Où est Charlie ?

jean-fabien75

Tristesse infinie... et espoir.

Je me souviens de cette BD où il fallait trouver Charlie. Je me concentrai très fort, je regardai dans tous les coins pour être sûr de ne pas rater le petit bonhomme à lunettes. Mon premier contact avec cette BD bizarrement, j'avais 6 ans et je venais de sauter le CP (pas le 1er truc que j'allais sauter, croyez-moi). La maîtresse m'avait pris sur ses genoux (à l'époque, on avait le droit) et m'avait demandé de trouver Charlie.
J'avais échoué.

Aujourd'hui, Charlie est partout.

J'avoue pourtant, ce matin, je me suis réveillé avec une immense gueule de bois. Impossible d'y croire. Cabu et Wolinski, j'ai grandi avec ces mecs. Charb que j'adorais – comme j'ai ri devant Maurice et Patapon comme un con pendant des heures. Je pourrais tous les citer tant j'admirais ces mecs, mais je m'arrêterais juste deux secondes sur Bernard Maris dont j'ai lu tant de livres, qui était un des seuls économistes que j'écoutais avec un plaisir sans cesse renouvelé, lui le défenseur des faibles, l'humaniste qui prônait le développement des pays pauvres avec l'aide du monde occidental.

Tout ceci est tellement fou, absurde.

C'est avec tristesse donc que je me suis levé et puis j'ai regardé la presse ce matin, j'ai vu tous ces rassemblements, et pour la 1ère fois depuis un certain temps, j'avoue que j'ai repris espoir. Un peu… faiblement, tristement, mais certainement.


J'avoue aussi avoir hésité hier sur quoi poster. Et puis finalement, j'ai posté juste deux choses. Tout d'abord :
« C'est le moment où il va falloir être intelligent les gars et ne pas raconter n'importe quoi sur les réseaux sociaux. Vous êtes prêts ?
Solidarité avec Charlie Hebdo dans tous les cas.
Putain... »

Et puis un peu plus tard :
« "Moi ce qui me choque, c'est de faire ça le premier jour des soldes" – Nabilla »

Car, c'est ça qui vient tout de suite :
- La vigilance
- L(a tentative d)e rire

L'expression de la haine ordinaire qui s'expose jour après jour sur les réseaux sociaux m'est de plus en plus insupportable. L'amalgame, le racisme, la bêtise, le refus de la différence, la haine relèvent du même mécanisme de peur qui est le carburant de l'extrémisme. Ce ne sont que des mots oui, comme les armes de Charb, Cabu et les autres n'étaient que des coups de crayon. Mais ce sont les mots qui rassemblent qui sauveront peut-être le monde. Pas la division. Nous devons nous réinventer en tant que société, en tant que peuple. Nous devons construire un projet ensemble.

Il n'est pas aujourd'hui question de liberté d'expression, il est aujourd'hui question de liberté de penser, d'exister différemment.
« La pensée est révolutionnaire », je ne sais plus qui disait ça mais c'est tellement vrai. Après, l'émotion, il faut donc réfléchir. Ensemble (oui, je sais, je me répète, c'est l'émotion).

On ne saura faire continuer le combat pacifique et la liberté qu'en allant vers l'autre, en refusant ceux qui essayent de diviser et de pointer les lignes de faille là où il n'y a que des différences, qui peuvent, qui doivent se compléter.

Alors oui, j'ai les boules. Mais au milieu des boules, il y a de l'espoir.
Quand j'ai vu tous ces rassemblements spontanés, j'avoue que ça m'a fait du bien.

Ce n'est pas en se fermant qu'on va y arriver.

"Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux" disait Benjamin Franklin.

S'il est un Dieu, il n'est pas haine.

Dieu est amour.
Dieu est humour.

Non ?

S'il vous plaît, laissez-moi y croire encore quelques temps.

Et faites comme l'a suggéré mon ami Fabien Pesty :
« Journée de deuil national. Qu'on la passe au lit, en slip, à dessiner des bites et des doigts d'honneur. »

Voilà un vrai hommage.


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