Ma Vérité

Dominique Capo

Lettre de ma compagne à ses parents, seconde partie

Évidemment, les mois et les années passant, Dominique et moi avons acheté des biens en commun : mobilier divers, étagères, lave-vaisselle, lave-linge, vêtements, placards, ustensiles de toutes sortes, télévision, tableaux, livres, DVD, etc. Ils étaient tous destinés à l'aménagement de l'appartement selon nos propres goûts. Ils n'étaient spécifiques ni à Dominique, ni à moi. Aucun de nous ne dominait l'autre quant à leur choix ; ils ressemblaient tout simplement au couple que nous formions, et que nous formons toujours aujourd'hui. Par ailleurs, ces dépenses étaient engagées d'un commun accord.

Mais il est vrai de dire que le décor apparaissant au sein de notre domicile est assez particulier. Celui-ci est inspiré par des univers tous droits sortis de la Science-fiction, du Fantastique ou de l'Héroic-Fantasy. Bien-sûr, j'ai toujours apprécié ce genre d'Univers. Mais avant de connaître Dominique, je n'avais jamais été amené à les explorer avec autant d'attention. Celui-ci m'a donc fait découvrir d'autres aspects de ce genre de littérature, de cinéma, ou autre. J'y ai adhéré avec plaisir, parce que ceux-ci correspondaient à des centres d'intérêts que je n'avais fait que survoler lorsque je vivais chez Papa et Maman. Au fur et à mesure de notre vie commune, je me suis progressivement rendu compte que je m'y sentais heureuse, épanouie. Il me permettait d'échanger et de partager des choses que je n'avais jamais osé mettre en avant auparavant. Car, il est vrai que, lorsque je partageais le quotidien de Papa et de Maman, leur Univers était à l'opposé de celui de Dominique. De fait, très vite, celui dans lequel a, dès lors, baigné notre appartement est devenu, autant celui de Dominique, que le mien.

Or, je me suis très vite aperçue que Papa et Maman voyaient d'un mauvais œil l'Univers que je partageais Dominique. Ils y ont tout de suite été hostiles, réfractaires, fermés. Même pour me faire tout simplement plaisir, pour s'intéresser un tant soi peu à mon environnement, ils n'ont jamais fait mine de m'interroger à ce sujet. Bien qu'ils aient vu que je me sentais à l'aise, épanouie, heureuse, ils n'ont jamais eu le désir de s'en rapprocher un minimum. Au contraire, je dirai qu'ils ont tout tenté afin de m'en éloigner. Au fil des années, ils ont régulièrement essayé de faire en sorte que je le réforme. Pour qu'il corresponde davantage à leur vision des choses de l'Univers qui, selon eux, devait être le mien, ils ont cherché à m'influencer pour que j'y apporte des modifications dont je ne voulais pas. Je ne l'ai appris que plus tard, mais, en fait, ils voulaient qu'il y ait une séparation distincte entre mon Univers et le sien. Maman m'a en outre avoué, au bout de quatre ou cinq ans de, qu'en fait, si elle n'aimait pas se rendre chez nous, c'est qu'à cause de cet environnement si particulier. Elle ne s'y sentait pas à l'aise.

Toutes ces premières années également, Maman a maintes fois essayé de m'influencer à propos de ma coiffure, de mes vêtements, de mon hygiène, etc. Elle estimait que j'étais inapte à choisir ce que je devais porter, aux aliments dont je devais me nourrir, ou à ma manière de me coiffer. Elle seule était, selon elle, capable de déterminer, par exemple, de quels habits je devais me vêtir. Ceux que je choisissais par moi-même ne lui convenaient jamais. Ils étaient, à ses yeux, une insulte à son sens de l'esthétique. Et à chaque fois que nous nous rencontrions, elle affirmait que j'avais encore grossi alors que peu de temps avant, mon médecin m'avait pesé et n'avait vu aucune détérioration de ce coté là.

Je ne me souviens plus du nombre de fois où elle m'a expliqué que, si les personnes qu'elle connaissait me croisaient, elle serait rouge de honte. J'avais l'impression que le jugement des autres était vital pour elle. J'avais le sentiment que le fait que je me sente bien dans les vêtements que je portais n'était pas important à ses yeux. J'avais également l'impression que c'était elle qui était directement visée : pour elle, mes goûts vestimentaires étaient source de déshonneur, et son entourage allait lui en tenir grief. Alors que je suis convaincue qu'il a des préoccupations bien plus importantes, que de se soucier de mes habits. Pour résumer, il n'y avait que son propre jugement qui était valable. Il devait faire office de Vérité absolue. Et que ce que je pouvais dire était considéré par elle comme quantité négligeable.

Progressivement, ces remarques ont pris de plus en plus de place dans nos relations. Je n'avais pas à les remettre en cause. De toute façon, lorsque j'essayais timidement de faire entendre ma voix, elle ne m'écoutait pas ; elle ne tenait nullement compte de mon opinion. Je dois avouer que je n'osais pas la contredire ouvertement.

De son coté, Dominique a commencé à trouver de plus en plus énervant qu'elle se mêle de tout et de rien. Pour lui, cette attitude ne pouvait qu'avoir des répercussions sur ma vie d'adulte ; pire encore, sur notre vie de couple. Et il le supportait de moins en moins. Il s'est mis à le lui dire ; d'abord épisodiquement. Puis, comme elle continuait à n'en faire qu'à sa tète, de plus en plus régulièrement. Des tensions entre eux sont donc nées. Par ailleurs, puisque je n'osais pas m'affirmer vis-à-vis de Maman, celles-ci ont engendré des dissensions entre Dominique et moi. Il me reprochait de ne pas me comporter avec Maman de la même manière qu'avec lui ; c'est-à-dire, simplement, naturellement, sans appréhension. Je lui disais que je n'y arrivais pas, que c'était au-dessus de mes forces. Je lui expliquais que si j'osais dire à Maman le fond de ma pensée, je craignais qu'elle se détourne de moi.

Notre couple en a tellement souffert, que nous avons été obligés d'aller voir un conseiller conjugal à plusieurs reprises. Au cours des conversations et des échanges avec celui-ci, nous avons peu à peu réalisé d'où venaient les causes de notre mésentente. Il nous a fallu plusieurs séances pour nous rendre compte qu'elles étaient dues à l'ingérence permanente de Papa et de Maman dans notre vie de couple. J'ai personnellement compris que ne pas être capable de dire ce que je voulais réellement devant eux, attisait le conflit entre Dominique et eux. Je n'osais prendre parti pour personne, de peur de froisser Papa et Maman, ce qui ne faisait rien pour arranger les choses. C'est d'ailleurs ce conseiller conjugal qui m'a suggéré d'aller voir un Psychologue pour faire un travail sur moi-même. Il était en effet désormais vital que je dépasse mes difficultés et me faire entendre par Papa et Maman.

En tout état de cause, Dominique et moi avons surmonté cette épreuve. Nous avons retrouvé un climat serein et apaisé au sein de notre couple. Nous avons découvert les racines du mal dont nous étions les victimes. Cela nous a fait beaucoup de bien et a renforcé le lien qui nous unissait. Malgré tout, cela n'a pourtant pas découragé Papa et Maman dans leurs tentatives de se mêler de nos affaires. Et tout le long de cette période, à chaque fois qu'ils en ont eu l'occasion, ils ont tenté de faire pression sur moi pour imposer leurs décisions concernant ma vie de couple.

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