ON ARRIVE QUAND

Michel Bioteau

 ON ARRIVE QUAND

Neige, je suis dans le métro bondé qui me mène au travail. Je regarde la tête des gens, celle des hommes pas réveillés, bougon, regards hostiles, je regarde avec plus d'attention le visage des femmes, jeunes de préférence, elles font tout pour paraître, c'est ce qui les distingue des hommes qui bien souvent se moquent pas mal de leur apparence. Des jeunes filles sont affairées avec leur dernier » smart phone », toujours en avance sur l'heure, sur le progrès, sur la communication, elles doivent imaginer que leur vie ne signifie rien sans le dernier jouet électronique à la mode. Des femmes plus âgées lisent distraitement, levant la tête pour respirer l'air suffoquant de la rame , à moins que ce ne soit une bouffée d'air salutaire pour ponctuer un récit particulièrement sordide qui sentirait le cadavre. Un clochard se réchauffe comme il peut , dehors c'est l'hiver et pour lui les choses ne sont pas simples, il empeste tout le wagon mais les gens supportent sans rien dire ,ils risqueraient de se faire insulter et cette altercation gâcherait leur journée. Sortie de tunnel le petit jour est féérique car la neige tombe à gros flocons et gifle les réverbères avant de tapisser la chaussée glissante. Les voitures avancent avec prudence en fumant de colère. Les piétons piétinent emmitouflées dans leurs manteaux ou leur blouson. Les jolies citadines qui osent encore se déplacer sur des talons en sont quitte pour quelques frayeurs, mais il y a toujours un homme délicat pour leur proposer une épaule solide. Une vieille mémé tire un chien récalcitrant qui fait des petits bonds dans la poudreuse puis se laisse trainer sur quelques mètres. Il essuie le trottoir. Mémé s'énerve et lui crie dessus. A côté de moi il y deux petites filles ; 12 , 13 ans ? Je suis surpris de les voir ici à cette heure matinale. Elles sont bien habillées, avec des jupes longues en feutre, une veste en tissu épais, les cheveux longs soigneusement peignées retenus par un bandeau. L'une d'elle, la plus âgée égrène une liste d'objets en pointant sur un morceau de papier posée sur ses genoux. Un chandelier en or, une assiette en or, un saladier en or, des bijoux en or.. tout est en or. L'autre s'emballe et rigole, les gens debout les regarde sans sourire de leur jeu infantile . Je suis presque certain qu'elles sont juives, elles semblent tellement sages, différentes des jeunes de leur age... je me fais surement des idées. À l'instant où cette pensée traverse mon esprit, la petite fille me regarde, ses yeux sont magnifiques, d'une clarté lumineuse, j'ai presque honte de recevoir son regard. Elle se retourne vers sa sœur, sa cousine ? et demande ; On arrive quand SARAH !

Je descend avant elles. Je ne sais pas quoi penser de cette rencontre, elle me rend juste heureux. Ce simple prénom aura suffit à me faire oublier toute la morosité de mon existence et si elles ne sont pas juives, ce n'est pas grave. Quelques fois on se fait toute une histoire sur des brides de rien du tout, on tire un fil imaginaire....la neige continue de tomber imperturbable.

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