Sentiments Numériques - Lettre à Lola Champs

marlon

Comme un boomerang

Très chère Lola Champs,

Comme un boomerang, qui prendrait tranquillement son temps, notre histoire me revient à la figure régulièrement. J'ai un temps cherché pourquoi, en associant cette histoire à une autre, avec la culpabilité comme ingrédient principal, mais ça ne semble pas être ça. Non pas qu'il n'y ait pas eu de culpabilité, mais j'ai pris conscience que celle-ci, avec toi, avait été exprimée finalement assez tôt. Ce n'est donc pas ça. Et j'ignore la raison de ces réminiscences. C'est peut-être une de ces fameuses questions sans réponse.

Suite à cet effet boomerang, et avant d'écrire ces lignes, je me suis replongé dans notre correspondance. Et quand je parle de plongeon, c'est le plus sérieusement du monde puisque j'ai relu absolument tous nos échanges par mail, par Messenger et par SMS. Vraiment tous. Sauf ceux que je n'ai plus (qui devraient concerner une période de 3 mois, mais je me demande si je n'avais pas créé moi aussi une boite mail alternative pour éviter les hacks de Monsieur S.), pour une raison que je ne me parviens pas à m'expliquer. Ça fait beaucoup beaucoup de mots échangés. Et beaucoup d'émotions diverses et variées, même si les plus importantes sont totalement opposées. Il y a des phases de notre relation que j'avais oublié, les plus récentes, au sujet de tes projets successifs de courts-métrages. Les phases les plus importantes, elles, sont fidèles aux souvenirs que j'en avais, même si je me suis retrouvé plusieurs fois surpris de ce que je t'écrivais. Surtout au tout début. Ce ne sont pas des moments qui rendent particulièrement fier. Tout compte fait il reste peut-être encore un peu de culpabilité sous-jacente.

Ce qui m'a frappé à cette relecture, c'est à quel point nous avons, parfois malgré nous, passé en revue tout une vie. Surtout dès nos premiers échanges. L'amour et la haine, l'espoir et la maladie, le sens que l'on donne à ce qu'on fait dans la vie, la peur de la mort, la reconstruction et les murs, la tristesse infinie et la joie qui revient. Et tes conseils avisés sur la perversions narcissique, aussi. Conseils qu'à l'époque, bien entendu, je n'avais pas écouté. Je comprends ne jamais avoir été réellement en mesure de t'écouter, de toute façon.

Les quelques traces numériques qui tu laisses me disent que ça va bien pour toi, pour vous, pour ta nouvelle famille. Il semble finalement que la reconstruction était belle et bien possible. J'en suis très heureux pour toi.

Lors de nos tous derniers échanges, tu me faisais remarquer, avec une froideur toute justifiée, que je ne te donnais des nouvelles que lorsqu'il y avait un changement de situation dans ma vie. Je n'arrive pas à me souvenir si les derniers mails que je t'ai envoyés, restés sans réponses, correspondaient à ces moments là de ma vie récente. Peu importe. Voilà plusieurs années que je ne raconte plus d'histoires. Ni à moi ni aux autres. Et à la place j'espère avoir trouvé l'humanité qui m'a toujours fait défaut lorsque nous nous côtoyions. Pour cela, une dernière fois, je te présente mes excuses.  

Je ne sais pas si cette lettre a un sens. J'aime l'idée que la curiosité t'amènera à la lire un jour ou l'autre.

Je te souhaite, Lola, d'avoir le bonheur que tu as toujours mérité d'avoir.

Marlon.    

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