Roads-II

supra

"WOOOHOO ROADTRIP A GONES " hurlèrent-ils dès que le moteur vrombit. 

Il y avait une part d'affectation, de parodie dans cette mimique de ce prémisse ultra classique des slashers américains, et autres buddy movie primé à Sundance dont ils étaient friands. Le conducteur regarda par dessus ses lunettes de soleil, de mises, bien que de contrefaçon, en direction des deux passagers sur la banquette arrière qui levaient les bras autant que le permettait l'habitacle exigu de la Renault. Il se fit intérieurement un jeu des sept différences avec l'image d'Épinal de la scène d'introduction du groupe de jeunes écervelés sur le point de rencontrer des tronçonneuses antagonistes. Claire 2 était plus maigre, les jambes sortant de son short en jean étaient un peu plus fines que celles de ses consœurs filmiques, Jean plus empâté, dans son tisheurt Jack & Jones délavé à manches courte. A sa droite, Claire 1, sa Claire, se contentait de sourire avec une certaine réserve.  Lui seul était parfait dans le rôle du mâle principal, bien entendu se dit il avec un regard de connivence en direction du rétro. 

Il se fraya un chemin depuis la rue en bas de la colocation, entre les utilitaires en double file, les balayeuses et les bus, rejoint de plus grands axes qui les menèrent rapidement à l'autoroute. La journée s'annonçait radieuse, se dit-il, en tapotant sur la carrosserie tandis que le ticket de péage s'imprimait. Il repartit,  tandis que claire 1 trifouillait la radio et que le couple à l'arrière se faisaient des confidences. 

Il appuya avec affirmation sur la pédale d'accélération , faisant disparaître les portiques au loin. 

" Nouvelles investigations dans le squat illégal, qui s'avérerait être potentiellement être un centre de la secte Kshouiiic sujet du jour est la déclaration du dirigeant d'Omnia , Mr Deladonne sur les incriminations de backdoor intrusive dans leurs applications Grand Public. A ma gauche Claude Baunéron expert en sécurité des données...  kshouiic ... And I left you like thiiiiis without a coin without a kiiissss " 


"Y a rien  à la radio à cette heure ! Cherche pas, attend, on va mettre ma playlist". Il se tortilla sur son siège pour tenter d'atteindre la cassette prévue pour l'occasion, fourrée dans les tréfonds d'une poche et manqua d'emboutir l'arrière d'une Skoda. 


" Fait un peu attention " lui dit d'un air réprobateur Claire 1, et il sourit :"ne t'inquiète pas je vais pas abîmer une telle princesse " et elle sourit en retour avant de réaliser qu'il parlait de la Renault Alpine. Ce leg inattendu, d'un grand père excentrique, avait été à l'origine de ce  voyage vers la ville de leurs études. 


Le trajet commença idéalement, l'intérieur de la voiture était enjoué, hurlant quand les titres phares de la playlist lançaient leurs premiers accords, se demandant si untel ou autre était resté sur Gone ou non, s'ils avaient tous répondus à l'invitation facebook. La conversation s'étiola lentement au fur et à mesure. Jean commença à pester sur la qualité du réseau. La voiture  montra rapidement des signes de faiblesses, et il convinrent de s'arrêter dès que possible pour la laisser reposer un peu.

Un panneau indiqua une aire dans une vingtaine de kilomètres. Curieusement un silence s'installa. Pesant. Il tenta d'appuyer un peu plus sur l'accélérateur mais la voiture répondait avec mollesse. Jean râla cette fois si sur l'autonomie de son portable qui venait de s'éteindre. Il n'y avait évidement pas de port pour le recharger dans l'habitacle fleurant bon les années 80. L'aire apparut enfin, après un temps qui lui paru curieusement long. Il s'engagea, vérifia les niveaux une fois qu'ils furent garés tandis que les filles allaient se rafraîchir à la station. Il sentait sa tête tourner tandis qu'il vissait sous le capot les pièces corrodées. L'enthousiasme initial s'était curieusement évaporé. Il discutait avec Jean, mais de salaires, de collègues, de préoccupations qui les attendaient de pied ferme à leur retour. 


Les filles mirent du temps à revenir, et à son retour les traits de Claire 1 lui parurent tirés.  " Ça va  ? " lui demanda il et elle lui assura qu'elle était seulement fatiguée. 


Il quittèrent l'aire et des conversations erratiques se prolongèrent plus qu'elle ne durent. Son regard revenait régulièrement sur ses mains sur le volant, les sourcils froncés. Elles lui semblaient différentes, étrangères de la veille, sans qu'il ne sut réellement en quoi elles différaient de leur aspect habituel. 

Et puis il ralentissait. Claire 1 le lui fit remarquer. Oui mais bon, il prenait soin de la voiture, il ne voulait pas la brusquer. "Cela ne te ressemble pas " se vit il répondre par l'assemblée dans son dos. 

Peu à peu une barrière s'installait entre l'avant et l'arrière de l'équipage. Il parlait avec Claire, de choses et d'autres tandis que lui parvenait les échos de chamailleries. Ils étaient définitivement deux couples, deux entités distinctes, qui se trouvaient voyager ensemble. Pourtant, Il connaissait Jean depuis les études, c'était son confrère de beuverie . Lui aussi, malheureusement, apparaissait sous un jour nouveau, quasiment bouffi désormais, bien loin de l'avant centre de mêlée de l'équipe de rugby universitaire. 


Mais tu traînes ou bien, il est quelle heure, maintenant ?

Ils admirent tous que le trajet paraissait étonnamment long. L'horloge du tableau de bord était bloquée depuis des années, et les portables encore alimentés étaient restés dans le coffre.

Puis Claire 1 commença à tousser. La première quinte déchira le silence de l'habitacle alors que le jours déclinait au travers des vitres teintées. Immédiatement, Il la regarda , alarmé. Elle voulu lui dire de regarder la route, mais fut interrompue par une nouvelle salve. Il ralentit sans relâcher son attention. Jean lui demanda imprudemment si elle avait avalé de travers, un sourire inapproprié vissé au visage, soulignant ses joues lâches. Il s'entendit répondre, d'une voix sèche qu'il ne connaissait pas, que non , qu'elle avait un truc. Il savait prêter attention à la claire numéro une. Quelque chose n'allait pas . On rentre, décréta il et jean n'osa qu'a peine soupirer en se renfonçant sur son siège.


Il chercha une sortie mais n'en trouva pas. Même si l'autoroute se dirigeait principalement vers Gone, au bout de 100 km, C'était anormal. Alarmant. Pas l'ombre d'une sortie, impossible de se soustraire au flux implacable canalisé en direction de la cité. Il jeta un regard dans le rétroviseur et constata que lui aussi n'était pas dans une forme délirante. Ses traits s'étaient émaciés, soulignés par les ombres naissantes. Sa fatigue croissante, ses pensées pâteuses, tout ça n'était pas que l'effet de la monotonie de la route et de la semaine écoulée. Claire 2 fut la première à l'admettre à voix haute : " Il se passe quelque chose" elle aussi avait maigri, constata il en observant ses bras serrés contre sa poitrine maladivement malingre.


Ils firent une nouvelle halte, mais ne purent réellement expliquer la situation dans laquelle ils se trouvaient au personnel du AsphalteGrill, se résumant à expliquer que Claire allait mal, qu'elle toussait. On les encouragea à aller sur Gone qui n'était plus très loin , les équipes d'interventions de l'autoroute étant occupées sur  la gestion d'un terrible accident à des kilomètres de là . 


 Claire une s'était mise en boule sur son siège. Silencieux, ils constataient l'inexplicable. Leurs bras à tous étaient calleux, marbrés,  tordus et tremblotants. Des cernes étaient nées sous leurs yeux, dont la cornée jaunissait . Jean ne rentrait plus littéralement dans son tisheurt, toute sa morphologie semblait s'être affaissée durant les dernières heures.


Leurs phares éclairèrent enfin le panneau d'entrée de Gone sans qu'aucun commentaire ne fut émis. Rapidement, les premières habitations basses laissèrent lieu à un dédale de rues ceintes de rangées d'immeubles aux hautes façades. La respiration de Claire un était douloureuse à entendre. Ils roulèrent devant des lieux qu'ils avaient fréquentés, et qui semblaient abandonnés, défraîchis, voir même remplacés par d'autres enseignes. Dans les rues désertes du centre ville, la voiture s'engagea dans un dédale de plus en plus sinueux et étroits de ruelles, où ils reconnaissaient parfois un café qui servait des brunchs, un lieu qui avaient été auparavant une salle de spectacle où ils avaient vu un concert d'un artiste dont ils n'arrivaient plus à se souvenir le nom.

A l'époque. Avant. 


La voiture s'engagea dans une petite place pavée, cernée de murs aveugles et où s'encastrait, dans le cercle des phares, un porche d'église au bout d'une volée de marches. C'était un cul de sac. Ils sortirent un à un, les membres craquants, de la voiture désormais bien moins anachronique que leurs accoutrements.


Il aida claire Un qui tremblait de tous ses membres à s'extirper de la place avant. Les jambes qui sortaient du short en jean de Claire Deux étaient squelettiques tandis que main dans la main avec la silhouette pataude de jean, ils se dirigeaient sans mots dire vers la grande portes aux montants de ferronnerie ouvragée .


Il prit l'épaule de Claire 1 sous un de ses bras et les suivis, dans la lueur des phares, il regardait le visage ridé de sa compagne, y cherchant les traits qu'il avait connu, en trouva certaines traces, la serra plus fort. Ils montèrent les marches péniblement. Elles ruisselaient d'un léger voile d'eau, étincelante dans la lumière électrique des phares, qui coulait en un flux continu qui suintait de sous la porte et de marche en marche. Un échos profond et lourd, froid et liquide résonnait paisiblement de l'autre côté de la cloison de bois vermoulue et tailladée d'annotations anonymes.  Jean prit le heurtoir de métal corrodé,  entre ses mains , et tapa deux fois. 


Les quatre vieillards attendirent que la porte s'ouvre. 





 






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