Rencontre du treizième type

renlei

19h00, retour au foyer, fin d'une dure journée et une seule envie, me poser là où plus aucune question ne se pose : devant la télé.

Sur le pas de la porte j'insère ma clé, pas moyen de la tourner. J'essaie dans l'autre sens, le verrou s'enclenche, un frisson devant cette découverte, la porte était ouverte…

Je l'entrouvre doucement, n'ose pas entrer, même pas regarder.

Je prends à la fois ma respiration, mon courage à une main et la poignée de l'autre puis je pousse...

Mon coeur s'affole, je m'attend à tout mais ne trouve rien. Je cherche l'interrupteur d'une main tremblante, l'actionne ... rien.

De plus en plus inquiète j'active tout mes sens et je guette. Toujours rien... puis... presque rien, juste une lueur, rouge et tamisé au bout de l'entrée, je suis tétanisé ... une ombre apparaît, elle s'approche, doucement ... sûrement ... à deux pas s'arrête.

Quand je distingue les traits de cet être, tout mon métabolisme s'arrête, je m'accroche de toute mes force à ma conscience pour ne pas la perdre, petit à petit je reprends mes esprits.

Devant moi le rêve de toute une vie, rencontre attendue depuis toujours, mais cette illusion née de ma folie je ne l’attendais pas ce jour. Il est gris comme ils le disaient, petit comme je l'imaginais, il est né ailleurs très loin d'ici, sur une planète d'un autre soleil. Mais je me sens bête, je ne suis pas prête. Je reste sans bouger, essaie de réfléchir, je pense à tous ces héros imaginaires peuplant mes lectures, j'aimerais à cette heure être comme eux, avoir leur assurance, ne pas hésiter. Mais un geste mal interprété ou une parole de trop pourrait me tuer. D'un coup l'excitation devient peur, et le bonheur terreur. Il tend une main vers moi, ce geste d'un être redouté déclenche en moi un triste réflexe, je sors mon arme de service et vise la tête.

Je ressens un maigre soulagement écrasé de regrets, comment ai-je pu gâcher ce contact inespéré ?

Je rejoins mon salon pour m'allonger, ce coup ci la lumière fonctionne mais le bruit du pistolet a eu un autre effet, il a donné aux douze personnes du living un drôle d'air, au dessus d'eux flottent ces quelques lettres : « JOYEUX ANNIVERSAIRE » Pour mes trente ans ils se sont tous réunis, mais ça porte malheur d'avoir treize amis ...

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