Sandre - Mort sur le Fleuve

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Porté par la crue, le cadavre dérivait...

La campagne, dans la brume, avait ce charme, cette langueur absurde qu'offre parfois le pays lors de ses grandes chaleurs ; quand, étalé sur le lit de ses terres, de ses vallons, de ses collines, il peine, dans le trouble de l'éveil, à se débarrasser des dernières lourdes chapes, de nuages comme du plomb, qui sur son dos azur l'incombent.

Et alors, alors parfois, parfois seulement, les fleuves obèses gorgés de mousson, crachent sur leurs berges noyées, les contours gonflés, les humeurs affectées, la blanche chair d'un mortel assassiné.

 

Chapitre 1 : Poulets, cadavre et crabes des vases

Sandre claqua la langue et fouilla la poche de son trench-coat à la recherche d'une sucette. N'en trouvant aucune, elle sortit une cigarette à moitié tordue qu'elle porta à ses lèvres pleines, vertes comme des collines d'émeraude, et alluma.

- Sale affaire, hein ?, intervint le commissaire Idrokwak, brisant le silence morbide de l'endroit.

Le commissaire Idrokwak était un gros type, au visage obèse et poupin, dégageant un charme certain et une éternelle et troublante odeur de barbe-à-papa. Jouant dans la boue du bout de sa chaussure, Sandre haussa les épaules.

- Mouais, dit-elle en soufflant dans l'air la fumée bleue.

- Vous essayez d'arrêter ?

- De quoi ?

- La sucette, vous essayez d'arrêter ?

- Qu'est-ce-que vous racontez, Idrokwak ?

- Nan parce que normalement on vous voit toujours avec une sucette au bec et du coup, là, que je vous vois avec une clope, bin je me dis que vous essayez d'arrêter, quoi… Arrêter la sucette.

Sandre ouvrit de grands yeux ronds aux pupilles vertes et bleues, recouvertes d'une fine pellicule d'or.

- C'est la cigarette que j'essaie d'arrêter, Idrokwak, la cigarette ! C'est pour ça que je suce des sucettes...

- Ha, je me disais aussi…

- Bon, et si nous parlions de choses plus sérieuses ?

- Vous devriez goûter la tarte aux pruneaux de ma femme, elle est divine. Je parle de la tarte.

- Et moi je parle du cadavre, Idrokwak, le cadavre qui est à nos pieds !

La détective privée et le chef de la police de LaCity baissèrent les yeux vers le corps gonflé, que l'eau, la boue et les innombrables petites coupures qui courraient sur sa peau pâle comme un levé de soleil sans... soleil, avaient déjà transformé en parc d'attractions pour crabes de vases affamés…

Au loin, un corbeau s'envola en croassant dans l'air matinal.

 

Chapitre 2 : la chair qui parle

“Âge et sexe de la victime ?”, avait demandé Sandre dans la camionnette du médecin légiste.

Habituellement, Sandre ne posait pas ce genre de question. L'âge pouvait se deviner aisément, quant au sexe, elle était persuadé avoir quelques vagues notions en la matière. Mais dans le cas présent, dans le cas du Cadavre dans le Fleuve, le corps avait tellement été malmené par les éléments, les bestioles et les circonstances étranges de sa mort qu'aucune réponse ne pouvait être apportée directement à ces deux questions essentielles, à part peut-être : ‘l'âge de partir', et ‘je sais pas mais manifestement il l'a glissé dans un mixer.'

“L'âge de partir, et je sais pas mais manifestement il l'a glissé dans un mixer, avait répondu Orta, le médecin légiste.

- Allons, Orta, ne faîtes pas dans l'humour absurde et faîtes moi plutôt gagner du temps.”

Le cadavre était manifestement un homme, comme avait pu le confirmer les restes dévastés de sa virilité. Dans la petite quarantaine. Difficile dans dire plus, le corps avait l'aspect et la consistance d'un bol de flocons d'avoine bouillis, sans sucre.

Le plus étonnant étaient les centaines de petites coupures qui lui recouvraient le dos et le torse. Le visage était une bouillie aplatie rendant impossible toute identification avant le retour du labo. Orta ignorait d'où provenaient les petites coupures.

“Un scalpel, peut-être, ou un petit couteau... Ou peut-être jsute les pinces des crabes de vase ! Quoi qu'il en soit, si quelqu'un a fait ça, cette personne devait être complètement taré !”

Complètement taré mais surtout diablement méticuleux, avait pensé Sandre en se penchant vers le cadavre. Les incisions du noyé étaient toutes parallèles, et équidistantes, comme placées sur une sorte de grille...

Sandre avait alors regardé les lèvres du mort. La mâchoire était disloquée, la langue grise mais propre. L'intérieur de la bouche sentait la charcuterie peu portée sur les normes d'hygiènes... Comment se fait-il que le cadavre d'un noyé n'ait aucune trace d'eau dans la boue, et encore moins de boue, surtout en cette période de mousson ?

Mais il y avait autre chose dans la bouche du mort. Une clé. Une clé de voiture.

Tandis qu'Orta regardait ailleurs, Sandre empocha la clé.

- Alors ?, lui demanda Idrokwak tandis qu'elle quittait la camionnette.

- Pas grand chose sur votre noyé pour le moment, répondit Sandre en omettant ses découvertes. Je vous laisse à votre enquête, il n'est pas loin de midi, quel est le village le plus proche ? Je vais aller casser la croûte.

- Remontez le cours du fleuve, inspecteur, avait répondu un des agents de police. Vous trouverez le village de pécheurs d'Omlet. On y fait des fritures de crabes des vases délicieuses.

Et foutrement bien nourris, avait pensé Sandre en se dirigeant vers sa voiture, repensant aux crabes des vases grouillant sur le cadavre de l'inconnu.

 

Chapitre 3 : le Village des Vers

Omlet avait été construit dans les vestiges d'une fin de siècle, cette époque illusoire où tout était possible, où la science et la technologie promettaient des lendemains qui chantent, et des jours meilleurs. Mais, en fin de compte, les jours n'avaient guère changé, et les lendemains chantaient faux.

Omlet, néanmoins, petit village de pécheurs perdus entre les âges, avait négligé toute cette évolution, s'était endormi sur un mode de vie passé et avait laissé le siècle continuer sa course effrénée sans lui. Et grand bien lui avait prit, constata Sandre en observant ses rues désertes, son absence totale de voitures, d'antennes pour téléphones portables, de son unique station essence en amont du fleuve, manifestement utilisée pour les bateaux seuls...

La plupart des maisons étaient bâties sur pilotis, proche de l'eau, avec un ponton attenant pour la plupart. Un village de pécheurs, intégralement. Le seul bâtiment moderne était une petite usine dont on devinait le toit en dent de scie aux confins de la ville.

Sandre arrêta sa voiture sur une place couverte de boue, près d'une statue grotesque et d'un square désert. Un groupe d'enfants s'en fut précipitamment lorsqu'elle leva la main vers eux, abandonnant leur ballon.

Elle avisa un petit restaurant sur la place où elle entra. Elle choisit le plat du jour, assiette du fleuve, et un cruchon de vin blanc de l'arrière pays.

On lui apporta le tout avec une assiette d'haricots blancs à la vinaigrette et du pain blanc, en petites boules et sans goûts. Elle était presque seule dans l'auberge, et la tenancière renifla.

- On voit pas beaucoup de touristes dans le coin, vous êtes la nana de l'assurance ?

La femme était jeune, les traits tombant, un éclat morne dans ses yeux gris.

- De l'assurance, non, je suis journaliste, je travail pour un journal de la ville Nature et Traditions, je voudrai faire un article sur les techniques de pèches des villages fluviaux, surtout en cette période de mousson, improvisa Sandre. L'aubergiste eut un haussement d'épaules, mais l'air légèrement flattée qu'un journal puisse s'intéresser à leur petit village. C'était un bon début, pensa Sandre.

- Vous parliez d'une personne de l'assurance, renchérit Sandre. Vous avez eu des problèmes avec les inondations ?, hasarda-t'elle.

- Hein ? Non, vous plaisantez ! Nous entretenons un rapport centenaire avec ce fleuve, nous vivons en symbiose avec lui comme vous devez le savoir, mais ce n'est pas le cas de tout le monde !

- Ha bon ?, c'est à dire, demanda Sandre en se penchant en avant, l'air conspirateur.

- Et bien par exemple, dit la femme en jetant un coup d'œil par-dessus son épaule, ce monsieur Raipotin, de la ville, Dieu ait son âme, on lui avait dit de ne pas installer son usine aussi près du fleuve ! Résultat, lors de la première crue, l'usine a été submergée, les machines ont été emportées par les eaux, et monsieur Raipotin a disparu dans la foulée ! Plus de trace de lui, ni de sa voiture... Une sale affaire tout ça, surtout que le maire avait investi beaucoup d'argent dans l'usine, c'est pour ça qu'on attend la personne de l'assurance, on espère bien retoucher une partie de notre argent !

Il y eut du bruit dehors, le claquement d'une porte et des éclats de voix. La tenancière écarta le rideau de dentelles de la fenêtre qui donnait sur la cour. Dehors, le commissaire Idrokwak serrait la main d'un grand bonhomme sec au costume trop court.

- Tenez, dit la tenancière. La police maintenant, avec M'sieur le Maire ! J'vous disais bien que cette affaire ne sentait pas bon, dit-elle en se servant, sans la moindre politesse, un verre de vin de la carafe de Sandre.

 

Chapitre 4 : les Pistes Souillées

- Alors ?, demanda Sandre en s'approchant d'Idrokwak une fois que le maire partit.

- Alors affaire résolue, Sandre ! Rien de très compliqué. La victime, monsieur Raipotin, était un investisseur d'un groupe de conserveries industrielles qui souhaitait s'installer dans la région, notamment pour sa spécialité de Latis à la Saumure, et des histoires d'appellation d'origine certifiée... Je ne sais pas si vous avez déjà goûté ces machins, mais ces bestioles sont absolument immondes, et dire que ces petits vers atroces se vendent à prix d'or ! Bref, après des accords semblent-ils houleux avec les villageois, Raipotin a installé un prototype de conserverie automatisée sur les berges du fleuve, malgré les mises en garde des locaux. Bien sûr, des les premières moussons l'usine s'est faite inondée, Raipotin a essayé de sauver les meubles et s'est fait surprendre par la montée rapide des eaux. Emporté par le fleuve, il s'est noyé, fin de l'histoire.

Sandre ne pouvait en croire ses oreilles, tout ne pouvait être aussi simple !

- Et les coupures sur son corps ? Et le fait qu'on l'ait trouvé complètement à poil sur les berges du fleuve, en amont du village ! Comment son corps aurait pu remonter le fleuve, même en période de crue !

- Les crabes.

- Les crabes ?!

- Les crabes des vases, sûrement. Vous avez vu comme ces bestioles sont voraces. Elles vous dépiautent un corps en moins de deux... Allons Sandre, ne faîtes pas cette tête, reprenez une sucette, ou un chewing-gum, ou un Latis à la Saumure, tenez, j'en ai des pleines caisses de ces machins et ma femme ne saura absolument pas comment les cuisiner... Détendez-vous Sandre, des fois la police fait bien son travail !

Idrokwak lui mit une claque sur l'épaule et se dirigea vers son véhicule de police, sifflotant les mains enfoncées dans les poches de son imperméable.

Sandre serra les poing. Au creux de sa main se trouvait encore la clé de voiture récupérée dans la bouche de Raipotin, et avec elle, une crue de questions qu'elle comptait bien résoudre avant de quitter ce vilain petit village.

Faisant demi-tour dans la boue, Sandre dirigea ses chaussures crottées vers l'usine submergée...


Chapitre 5 : l'Usine Submergée

L'usine ressemblait à un cirque de boue. Plongés dans l'épaisse substance grisâtre, les reliquats des anciennes machines automatiques étaient tels les membres de noyés cherchant une dernière fois à attraper un ciel qu'ils ne verraient plus jamais. Le permis de construction avait été arraché et jeté à même le sol.

Sandre fit quelques pas dans l'usine. Tout était détruit. La crue, et son cortège de boue, avait tout emporté avec une force phénoménale, tordant le métal, arrachant les fondations de bétons. Si Raipontin s'était trouvé là à ce moment, il n'avait en effet eu aucune chance...

Mais Sandre avait de fortes raisons de croire que c'était autre chose que la crue qui avait emporté Raipontin, quelque chose de bien plus pernicieux, et bien plus dangereux que les simples forces sans parties de la nature.

Relevant en chignon ses longs cheveux de chocolat et d'or, elle sortit de sa poche la clé trouvée dans la bouche de la victime et, avançant au petit hasard dans la structure démolie, appuya sur le bouton d'ouverture.

Rien. Ses pas laissaient dans la boue un écho spongieux et humide.

Soudain, un bruit derrière elle ! Du coin de l'œil, Sandre crut apercevoir une forme disparaître entre les ombres. Elle y braqua la lampe torche de son téléphone portable mais rien, rien de suspect dans ce triste théâtre engloutie.

Continuant son chemin, elle finit par contourner l'usine et arriver par derrière, en berge même du fleuve où la crue devait être la plus forte. Là se trouvait un petit ponton de bois glissant, évidemment lui aussi nappé de boue grise comme l'étrange cauchemar grandeur nature d'un pâtissier une veille de concours.

Rien. Ici non plus, rien. Rageusement, Sandre martela le bouton d'ouverture de la clé de contact et maudit le silence que lui répondirent les bois environnants.

Rangeant la clé dans sa poche, elle fit quelques pas sur le ponton et sortit une nouvelle cigarette de sa poche qu'elle n'alluma pas mais se mit à mâchonner comme si il s'agissait d'un chewing-gum. Réalisant son erreur elle la cracha dans le marais boueux qui s'étalait aux pieds du ponton, éructant une série d'obscénité à l'égard de sa haine pour la campagne, la boue, et toute cette sombre affaire de cadavre couvert de coupures...

Et le marais lui répondit ! Ouvrant une bouche géante, grinçante et noirâtre, dégoulinante de boue, à la mâchoire carrée et hurlante !

Par la pipe du Saint Père ! Sandre fit quelques pas en arrière et se ressaisit aussitôt ! Le coffre, le coffre de la voiture, il s'agissait du coffret qui déjà se remplissait d'eau, noyant les documents qui s'y trouvaient !

Elle avait vu juste, avant de mourir 'emporté par la crue', Raipontin avait eu le temps de glisser sous sa langue la clef de sa voiture, sachant que si quelqu'un menait l'enquête sur sa mort, il pourrait toujours remonter cette piste.

Sans réfléchir, Sandre plongea dans l'eau trouble et ressortit une liasse de documents du coffre avant que ce dernier ne soit complètement submergé.

Retrouvant la berge, elle compulsa rapidement les documents. A première vue, il s'agissait des plans d'une nouvelle machine en test dans l'usine prototype montée par Raipontin, un automate permettant de créer des milliers de boites de vers à la saumure en quelques instants, multipliant l'efficacité d'une chaîne de production par plusieurs centaines de pour-cents, et remplaçant avantageusement une toujours risquée intervention humaine... C'étaient des centaines d'emplois qui étaient menacés dans le village, Sandre pouvaient comprendre la colère des villageois, mais cela n'expliquait toujours pas... Puis Sandre tomba sur le plan de la machine elle-même. Divers leviers, engrenages, tapis roulants et puis, le clou de la machine, une presse, composée de centaine de seringues injectant directement la saumure dans les poissons, accélérant la conservation des produits...

Sandre repensa au corps de Raipontin, aux centaines de petites coupures toutes symétriques... Quelle mort atroce, Raipontin ne s'était jamais noyé, il n'avait même jamais vu l'eau poisseuse du fleuve : on l'avait délibérément placé dans sa machine !

Restait à savoir les commanditaires et exécutants de ce meurtre et...

- Félicitations, mademoiselle la 'journaliste', je ne pensais pas que vous seriez allé si loin !, résonna une voix dans l'ombre, tandis que la lumière crue d'une lampe torche se braquait sur le beau visage diaphane de l'enquêtrice !


Chapitre 6 : Une Fin, forcément, en Queue de Poisson

Un pistolet dans une main, une lampe torche dans l'autre, le Maire tenait Sandre en joue, accompagné de quelques autres villageois.

- Pourquoi avez-vous fait ça, monsieur le Maire, dit Sandre en tentant de garder son sang-froid. Raipontin représentait-il une telle menace pour vous ?

- Lui et ses machines menaçaient tous les villages, des centaines d'emplois, de familles ! Nous avons tenté de négocier, tenter de lui expliquer mais il ne voulait rien entendre, rien ! Pour ces gens-là il n'y a que l'argent qui compte, madame la journaliste, vous devez bien le savoir. Alors, nous avons dû faire un exemple. Nous avons dû faire disparaître monsieur Raipontin.

- Et la crue du fleuve avec la mousson vous fournissaient une excuse toute trouvée pour faire disparaître et le corps et l'usine, dommage que monsieur Raipontin ait pensé à verrouiller et avaler les clés de sa voiture avant de la faire disparaître dans le marais, votre propre piège à fini par se retourner contre vous tout comptes fait.

- Peut-être, madame la journaliste, peut-être, dit le Maire en levant son arme. Mais vous êtes la seule à connaitre la vérité, cet idiot de policier bouffeur de donuts s'est empressé de gober notre version des faits, quant à vous, on dirait bien que le fleuve va faire une autre victime cette année !

Le coup de feu partit, Sandre ferma les yeux et le Maire hurla. Sortant de la pénombre, Idrokwak accompagné de deux agents de la loi tenait à la main un revolver fumant. Le Maire se tenait la main ensanglantée.

- Sandre, dit le commissaire, vous ne pouvez pas savoir comme je suis ravi de vous voir et frustré que vous ayez encore raison !

- Tout le plaisir est pour moi, commissaire, dit Sandre en s'aidant de l'aide d'un jeune et beau policier pour sortir de la boue. Ravie de voir que ce vieux coup des flics idiots et du journaliste trop curieux marche encore !

- Quoi !, vociféra le Maire. Tous les deux, vous étiez de mèche ?

- Bien sûr, répondit Sandre. Ce n'est pas la première affaire que nous résolvons, moi et Idrokwak !

- Vous nous prenez vraiment pour des abrutis, se désola le commissaire. Si il est vrai que j'aime les donuts c'est parce que la seule alternative qui m'ait été proposée sont vos ignobles sardines en saumures ! Messieurs, coffrez moi tout ce beau monde et balancez moi ça dans le panier à salade, de la paperasse nous attend ! Sandre ! Quant à vous, je vous dépose ?

- Merci bien, commissaire, dit Sandre en levant les yeux au ciel gris et squameux, mais j'ai mon propre moyen de locomotion ! Puis je ne rêve que d'une chose, toucher mes honoraires, rentrer chez moi, prendre un bon bain, puis fumer une bonne pipe au coin du chauffage !

- 'Fumer une bonne pipe', vous n'aviez pas arrêté ?

- Si j'ai arrêté la clope.

- Pour commencer la pipe ?

- Ça fait plus distingué.

- Ça permet surtout de faire des blagues faciles.

- Vous n'oseriez pas, commissaire, cet humour serait particulièrement vaseux !

Ils se regardèrent un court instant sous la clarté bleu, puis rouge, puis bleu, puis rouge, des voitures de police non loin garées. Puis, chacun se secoua, se serra la main dans un silence gêné, et partit dans son coin, méditant sur toute l'étrangeté de cette affaire, sur la folie des hommes, et sur la nécessité de l'humour dans le milieu professionnel.

Au loin, dans le lit du fleuve, un jeune Latis argenté qui n'avait rien suivit à cette affaire, mais que les récents événements avaient de traverser indemne toute une saison de pêche, remonta à la surface et, croyant que la lune naissante était un vers luisant, sauta vers elle pour l'attraper, avant de se faire gober en plein vol par un oiseau de nuit qui le déglutit tout de go puis, poussa un cri, là-bas, dans un bruissement d'ailes, quelque part entre les ombres...


Fin

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