes sans doute, quasiment dépecés dans leur appartement. Aucun témoin, aucune trace d’effraction… Il était dans la merde le Berthot, à 3 ans de la mutation au soleil.

Ces derniers temps, il avait tout plein de meurtres sur le dos… société de merde. De toute sa carrière, il n’avait jamais vu ça, pas des petits meurtres tout gentils, ou des machins passionnel, avec un coupable qui reste à pleurer à côté de sa victime. Non il avait tout plein de bon gros meurtres bien pourris, des mises en scène macabres, des sacrifices humains, tout ce genre de chose qui font que la carrière d’un flic est décidément passionnante.
Les psys du groupe disaient que c’était dû à la précarisation de la société, au fait que les gens ne voyaient plus où aller, et que les psychoses enfouies ressortaient, le désespoir qui ouvrirait les portes de l’enfer. C’est beau comme du Saint Jean, mais ca casse les couilles comme du BHL.

De toute facon, Berthot n’était que le bout de la chaine. Dans le cheminement digestif de ce monde, il était le papier cul, peut importe ce que la société avait bouffé, il se retrouvait quand même dans la merde.

Alors Berthot, il a donné deux ou trois ordres pour la facade, et il est retourné au commissariat… toute cette histoire lui avait donné la cagagne.

Pourquoi faire simple si on peut faire plus simple ?

A l'école donc, j'étais facile, tranquille, je bossais juste ce qu'il fallait, de quoi passer au dessus, et ca marchait plutôt pas mal. Jusqu'au lycée, où j'ai sans doute voulu me convaincre que ma foi... une vie stable serait parfaite pour moi...

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