Passage par Avignon

Marion Ploix

Passage par Avignon

Hier matin, un peu avant 10h, la navette nous dépose au centre d’Avignon. Les rues bruissent déjà du passage de nombreux pélerins qui, tout comme nous, arpentent les rues avec une destination plus ou moins précise. Le moindre espace public, les murs, façades de café, de restaurants, de magasins, poteaux et piquets en tout genre, sont recouverts d’affichettes qui présentent toutes sortes de spectacles à voir. Il y en a pour toutes les envies, pour tous les ages, pour toutes sortes de publics. Il y a les spectacles familiaux, à destination des enfants plus ou moins jeunes, il y a les comiques, les didactiques, ceux qui mettent en scène des noms connus, des visages que l’on aimerait voir d’un peu plus près, ou encore des inconnus entourés de mystère. Il y a aussi les ardus et les pointus, les spectacles qui s’adressent à un public averti et difficile, un public qui aime souvent se retrouver entre soi pour parler la langue particulière des théâtreuuuux…
Nous voilà tous les cinq à laisser errer le regard…
― Tiens, celui-là ??
― Trop tard, sur le point de commencer…
― Celui là alors ??
Un petit coup d’œil sur la carte et notre maître es-orientation nous guide vers le Théâtre de l’Atelier pour assister à « Nea et les graines du printemps »… Le temps d’acheter les places, de se désaltérer d’un demi verre d’eau chacun (déjà une soif persistante), et nous voilà assis dans une petite salle toute de bancs de bois et de coussins de velours, moi avec les deux plus jeunes tout devant.
Le spectacle est réjouissant, mélange d’images projetées et une jeune comédienne qui nous emmène tambours batants dans une aventure écologique à la Alice au pays des merveilles… Une petite heure durant laquelle chacun prend ce qui lui convient… les lumières se rallument, applaudissements fournis, les enfants sont contents…
C’est une fois assis à l’ombre de grands parassols oranges, sur la place Pie, dans l’attente de l’arrivée des frittes, salades et spaguettis carbonara, que je prends conscience du bruit stridulent, persistant, virulent, des cigales qui par centaines, par milliers, vrillent les oreilles des vivants et concurrencent férocement les bruits de la ville. Il est vrai que comme tout son continu, on s’y habitue et on l’oublie bien vite mais tout de même… Comment on fait pour dormir ici… on a le sentiment que la suractivité du moment, animale et humaine toutes deux mêlées, n’est pas prête de s’arrêter…
Et le spectacle continue, il vient à nous par vagues, plus surprenantes et créatives à chaque fois. On mange et on a le nez en l’air, et on se lèverait bien pour suivre une marionette géante, une troupe de vénitiens masqués, de drôles de nonnes, un groupe de chanteurs, un clown triste ou encore quelques accords de guitare joués par les mains expertes d’un fou au chapeau multicolore… Mais d’où vient ce bruit de claquettes qui nous fait courir le rythme sous la peau ?? Les enfants ont fini, A. montre des signes de fatigue et réclame sa sieste… il est temps de bouger…
La chaleur s’apesantie à présent sur nos épaules, nous engloutissant dans un manteau de sueur qui ralantie nos mouvements…
― Et le château ? Et le parc ??
Notre guide préféré est infatiguable et nous le suivons, bonan malan… Sur notre passage, un manège comme on en voit peu, gigantesque, avec toutes les tailles de chevaux de bois, chaises à bascules, majestueux dans ses couleurs d’aparat… Impossible de résister et vu le prix, un tour suffira, il faudra faire avec le petit drâme qui suivra.
La pucinette sur les épaules, nous arrivons arrassés jusqu’au parc du château où nous attend une fontaine salvatrice. On se mouille, on boit dans le creux de ses mains et on peut profiter alors de ce que voient nos yeux… le panorama de la ville, la beauté du château, les ramparts et les rues pavées qui nous emmènent dans d’autres temps.
A présent les voix se sont faites plaintives. Les vêtements nous collent à la peau, le soleil cogne sur nos têtes, et nous prenons doucement le chemin du retour, traversant les rues piétonnes et commerçantes du centre ville. On craque, bien sûr, encore un peu et puis voilà, j’aperçois déjà le toit haut et bleu de notre Kangoo…
Le passage était bref, mais nous nous sommes dit D. et moi… qu’on y reviendrait bien en amoureux…

Marion Ploix
Juillet 2009

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