Ode à la futilité

sylvenn

Noires Heures - Essais

Je vais faire comme toi, connasse. Je vais me mettre à gratter des dizaines, non, des centaines de lignes juste pour avoir l'air intelligent, sensible et productif. PLUS que toi ! Tu te prends pour qui, hein ? J'étais tranquillement assis là, seul, face à mon petit-déj et face à de paisibles rizières, à peine perturbé par la musique de fond, et tu arrives avec ton petit air de bourge, ta belle gueule de blondasse et tes fringues jaune pétant pour bien t'assurer que personne ne risque de te louper !
Bordel, cinq minutes avant, quand je suis arrivé, il y avait personne dans tout le resto… t'avais même l'embarras du choix de la place en t'installant, et tu choisis quoi ? De poser ton cul juste à ma gauche, surpriiise !
Ce cliché de merde que tu représentes à toi seule, avec ton petit carnet chic dont on peut lire les lignes à deux mètres de distance tellement tu écris G.R.O.S. ! Finalement si la culture c'est comme la confiture, tes mots sont comme ton inspiration : moins t'en as, plus tu l'étales !
Oh bah tiens, depuis les deux minutes que je gratte cette merde dans un flux ininterrompu, tu l'as lâché ton putain de carnet, pute ! On se rabat sur son smartphone pour oublier un temps qu'il n'y a que ton phone qui est « smart », pas vrai pétasse ?
Allez, la prochaine fois qu'il te prendra l'envie de te rendre intéressante à écrire un blabla sans saveur – à l'image donc de tes idées, de ton sens critique et de ta vie – tu te souviendras que pour briller en société il faut s'en donner les moyens, et pas que financiers. Un conseil, restes-en aux fringues pétantes et bien courtes, parce que l'envie de te péter le cul est la seule chose qui puisse compenser mon mépris pour tes pensées bien courtes. Salope.
PS : tes textes de well-being-feel-good du style « quelle belle matinée ensoleillée tavuuu, et sinon oh hier un mec m'a tringlée mais je ressens quelque chose pour lui et je me demande siTA GUEULE », personne n'en a rien à carrer ; même toi t'y crois pas toi-même avoue ! J'aurais très bien pu t'adresser la parole et me prendre d'affection pour toi, me dire qu'en fait t'es quelqu'un de bien, une belle personne, et regretter dans la seconde de t'avoir dédié ce pavé haineux. Mais je préfère rester dans l'instinct, et mon instinct te vomit dans la bouche.
Cordialement, ton voisin de droite.

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