Quand les étoiles s’éteindront

Nicolas Pellion

25 mars / 29 juillet 2019

Il est vivant dans le cœur exsangue, l'âme anéantie, la peau blême, le sang figé, le regret, la privation, la frugalité, l'impatience, l'entêtement, l'impasse, la précipitation.

Il fuit la banalité du bonheur et reste sous la dépendance de la mélancolie qui se repaît de l'échec, de la perte et de l'abandon.

Il recherche l'éphémère, la contradiction, le silence, la solitude, la douleur, les poumons oppressés, l'asphyxie, la violence étouffée, la mâchoire crispée, les dents qui grincent, l'émail qui rompt, le cri retenu, le corps fœtal que nulle étreinte n'apaise, l'implosion, que tout éclate à l'intérieur.

Il refuse la chaleur, l'enlacement, le regard qui se pose plus longtemps qu'attendu, même voulu, même désiré, même fantasmé depuis des années.

Il fuit ce qui pourrait le rendre heureux, la souffrance subie, le déséquilibre apporté par autrui, l'après-midi d'ennui.

Funambule, il sait la douleur physique, intrinsèque, létale, que l'autre provoque. Il ne s'ouvrira plus.

Une muraille enserre la tige délicate, ourle la soie des pétales, les protège du souffle de la légèreté, de l'envolée et de l'emportement.

Il offre les ronces, le mépris, la dureté de façade, l'arrogance, les mots qui tranchent.

Il s'enflamme pour l'impossible, pleure, tremble, vit dans l'ombre ce qu'il rejette en surface, la caresse, le baume, la joie.

Jamais ne poindra l'apaisement. La folie qui affleure va un jour l'envahir. L'oubli l'emportera. Il aura tout rêvé. Il n'aura rien vécu.

Quand les étoiles s'éteindront dans son regard, que son esprit à force de pensées, pulvérisé, en miettes, aura basculé dans les limbes dont il n'aurait jamais dû sortir, il ne saura même plus que son âme était un palais, son corps un éden, sa vie une offrande, comme tous les autres qui l'ont frôlé et qu'il n'a pas retenus.

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