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Myc Martin

J'ai oublié ton nom mais tu fais partie de moi

Les Alpes, le soleil, la neige

Y regarde par la fenêtre. Dans la neige derrière le chalet, se tient dressée une hermine immaculée.

Elle file.


*

Centre de vacances, un gros Patou blanc.

Il s'engage sous la table de bois, son dos frotte. Il ne se baisse pas.

La table se déplace.


*

Le Patou

Il joue. Y cherche à le coincer sur la terrasse, laisse un espace dégagé à droite.

Le chien regarde à gauche, à droite,

surtout à droite. Il va se lancer.


*

En Suisse, un bois

Centre de vacances, Y est moniteur, caché derrière un buisson. Les enfants parlent en contrebas.

Y ne bouge pas.

Un renard passe tout près. Il regarde droit devant lui.


*

La chatte avait des chats, plusieurs portées par an. En mars, au cours du "Mois des Chats" (et même hors du Mois des Chats), elle accourait, en réponse à ces appels rauques qui l'appelaient de toutes parts. A guettait le moment où elle s'absentait, prenait la portée, un sac, une pierre, qu'il allait jeter dans le torrent glacé.  

La chatte cherchait partout, ventre dur à cause de la montée de lait.

Folle de douleur.


*

Nous habitions un immeuble, au quatrième étage. Grande chambre alcôve sur la rue, grande cuisine sur l'arrière. Une chiche boîte à loyers.

Au troisième étage vivait un couple : elle, corpulente, revêche, vêtue de noir. Lui, gringalet, chauve, handicapé (net dimorphisme sexuel - il avait des "becs de perroquet" sur la colonne vertébrale). Cela m'intriguait. Je l'imaginais, il marchait avec des perroquets multicolores qui animaient ses vêtements, entraient ou sortaient à grand bruit de son dos.

Il avait installé un trébuchet sur le bord de la fenêtre de sa cuisine pour capturer des oiseaux. Des mésanges.


Une mésange est prise. On l'entend se débattre. A bricole un petit crochet, une longue ficelle, et depuis notre fenêtre, cherche à accrocher le couvercle du piège. Presque... raté. Nouvel essai... non. Encore...

le crochet soulève le couvercle, la mésange est libre.


Elle vient voler un instant devant nous : elle nous remercie.


*

Une petite chatte marron clair, câline. Les poils de sa fourrure sont longs et soyeux, "une chatte Angora", dit M, avec respect.

Sous ma main la douceur de sa fourrure, ses os si fins sous la peau.

Au retour de l'école, elle n'était plus là. Elle est allée sur la route, une voiture l'a écrasée.

Une tache sur le goudron noir.


*

L'oncle aimait bien les chiennes Braques de Weimar couleur chocolat, leur ligne, leur élégance.

Panza était une belle chienne, excellente gardienne : elle laissait rentrer qui voulait et mordait aux fesses qui partait.

Un jour, elle eut une belle portée. M sortit la chienne au bord de la rivière, pour lui changer les idées. Au retour, ses petits se précipitèrent sur elle pour la tétée. Panza gronda et montra les crocs, afin de les éloigner encore un peu.


*

Panza vieillissait, son arrière-train se paralysait.

Au bord de la rivière, elle descendait au bord de l'eau. Elle ne pouvait plus remonter le talus. Elle s'aidait en mordant des brins d'herbe, dans la pente.


*

M aimait les chats depuis toujours.

Les chats errants, plus ou moins errants. Ils s'abritaient dans la casse automobile voisine, venaient manger, flemmardaient un moment dans le jardin ou repartaient dans la casse.

Seule M pouvait caresser la chatte noire.

M vieillit, plusieurs chutes, elle ne pouvait plus rester chez elle, il fallut partir au loin résider en Ehpad.

Y vint s'occuper des démarches, faire vider la maison, la mettre en vente. Pendant ces quelques jours, il nourrit la chatte noire, soudain tout à fait urbaine à l'heure des repas. Repas finis, hautaine.


La maison est vide. Fin d'après-midi, il fait très beau, la porte-fenêtre de la salle à manger est ouverte. Y est à l'étage, il descend au rez-de-chaussée et voit sur le plancher l'immense ombre de Batman.

Batman : le corps massif, la tête avec deux oreilles pointues.

La chatte noire : elle se tenait sur la marche de la porte-fenêtre, le soleil étirait son ombre sur le parquet.


*

M donnait la pilule aux chattes pour qu'elles n'aient pas de petits. Elles la prenaient ou pas, selon l'humeur.

M vieillissait, perdait un peu la mémoire. M avait aussi des médicaments à prendre, des pilules, ...

Possibles mélanges.


*

Parmi les chats errants, un chat affreux, efflanqué, pelé, borgne. Castré : le Pirate.

De loin, vraiment de loin, le plus séduisant des chats auprès des chattes. Un parfum de lointain, d'interdit, d'aventure, auquel personne ne résistait.

Les chattes avaient des petits, quelles amenaient à la maison pour manger. Certains avaient un peu son allure dégingandée, des taches blanches, rousses. Castré, mais il concevait encore.

Respect, Pirate.


*

Bel après-midi. La cage du hamster est contre le mur du fond, dans la salle à manger.

Une éclipse. Evènement cosmique, les sphères s'alignent dans l'immensité. La lumière tombe.

Le hamster va se coucher.


*

Le hamster meurt. Il est contre les barreaux, gueule ouverte.

Y est tout près. Être vivant à être vivant. Il ressent dans son corps la souffrance indicible.  


*

Petite souris blanche.

Un matin à six heures, Y lui donne un corn flake au miel.

Le lendemain matin, à six heures, la souris attend à l'heure dite. Elle attend son corn flake.

Petite souris, où est ta montre ?


*

Y fractionne le corn flake. Plusieurs morceaux.

Dilemme pour la souris blanche : comment tout emporter en une seule fois ? Avec les pattes, la gueule ?

Réflexion, intuition, ingénierie.


*

Nous montions à l'échelle et étendions le linge dans l'appentis, sous le toit en tôle. Attention à la tête, les poutres étaient basses et dures.

Une petite chauve-souris s'abritait là. Les enfants l'avaient surnommée "Batman".

Y étendit le linge et par hasard, effleura Batman de la main.

Derrière la poutre, petit corps pendu tête en bas, ferme et doux.


*

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