Sept jours pour une vie

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Sept jours pour une vie


Lucie DeSaintAgaume

Un grand merci à Élidée et  Jean-Baptiste

pour leurs (trop) nombreuses corrections.

Prologue

Les vacances approchent. Du repos, enfin. Couper avec le quotidien, casser le train-train, ça va nous faire du bien. Fuir cette vie vaine et inutile, devenir une autre, retrouver le grand frisson.

Je sais, je me plains et mes problèmes de riches, comme dit ma sœur, vous écœurent probablement.

Je sais, oui je sais, j’ai une vie agréable, et plutôt confortable. J’habite une ferme que nous avons rénovée, avec Grégoire, en moyenne banlieue parisienne et nous mangeons bio ; nos enfants connaissent les joies de l’éducation à la campagne, on en est très heureux.

Nous sommes cadres supérieurs dans l’industrie bancaire et nous roulons en berlines allemandes. Nous possédons la panoplie complète de la classe à laquelle nous appartenons : une carte de membre au golf local, que nous pratiquons moins pour le sport que pour les contacts qu’on peut s’y faire ; nous avons tenté le SM soft et l’échangisme, pour à peu près les mêmes raisons que précédemment.

Une véritable compilation du « must-have » des couples modernes version GQ-LesInrocks-Libé.

Mais …

Mais douze années de mariage, une existence bourgeoise et les heures sup’ ont petit à petit usé notre libido, en tout cas la mienne. L’arrivée rapprochée des deux enfants a signé l’expropriation de toute forme de sexualité du lit conjugal ; pas évident de se grimper dessus quand les enfants partagent la chambre.

L’habitude a fait le reste.

Nous baisons comme on va à un repas de famille ou à la soirée des anciens de la promo, par politesse plus que par envie.

Je m’en suis confiée à Grégoire, laissant entendre qu’une séparation ne serait pas si dramatique. Les enfants sont maintenant grands, nous encore jeunes et plutôt agréables à l’œil, il est encore temps de refaire notre vie.

Il a répondu un laconique : « Laisse-moi tenter de te séduire à nouveau. Si j’échoue, c’est moi qui partirai. »

***

Les congés vont être quelque peu différents cette année. Pour la première fois, nous partirons sans notre douce progéniture. Maxence et Marie-Charlotte passeront l’été chez Hugues et Coline, mes parents. Passer par la case Club-Med sera donc inutile.

Pour concilier nos envies, nous en avons encore, nous avons opté pour le Vercors. Pas vraiment exotique, ni vraiment très glamour, mais les activités que nous désirons pratiquer tous les deux seront présentes. Et puis nous pourrons raconter à toutes nos connaissances que nous avons fait un choix responsable et écologique ; cela fera bonne figure dans les repas en ville.

Surtout, j’espère que nous pourrons faire le point, discuter et décider, si nous en trouvons la force.

Premier jour

La route a été longue et silencieuse jusqu’au gîte. On n’a plus rien à se dire, à part deux trois banalités. L’absence des enfants n’impose pas que nous simulions un semblant de dialogue.

La bâtisse principale apparaît enfin au détour d’un chemin de terre sinueux et torturé, à mon grand soulagement. Le village de vacances a été édifié sur les ruines d’un ancien hameau abandonné suite à l’exode massif des années soixante-dix. Il s’est petit à petit transformé en  résidence de vacances pour urbains en mal de ruralité. Merci Wikipedia.

Nous prenons possession de la chambre, une belle mansarde au dernier étage d’un ancien moulin.

Une fois installés et les bagages défaits, direction le Clubhouse, histoire de passer le moins de temps possible les yeux dans les yeux. Grégoire s’accoude au bureau des inscriptions et planifie ses activités de la semaine : rafting, spéléo, observation de la faune, cours de photo.

Pour moi, ce sera longues balades à la découverte des alentours - la région regorge de charmants villages médiévaux -, et des cours de replanification personnelle (un vague terme regroupant yoga, massage et respiritualisation).

Comme prévu nos emplois du temps ne collent pas du tout. Ou parfaitement, selon le point de vue que l’on veut adopter. Nous n’allons que nous croiser pendant une semaine.

Un bon moyen d’éviter tout dialogue. Envolées toutes nos bonnes intentions.

Deuxième jour

Je n’ai rien prévu de particulier pour ce premier jour. Grégoire est parti à l’aube avec son groupe pour pouvoir observer la parade amoureuse des aigles royaux, fréquents dans les massifs de la région.

J’ai la journée pour moi, et après avoir passé la matinée au spa, j’ai décidé de me rendre dans le village tout proche du hameau pour visiter le marché local.

La balade a été courte mais sympathique. J’ai soif et chaud ; je décide de m’attabler à la terrasse ombragée d’un café.

« Garçon,  un Perrier Citron siouplé ». Je me plonge dans une revue achetée un peu plus tôt à la librairie.

J’ai envie d’une clope, furieusement.

Je sors une cigarette mentholée du paquet posé sur la table et la porte à mes lèvres.

Avant d’avoir eu le temps d’atteindre mon briquet, une flamme s’allume à proximité du cylindre de tabac : « Permettez-moi, je vous prie, d’enflammer à votre place ce bâton nicotiné. »

L’homme qui a prononcé ces mots se tient à la table jouxtant la mienne. Un bel homme, la cinquantaine bien conservée, plutôt élégant. Un mélange de George Clooney et de cet acteur qui jouait Iron Man. Merde, c’est quoi son nom déjà ? Bref, un beau mec quoi, viril et séduisant.

Je laisse l’inconnu s’exécuter, et tire rapidement une bouffée sur ma cigarette.

Je lui souris par politesse, et par bravade je me replonge dans ma revue.

« Aurais-je l’outrecuidance de vous demander la raison de votre présence dans notre charmant village ? »

Il insiste. En même temps, c'est plutôt flatteur.

- Je suis en vacances, pour quelques jours dans le hameau à quelques kilomètres, je lui réponds.

-  Et bien laissez-moi me présenter. Dimitri, me déclare t-il tendant sa main.

J’hésite à entamer le dialogue quelque peu perturbée par l’intrusion soudaine du Dandy provincial dans ma calme après-midi. Je le détaille une nouvelle fois. Costume en lin, chemise à large col ouverte sur un foulard en soie. Complètement anachronique, mais amusant. Je décide de me présenter à mon tour.

-  Lucie. Enchantée.

-  Le charme est de mon côté belle inconnue, ajoute t’il, prenant ma main au vol et baisant mes doigts.

Qu’est-ce qu’il me fait lui ? Je repose mon bras sur la table d’un mouvement vif.

-  J’aimerais maintenant continuer ma lecture, au calme, je lance sèchement.

- Mille excuses belle inconnue. Je ne voulais ni vous déranger ni vous troubler. Votre silhouette m’a interpellé tout à l’heure sur le marché, et j’avoue vous avoir suivie pour profiter de votre présence à mes côtés, sur cette terrasse bien terne jusqu’alors.

Je lui souris, une nouvelle fois, découvrant ma dentition dont je suis si fière. C’est que ça m’a coûté bonbon en plus, alors autant en profiter. Flirter un peu ne me fera pas de mal.

Il reprend,

-  Je suis ravi que ce sourire me soit adressé. Si la nuit devait arriver tout à coup, ma journée aura déjà été extraordinaire.

-  Vous, vous êtes un sacré personnage, et un vil flatteur. Est-ce que toutes les touristes que vous croisez ont droit à vos plans drague surannés ?

-  Plan drague, que voilà un bien vilain mot dans une bouche aussi aristocratique. Je suis un poète libertin, et la présence d’inconnues suffit à mon furtif bonheur. Je vais d’ailleurs prouver mes dires et composer pour vous un poème d’après les trois premiers mots qui vous viendront à l’esprit.                                       

- Et combien craquent et finissent dans vos draps ? Une sur dix ? Passez rapidement sur une autre proie. Vous perdez votre temps.

-  L’aigle prend son temps, et le plaisir de la chasse est hautement supérieur à celui de la capture. Vos trois mots ?

-  Ennui, Amoureuse, Libertinage.

J’éclate de rire, masquant mon trouble. Il est vraiment tenace le bestiau.

Nous bavardons de tout et de rien, et finalement, sa présence inattendue et sa conversation sont plutôt agréables. Nous parlons cinéma et littérature, évoquant acteurs et écrivains fétiches.

« Robert Downey Jr », ça y est, j’ai retrouvé le nom de l’acteur. Putain, c’est vrai qu’il lui ressemble vachement. Craquant le mec.

Au bout d’un moment, je le questionne ouvertement sur ses intentions :

-  Et pourquoi m’avoir choisie pour votre petit jeu libertin ? A cause de mon alliance, que vous regardez depuis le début de notre discussion, comme un défi ? A cause de mon âge, qui fait de moi une cible plus facile que les jeunettes qui passent devant nous depuis tout à l’heure ?

-  J’admire votre franchise, et vais l’être à mon tour. Lorsque je vous suivais tout à l’heure, déambulant dans les allées du marché, je n’ai pu détacher mon regard de votre croupe voluptueuse. J’ai pu deviner de la fine dentelle aux endroits où le regard d’un honnête homme s’attarde fatalement, et j’aime les femmes élégantes en toutes circonstances. J’avoue être tombé sous le charme de vos courbes généreuses.

- Curieuse façon de dire que j’ai du poids à perdre !

- Certainement pas, n’en faites rien. Je vous assure que je goûte comme un délice chacun des regards que je pose sur vous.

Je rougis, et fixe ma montre. Mince, l’heure passe. Je n’ai pas vu le temps s’écouler et le moment de rentrer est venu, bien trop vite à mon goût.

- Je vais hélas devoir vous laisser, le temps passe et mon mari va m’attendre.

- Heureux l’homme qui s’impatiente pour la femme qu’il désire.

-  Je ne parierais pas là-dessus, mais c’est une autre histoire.

- Vous reverrai-je demain pour profiter du soleil en votre charmante compagnie.

- Hélas non, le reste de ma semaine est bien chargé et c’était ma seule journée de libre. Mais je suis ravie de l’avoir passée avec vous.

- Dans ce cas je me retire, pour ne pas avoir la douleur de vous voir fuir vers votre amant.     

Dimitri prend ma main et l’embrasse. Il quitte la terrasse et disparaît dans la foule des badauds.

Je demande l’addition au serveur qui m’indique que l’homme à mes côtés a déjà réglé les boissons. Il me tend un petit billet laissé à mon attention par  le bel inconnu.

Chère amie, ces quelques mots en votre honneur.

Pour rompre mon ennui et provoquer le soleil monotone

La belle laisse en cascade onduler ses cheveux d’automne

Défiant le temps qui corrompt les promesses de mariage

L’inconnue me suivra-t-elle sur les sentiers du libertinage

Si ces quelques mots vous ont plu, retrouvez-moi demain, même heure, même endroit.

Il me tarde de vous revoir.

Dimitri

Quel sacré personnage.

***

J’ai passé la nuit à songer à mon mystérieux poète. Il a utilisé les mêmes mots que ceux que Grégoire avait utilisés pour moi des années plutôt. Je le retrouve en Dimitri, à la fois plus vieux et plus jeune, comme à l’époque où j’étais encore sa maîtresse plus que la mère de ses enfants.

Je relis les lignes qui ont été rédigées pour moi avant de m’endormir. Il me fait craquer, avec ses rides au coin des yeux, sa barbe de trois jours, et ses manières d’un autre temps.

Demain, j’annule toutes les activités que j’ai prévues. Les balades et le personal-coaching attendront. Pas Dimitri.

Troisième jour

Le réveil est doux et ensoleillé.

La veille au soir, j’ai vu Grégoire flirter avec Célia, la monitrice de rafting. Je n’ai rien éprouvé, pas une once de jalousie ; j’avais l’esprit ailleurs.

Je me contemple, nue, devant le miroir. Même marqué par le temps, je trouve mon visage toujours agréable. Mes beaux yeux verts contrastent toujours aussi harmonieusement le blond vénitien de ma longue chevelure bouclée.

Mes formes s’affaissent, comment le nier, mais mon reflet ne me dégoûte pas.

Je tâte mes seins lourds mais encore fermes, détaille mes jambes, fuselées par les visites quotidiennes à la salle de sport. Mes fesses, bien que rondes, sont encore appétissantes. Si j’étais un homme et que je me croisais dans la rue, je me draguerais probablement.

J’ai choisi de passer une tenue un peu plus sexy que celle de la veille, une robe d’été blanche que le soleil rendra agréablement transparente. Les pans en sont largement fendus et affinent ma silhouette.

Je sélectionne avec soin la culotte en dentelle que je vais passer, je sais que Dimitri appréciera ce détail.

Je laisse ma poitrine libre de vagabonder dans mon décolleté, je mets en valeur mes atouts.

Je souris au miroir en pensant à Grégoire. Il doit passer la journée à épier les rouges-gorges, et Rouge-gorge est justement la marque de mes sous-vêtements.

***

Quelques heures plus tard, je m’attable au même endroit que la veille, attendant mon rendez-vous avec impatience, quand une vibration provenant de son sac me tire de mes songes.

Un sms s’affiche sur l’écran du smartphone.

« Je ne serais pas à vos côtés aujourd’hui, mais mon regard vous accompagne. J’ai obtenu de haute lutte votre numéro de téléphone à la réception de votre résidence.

J’espère que vous ne m’en voudrez pas trop.

Le plaisir de vous épier me consume et sachez que je ne vous quitte pas des yeux.

Dimitri. »

Quel con, non mais quel con. Il me plante là. J’ai tout annulé pour lui. Prise d’une rage subite, je m’enfuis aux toilettes pour exprimer ma rage, frappant le mur de mes poings fermés. Je me calme, ça va mieux.

Je passe un peu d’eau sur mon visage et reviens m’assoir.

Je n’ai qu’une envie : rentrer au gîte, m’enfermer dans la chambre vide et m’enfouir sous les draps.

Il s’est servi de moi. Pourquoi vouloir m’humilier ainsi. Veut-il me tester ? Voulait-il simplement voir si je viendrais pour se dérober au dernier moment.

Un nouveau sms est arrivé entre-temps.

« Vous êtes encore plus belle énervée. Votre robe est magnifique, et met parfaitement en valeur toutes vos courbes. Le tissu qui couvre votre triangle d’or est absolument ravissant. Je le devine d’où je suis. Merci pour cette délicate attention. »

C’est donc vrai, il m’épie. Cela aiguise ma curiosité.

Le téléphone vibre à nouveau.

« Passer du temps à vous contempler suffit à mon ravissement. Voulez-vous jouer avec moi ? »

Il veut jouer ? Et bien jouons. Savoir que Dimitri est là, à m’observer, m’intrigue au plus au point.

Je tapote quelques mots sur le clavier virtuel.

« Jouons si vous le désirez, et exposez-moi vos règles, puisque vous voulez décider de tout »

« Je serai Helmut Newton, et vous serez ma muse et mon modèle pour la journée. Acceptez de prendre la pose pour moi, ma chère amie.»

« Où vous trouvez-vous ? »

« Je vous observe de loin, mais mon téléobjectif me permet de plonger dans votre décolleté aussi sûrement que si j’étais à vos côtés. D’ailleurs, si vous laissiez glisser une des bretelles de cette fine robe, j’en serais ravi. »

Je souris et m’exécute, enhardie par la distance que le libertin a mise entre nous. Mon sein gauche se dévoile un peu plus. Puis vient le tour du sein droit. Ma tenue légère n’est plus retenue que par le galbe généreux de ma poitrine.

Dimitri dicte les poses que je prends dans l’instant. Je me suis prise au jeu, jouant les modèles pour le photographe amateur.

Je croise et décroise mes jambes, laissant les pans de ma robe dévoiler mes cuisses bien plus que la pudeur ne me le permet en temps normal.

La séance photo dure tout l’après midi, et je prends plaisir à être ainsi contemplée. Par Dimitri, mais aussi par les passants dont je devine le trouble à  leurs regards appuyés.

La journée passe une fois de plus trop rapidement, il est temps de rentrer au gîte.

« Je dois une nouvelle fois vous quitter cher Dimitri. Cette journée bien que solitaire a finalement été un ravissement. Lucie »

« Un émerveillement de tous les instants en ce qui me concerne. J’ai une dernière faveur à vous demander avant que nous nous quittions »

« Proposez »

« Votre voisin de table n’a pas quitté vos formes des yeux de la journée. Son regard perçant a été comme un compliment permanent à votre beauté. Je propose que vous quittiez votre string en dentelle et que vous le glissiez dans sa poche en guise de remerciement. »

Mes joues se colorent instantanément, virant au rouge pivoine à la lecture des mots de Dimitri. Jouer au modèle oui, mais ce qu’il demande à présent me semble bien plus osé que ce que je voulais lui accorder.

« Allons Lucie, ne gâchez pas ces instants magiques, et accompagnez-moi sur les subtils chemins du libertinage »

Les pensées se bousculent dans ma tête. Je me mordille nerveusement les lèvres. L’hésitation me ronge, et le téléphone reste cruellement muet. Je suis en train de le perdre. Je repense à Grégoire et à mon couple qui se délite. Je me remémore la complicité que j’ai observée la veille entre lui et la jeune monitrice.

Je cède. Le point de non retour sera franchi dans quelques instants, je le sais. D’un geste sûr et rapide, je dépose mes mains sur mes hanches, fais glisser le fin triangle de tissu le long de mes cuisses et le laisse tomber sur mes chevilles.

Mon voisin, attablé tout proche de moi n’ignore rien de mon manège.

Je ramasse la fine lingerie, je me lève, et sans un regard pour lui, je la dépose au fond de sa poche.

Je quitte les lieux, les jambes chancelantes, mortifiée à l’idée d’être vue ou reconnue. Les battements de mon cœur soulevant ma poitrine quasiment découverte par la robe qui a glissée le long de mes épaules.

***

Une nouvelle soirée silencieuse s’est empilée à notre déjà trop longue liste. Il n’a même pas remarqué ma tenue bien trop légère, trop occupé qu’il était à bavarder avec sexy-Célia.

J’ai eu des échos sur la réputation de la jeune brunette. C’est une chaudasse, je ne doute plus à cet instant que Grégoire la baisera avant notre départ. Si ça se trouve, c’est peut-être même déjà fait.

De toute façon cela n’a plus aucune importance. Le message est clair, fais ta vie, je fais la mienne.

Ok, no soucy, il me tarde de tout facon d’être déjà demain, d’être aux côtés de Dimitri, physiquement ou virtuellement. Je suis prête à m’offrir à lui.

Dès qu’il le voudra.

Quatrième jour

J’ai envoyé ce matin un sms à Dimitri pour lui dire que je serai à lui toute la journée. Il a semblé ravi et m’a donné rendez-vous à la « crique de cristal ».

C’est apparemment un lieu où se retrouvent amoureux clandestins et couples illégitimes, pour y profiter des bois pour se cacher, et de la rivière translucide pour se montrer.

Quinze heures, je suis ponctuelle, au lieu indiqué, et très courtement vêtue. Ma robe légère ne cache que le bas de mes fesses, et je ne porte rien en dessous.

J’ai déposé un plaid en laine sur les galets, et j’observe les amants enlacés qui m’entourent. Ils ne sont pas farouches, c’est le moins que l’on puisse dire.

Trois couples sont présents, dont deux qui se mélangent à loisir, partageant leurs ébats.

Message de Dimitri :

« Vous l’avez compris, ce lieu est fait autant pour voir que pour être vu. Aujourd’hui encore je me contenterai du regard. Agissez comme il vous conviendra. Je vous fais confiance ».

J’ai du mal à comprendre où il veut en venir. Encore une fois je vais être seule. Ce petit jeu ne pourra pas durer longtemps. J’ai besoin de sa présence, je n’ai plus dix-sept ans.

Les couples mélangistes ne ménagent pas leurs peines. Les deux femmes se cajolent, pendant que leurs hommes les pénètrent, tour à tour.

J’avoue être troublée par le spectacle des corps encastrés.         

L’autre duo, comme moi, se contente de regarder. Enfin, c’est ce que je pensais, jusqu’à que la demoiselle se décide à prendre en bouche son compagnon. Elle n’est qu’à quelques mètres de moi. L’homme lui flatte la croupe, passant ses doigts en elle pendant qu’elle le pompe vigoureusement.

L’humidité se fait sentir entre mes cuisses. Il est probable que je l’envie.

Nouveau message de Dimitri : « Qu’attendez-vous pour vous libérer ma belle. Profitez du spectacle mais ne soyez pas que dans le public ».

Qu’attend-il ? Que je me fasse baiser par les inconnus présents sur le rivage ? Je suis la seule à ne pas être en couple, c’est gênant, et leurs regards s’attardent sur moi avec insistance.

Les couples partouzeurs ont changé de position. Les mâles prennent les femmes en levrette pendant qu’elles partagent un fougueux baiser.

Je ne les quitte pas des yeux. Elles ont l’air de prendre leur pied, je suis jalouse, mon dernier orgasme remonte a quelques années.

Les filles jouissent à l’unisson. Les garçons se redressent et de manière synchrone, déversent sur les visages en sueurs des demoiselles leur vigueur orgasmique. Elles s’embrassent, partageant le nectar.

Je n’ai pas vu que l’autre couple s’était rapproché de moi, mes yeux lubriques ne pouvant se détacher du quatuor déchaîné.

La présence d’une main féminine sur ma cuisse m’a surprise. Je sursaute. Elle pose un doigt sur mes lèvres et me sourit.

Mon cœur bat, je suis pétrifiée. Je n’ose partir, de peur de passer pour une conne, et l’envie de rester se fait plus forte. Pour une fois, être aussi dans l’action, arrêter d’être passive.

Elle dépose un baiser sur mes lèvres fermées, puis glisse sa langue dans mon cou, pendant que sa main remonte le long de mes cuisses.

Ma poitrine se soulève, la femme sent mes artères qui vibrent au contact de sa bouche charnue. Elle est très belle. Tellement jeune, blonde et mince.

Mon sexe est maintenant à découvert. Il palpite, il attend. Ses doigts se font insistants, et caressent ma chatte épilée.

Mes pensées deviennent vulgaires. Putain mais j’ai envie d’elle.

Elle le devine et glisse ses doigts en moi. Un, puis deux puis trois. Son pouce joue avec mon clitoris, pendant qu’elle joue dans ma grotte humide. Elle connaît sa partition par cœur.

J’entrouvre ma bouche et elle y colle la sienne. Nos langues se mélangent ; je pousse un soupir.

Sa main augmente la cadence, je crois que je vais jouir. Ca vient ; n’arrête pas, continue. Elle garde ma bouche prisonnière de ses lèvres, son pouce allume en moi un feu d’artifice salvateur.

Je ne peux réprimer un « Ouiiii » de plaisir.

Elle quitte mon sexe et ma bouche pour dévoiler mes seins. Elle les suçote, les mordille, les prenant à pleines mains. Le contact de ses dents est parfois douloureux, je sais que c’est voulu. Les décharges électriques parcourent mon corps, la volupté se mélange au mal qu’elle m’inflige par le pincement de mes pointes tendues.

Sa langue se remet en action, elle glisse sa tête entre mes jambes et plonge vers mon intimité, tout en continuant le jeu pervers qu’elle impose à mes tétons endoloris.

Ses lèvres me goûtent et j’apprécie son habileté. Du bout de la langue, elle chatouille mon petit bouton qui diffuse en moi des sensations oubliées.

Son homme nous a rejoins, nos regards se croisent. Il a compris à mes yeux que je ne voulais pas de lui. Il se positionne derrière sa concubine, qu’il entreprend en levrette.

La belle est à quatre pattes, profitant de nos deux sexes. Pilonnée par l’arrière, elle m’aspire à la cadence que lui impose les hanches de son homme.

Je sens que ça vient encore. Oh oui, ça va venir, de plus belle. Je prends sa tête entre mes mains et appuie sur sa nuque de toutes mes forces. Sa langue est dans ma chatte.

Je hurle à pleine gorge.

Je viens, elle vient, nous venons. L’homme a joui sur ses fesses rebondies pendant qu’elle étouffait un cri entre mes cuisses trempées de salive et de cyprine.

Elle me sourit et s’allonge sur moi pendant que l’homme retourne à quelques mètres de nous.

« C’était super ma belle » me glisse-t-elle au creux de l’oreille.

Nous nous embrassons, partageant mon goût sur ses lèvres. Elle se redresse et le rejoint. Ils quittent les lieux.

Je suis maintenant seule.

Un message arrive :

« Quel ravissement de vous voir enfin libre. Rentrez vous reposer, demain sera encore mouvementé.

Dimitri ».

Je souris et fait un coucou de la main à mon amant mystérieux qui me regarde probablement au loin, tapi dans la foret.

A mon tour je presse la touche envoi :

« A demain »

***

Nouvelle soirée solitaire à la cantine du club. Perdue au milieu de la foule qui rit, chante et plaisante, je ne pense qu’à toi, à tes jeux, à notre prochaine journée.

Grégoire ne se cache plus vraiment, je devine ses mains qui flattent les hanches de Célia sous la table en pin massif. Ils échangent des sourires complices dont je suis jalouse. Pas d’eux, mais de leur promiscuité. Dimitri se refuse à moi, alors que je le désire de toutes mes forces.

Peut-être demain ?

Cinquième jour

J’ai reçu dans la nuit les instants volés que Dimitri a immortalisés sur photos. Elles se dévoilent sur l’écran de ma tablette et me font rougir. Celles de notre deuxième jour, où je m’exhibe aux regards des passants, offrant mon corps à leurs yeux concupiscents, et surtout celles d’hier. On m’y voit sans fard ni trucages, nue et possédée. Jouissante et masturbée. Léchée et repue de sexe.

Cinquième jour

J’ai honte.

Non, je n’ai pas honte.

 Je jouis de la vie, enfin, après des années d’endormissement. Dimitri est mon prince, je suis sa belle au bois dormant.

Un message vient d’arriver.

« Aujourd’hui je serai tout près de vous.

Pour partager le plaisir de nos retrouvailles charnelles, seul le toucher vous sera permis …

Dimitri »

Je suis intriguée. Seul le toucher. Bigre.

Je réponds.

« Il me tarde si vous saviez ! Quel lieu sera le cadre de nos retrouvailles ? »

« Attendez-moi au même endroit qu’hier. Quinze heures »

***

Quinze heures arrivent, et je suis là à t’attendre. J’ai sensiblement revêtu la même tenue qu’hier, rose pâle cette fois-ci.

Je ne porte rien d’autre que ce fin tissu, comme cela il lui sera aisé de me découvrir.

Je t’attends depuis dix longues minutes. Un homme s’approche, je lui fais signe de déguerpir.

Je ne suis là que pour toi en ce jour.

Un message fait vibrer l’IPhone.

« Marchez quelques mètres dans la forêt, et enfoncez-vous dans sa camouflante obscurité. Prenez le sentier des amoureux, et au grand chêne suivez les instructions. Des badauds vous suivront probablement, laissez-les faire et faites moi confiance ».

Son jeu pervers m’excite follement. La retenue des premiers jours a fait place à une douce folie dans laquelle je glisse avec malice.

Après quelques instants de marche, je tombe sur le grand chêne indiqué. Un mot est déposé à ses racines torturées, contre une boîte en bois finement marquetée. Je remarque qu’effectivement plusieurs hommes m’ont suivie et qu’ils m’observent.

« Ouvrez la boîte sans attendre. A l’intérieur j’ai laissé pour vous un bandeau. Dénudez-vous entièrement, et couvrez en vos yeux. J’arrive.»

Encore une douce épreuve. J’hésite à m’exécuter. Ces hommes sont tapis dans les broussailles, et j’imagine leurs mains en train de les satisfaire à la vision de mes formes nues.

Je sais que si je n’obéis pas, Dimitri ne se montrera pas. Il m’a dit de lui faire confiance. Je ne peux plus reculer. Pas maintenant, pas si prêt du but.

Je passe la lanière de tissu noir autour de mes yeux. Mes sens s’éveillent. J’entends des bruits de pas qui s’approchent, est-ce lui ?

Je laisse glisser la robe à mes chevilles. Je suis nue.

Les vibrations dans le sol me laissent deviner  que quelqu’un est tout prêt.

« Dimitri ? »

Personne ne répond.

« Est-ce vous ? »

Le silence, le vent dans les arbres pour seul écho à mes pensées.

Une main me palpe. J’ai un mouvement de recul, et cogne mes fesses contre l’arbre. Ma poitrine palpite. Mon souffle se fait animal.

La main revient, plus téméraire, elle s’attarde sur mes seins. Un doigt caresse ma bouche. Je le suce du bout des lèvres.

Je ne pense plus. Je ne suis plus que dans l’action, dans l’instant présent.

L’homme fait glisser mes bras le long du tronc. Je suis offerte. Ses mains empoignent mes lourdes mamelles, un baiser force ma bouche. Il mort ma lèvre, pinçant le bout de mes tétons. Un petit cri s’échappe de ma gorge. Un râle de plaisir autant que de douleur.

Sa langue parcourt mon cou puis le sillon de ma poitrine. Il descend petit à petit vers le bas de mon ventre.

J’écarte un peu plus les jambes dans un reflexe de catin. Voilà donc ce que je suis devenue ? Une traînée qui se donne au premier venu ?

Je ne sais même pas si c’est toi ! Peu importe, aujourd’hui je veux qu’un mâle me prenne.

La péninsule de chair sortie d’une bouche explore les replis de ma chatte trempée. Il empoigne mes fesses et me colle contre son menton. Il me lèche avec vigueur, chatouillant mon clitoris qui n’en demande pas moins. Ses doigts m’explorent par derrière, jouant avec mon anus et mon vagin. Passant de l’un à l’autre, explorant leur intimité de plus en plus profondément.

Je sens que le plaisir arrive et va me libérer du feu qui brûle mon bassin.

J’explose dans un long tremblement, agitant mes hanches pour mieux guider la cadence de la bouche qui me mange.

Je jouis sans retenue.

J’entends l’homme s’éloigner. Je n’ose pas bouger ni parler. Etait-ce lui ?

Des bruits de pas se rapprochent à nouveau de moi.

Des mains s’emparent de mes épaules me guidant pour me retourner. Je fais face à l’arbre, ma croupe est dressée vers le mystère.

Un sexe se frotte contre mes fesses, l’homme me prend par les hanches et s’enfonce en moi d’un seul coup. Il coulisse entre mes jambes sans souci, la cyprine joue son rôle à merveille.

Je ne perçois que le bruit de ses hanches contre mes fesses dodues. Flac flac flac. C’est indécent et bestial. Je ne veux rien d’autre en cet instant.

Je me cambre en suivant son tempo, son pieu entre et sort, épousant les formes de ma caverne soyeuse.

Le temps s’égraine mais tout va trop vite, le plaisir me consume à nouveau, un orgasme me prend par surprise, et me ravage les tripes. La chaleur remonte le long de ma colonne vertébrale, et j’expulse dans un cri animal la jouissance qui me submerge.

L’homme se retire, je sens sa queue qui palpite encore. Il s’agite quelques instants, et son orgasme laiteux se repand sur mes fesses. Je le sens s’épandre le long de mes hanches.

Les bruits de pas s’éloignent. Je reste prostrée de longues minutes.

Je suis seule, plus de doute. Je retire le bandeau de mes yeux, cherche ma robe du regard. Je me rhabille, chancelante. Un billet est déposé dans la boîte en bois.

« Merci pour ses moments délicieux. Avoir pu jouir de votre corps restera un instant inoubliable.

Dimitri ».

C’était donc lui ? Ou peut-être étaient-ils plusieurs. Il était présent en tout cas. Cette certitude me suffit pour le moment. Il est temps de rentrer. Je pense au lendemain qui sera forcément triste, ce denier jour cèlera notre adieu pour toujours.

Sixième jour.

J’ai mal dormi. L’enfer a pris possession de mes pensées. Je suis une pute, rien d’autre. Dimitri m’a possédée, et m’a fait prendre par d’autres.

Non, c’est impossible, pourquoi aurait-il fait ça ?

Les contraires dialoguent dans mon cerveau. N’y pense plus Lucie. Tu as jouis et l’instant était merveilleux, personne n’est mort, personne n’a été forcé.

Personne n’est mort ? Non, mais mon couple probablement.

Je regarde Grégoire prendre son petit-déjeuner. Il n’a plus un regard pour moi, comme s’il avait tout deviné. Il passe tout son temps avec la jeune monitrice. Comment lui en vouloir, moi qui me complais dans la luxure depuis des jours.

L’IPhone vibre. Il était muet depuis bien trop longtemps. J’attendais un message depuis hier soir, un mot, un encouragement.

Je n’ai pas l’habitude de me perdre ainsi et de m’abandonner.

« Pour notre dernière après-midi, rendez-vous au Grand Hôtel du Parc, prêt de la place du marché.

Demandez les clés à la réception, la chambre est à votre nom.

Dimitri ».

Au moment où je finis de lire le message, un des gars de l’accueil me tend un paquet, une boîte en carton ficelée par une corde de chanvre. Je prends possession du colis et quitte la table sous les regards de Célia et Grégoire, tout contents de se retrouver seul à seul.

Arrivée à la chambre, je défais le nœud et explore le contenu.

Mon amant a tout prévu.

Un flacon doré d’Essence de Guerlain attire mon regard. Je parfume mon poignet et respire la délicate fragrance.

Une micro robe Chantal Thomas de satin noir, largement décolletée sur la poitrine et le dos me servira d’écrin.

Mes dessous, de la lingerie assortie de la même marque, composée d’un  string en dentelle, d’un soutien-gorge pigeonnant et d’un ensemble porte-jarretelles et bas de soie, souligneront mes courbes féminines.

Pour me découvrir plus que pour me couvrir, je trouve une veste brodée qui ne cachera au mieux que mes épaules.

Habilleront mes jambes, une paire de Louboutin noires, à la classique semelle rouge, du même ton que le bâton de rouge à lèvres glissé entre les magnifiques souliers.

Pour parfaire la tenue, des lunettes de soleil Gucci et une perruque corbeau  masqueront la moitié de mon visage.

Le tout est d’un luxe et d’une beauté que je ne me permets plus depuis longtemps. Pour qui de toute manière ?

Ainsi apprêtée, je me trouve magnifique. Les étoffes sont agréables, la coupe parfaite.

Je suis provocante sans être vulgaire, délicieusement appétissante.

Mon mystérieux amant serait-il riche ? En tout cas il a très bon goût, et a deviné mon attirance pour les belles choses.

***

Impatiente mais triste, je déambule, telle une call-girl, dans les rues du village, guettant regards troublés et mâchoires béantes que provoque mon passage.

Nous vivrons bientôt nos derniers instants, et je ne doute pas qu’ils vont être magiques.

J’arrive à l’hôtel, et récupère les clés à l’accueil, comme convenu. Le réceptionniste me détaille, ses yeux se perdent dans le creux de mes seins offerts sans retenus à sa vue.

Je souris, sûre de moi et des mes charmes, et prend l’ascenseur pour me rendre au sixième et dernier niveau.

Un couple d’un certain âge prend place à côté de moi. Je sens que Madame s’offusque de ma tenue. Téméraire, je me penche légèrement, laissant mon décolleté découvrir un peu plus ma poitrine, et je réajuste mes bas, délicatement.

L’ascenseur s’arrête au cinquième, je baisse mes lunettes et flatte le vieil homme d’un clin d’œil appuyé qui empourpre son visage ; il va nous faire une attaque si je le provoque un peu plus.

Je me sens si belle et si désirable.

J’arrive au sixième, étage des luxueuses suites. Chambre 624. J’introduis la clé magnétique, la porte s’ouvre. J’entre dans le vestibule, un mot m’attend sur le guéridon en marbre.

« Lucie, je suis à côté et je vous attends. Gardez votre tenue, y compris les lunettes, je veux vous contempler à ma guise pendant que vous vous déshabillerez pour moi. Une fois vos vêtements ôtés, allongez vous docilement sur le lit. Vous êtes à moi pour l’après midi, aujourd’hui, seul mon plaisir compte.

Dimitri »

Docile ? Mais je te suis entièrement soumise.

Ton plaisir ? Mais je ne demande qu’à te satisfaire.

Je tourne la poignée et pénètre dans l’alcôve. Les volets sont descendus, et les rideaux tirés. Avec mes verres fumés, je n’y vois presque rien, mais je te devine, assis sur le Chesterfield en cuir. Je reconnais ton allure, mais ton visage est dissimulé par la pénombre.

J’entame mon strip-tease, maladroite mais décidée.

Je t’envoie mes lunettes que tu attrapes au vol. La veste glisse sur le sol. Je dépose les bretelles de la robe que je fais rouler sur mes hanches et le long de mes jambes. Je l’envoie sur toi d’un coup de pied malicieux.

Tu la portes à ton visage. Tu t’y plonges, humant le parfum que tu as choisi avec soin quelques heures plutôt.

Mes habits sont au sol, je marche vers le grand lit, roulant mes hanches pour rendre ma croupe provocante.

Je m’allonge sur le matelas, face contre les draps, et plongeant ma tête dans le profond coussin, je t’attends, impatiente.

J’entends que tu t’approches, tu montes à mes côtés. Tes mains se baladent sur mon postérieur, parcourent mes hanches, palpant peau et tissus. Tu t’amuses avec les jarretelles qui strient mes jambes potelées. Tu passes une main sous mon string, joues avec la ficelle que tu glisses d’une fesse à l’autre. J’ai compris ton manège et je soulève mon bassin pour que tu retires le minuscule morceau de soie.

D’un geste ferme, tu écartes les lobes de ma croupe déjà humide, et tu enfonces deux doigts dans ma chatte avide. Le va et vient se diffuse en moi tel un arc électrique. Tu profites de la cyprine, que tes gestes ont rendu abondante, pour lubrifier ton pouce. Tu le glisses dans mon trou interdit, continuant de doigter ma chatte avec vigueur.

Je ne me retiens pas, la chambre est à nous et j’en profite. Je râle, je gémis, je te parle, acclamant tes caresses adroites.

Tu quittes mon vagin pour te concentrer sur mon autre orifice. Tes doigts détrempés y entrent sans souci. Je n’ai pas l’habitude de ce type de contact, mais tu es sûr de toi, et je m’abandonne entre tes mains, oubliant la douleur que provoque ta pénétration.

J’entends la fermeture éclair de ton pantalon qui s’ouvre. Tu t’allonges sur moi, et dépose ta queue entre mes fesses. Non je t’en prie, pas par là. J’essaie de me retourner, de t’empêcher, mais tu es bien trop lourd.

Tu prends mes mains dans les tiennes et les immobilises, écartant mes bras le long des draps.

Tu pousses tes hanches contre mes fesses, ton pieu force le passage et tu t’introduis là où personne n’était jamais entré.

« Non Dimitri, s’il te plaît ».

Tu colles ta bouche contre la mienne comme pour me faire taire, et tu continues de pilonner mon arrière train. Je suis en feu. Mon cul est rempli par ta bite,  je te sens si profond en moi.

Petit à petit, je commence à me détendre et tu relâches la pression.

Tu gardes le contrôle de mon fondement, mais tes gestes se font moins brusques, je commence à apprécier la pénétration imposée, ma soumission est un plaisir  que je t’offre.

Tu relâches mes mains, et glisse les tiennes sous mon ventre. Tu me redresses, relevant ma croupe, ou ta verge s’enfonce encore plus profondément.

Dans cette position, tes doigts peuvent jouer avec mon sexe, et tu ne t’en prives pas. Mon clitoris est à l’honneur, et le plaisir que tu me procures prend le pas sur les élancements que provoque ta queue dans mon cul.

Tu reprends un rythme soutenu, bestial. Tu entres maintenant en moi complètement, tu m’écartèles. Je deviens chienne à ton contact, ma croupe est ton territoire.

Le pilonnage devient intensif, dans un état second je pousse mes hanches contre les tiennes, et ton sexe bute au fond de moi, encore et encore.

Le plaisir me submerge, je jouis intensément. A ma grande surprise, l’orifice interdit a pu être le lieu d’un plaisir insoupçonné.

Tu te retires, fessant légèrement mon arrière train douloureux de la paume de la main.

Je me retourne pour te contempler, mais l’obscurité empêche toujours mes yeux de voir tes traits.

Es-tu comblé et heureux comme je le suis à cet instant ?

Ai-je été la pute que tu attendais ?

Tes désirs ont-ils été assouvis ?

Je m’interroge et m’abandonne dans les draps humides de ma douce moiteur. Je me tourne sur le dos, mes yeux te cherchent. Je balance ma tête à la renverse sur le bord du lit.

« Dimitri ? »

Tu ne réponds pas, mais je te sens à mes côtés.

« Dimitri, ai-je été à la hauteur, parlez moi ? Je doute que vous ayez reçu un plaisir égal à celui que vous m’avez donné »

« Alb…. »

Je n’ai pas le temps de finir ton prénom que ta verge se pose sur mes lèvres. Tu es debout contre le lit, le sexe au niveau de mon visage.

Tu emplies ma gorge de ta hampe enflammée. Tu prends mes seins en main, continuant le va et vient de ta queue dans ma bouche.

Tu pinces le bout de mes tétons, délicatement, puis de manière plus virile. Je tente de gémir, mais tu étouffes mon cri en entrant plus loin en moi.

Tu baises mon visage comme auparavant mes fesses. Je contiens un haut le cœur que tu réprimes en serrant ma gorge encore plus fort.

Tu accélères la cadence, imposant à ma bouche un rythme infernal. De la salive perle le long de mes joues, et se mélange aux larmes que ton furieux manège à fait monter à mes yeux.

J’étouffe, je n’en peux plus. Tu plaques tes mains sur ta nuque, je comprends que tu vas jouir à tes râles de plus en plus proches.

Tes mouvements deviennent saccadés, viens mon amour, jouis en moi, que je goûte le jus de ta queue.

Le flot de liqueur envahit ma bouche, et coule dans ma gorge.

Je ne peux qu’avaler, et je m’en délecte.

Tu ressors ta verge, elle est prise de spasmes. Elle cogne contre mes joues. Je le reprends en bouche, délicatement, pour en extraire jusqu’au bout, le divin nectar.

Ma langue joue avec ta hampe qui perd de sa vigueur, j’embrasse ton gland, lèche ton prépuce. Je prends ta queue en main, te branle quelques secondes contre mes lèvres, je veux être sûre de n’avoir perdu aucune goutte.

J’embrasse ton sexe délicatement avant que tu ne le retires définitivement.

Oh mon amour, je t’ai fait jouir, mes gestes t’ont donc plu.

« Dimitri ?? »

Tu ne réponds pas. J’entends que tu réajustes ta tenue.

La porte s’ouvre et tu fuis promptement. La messe est dite, il n’y aura pas d’adieu.

Je reste solitaire dans le grand lit. Des larmes roulent sur mes joues.

Je ne te reverrai plus mon amant mystérieux.

Au chagrin du départ de Dimitri je joins celui de l’anéantissement de mon mariage. Tout est fini avec Grégoire, je le sais maintenant.

***

Le retour au gîte fut difficile. Je me suis changée dans la voiture, et j’ai déposé dans une poubelle la boîte et les vêtements que tu m’avais offerts. Ils n’auront servis qu’une fois, et je n’imagine pas les remettre pour un autre.

Quand j’arrive à la chambre, je tire ma valise sous le grand lit, et y jette mes affaires. Je commande un taxi pour le lendemain, je rentrerai seule ; passer de longues heures silencieuse auprès de Grégoire me semble insupportable.

Septième jour

J’ai déposé une lettre sur la table de nuit. Je raconte tout à Grégoire, je me dois d’être honnête.

Au moment où je pose la main sur la poignée de la porte pour quitter les lieux et filer prendre mon taxi, je vois une enveloppe scotchée sur la porte.

Je parcours la missive, les pensées s’entrechoquent dans mon cerveau à chaque nouvelle phrase, chaque nouveau mot.

« Lucie, mon amour,

Cette semaine a été pour nous celle du renouveau. Tu te poses certainement beaucoup des questions, je vais tenter d’y répondre.

J’avais promis de te séduire à nouveau, de te surprendre. Je pense y avoir réussi.

Qu’en dis-tu ?

Tel Roxane et Cyrano, nous avons dialogué par bouche interposée, nous nous sommes aimés sans nous toucher, avons fait l’amour sans nous voir.

Je suis amoureux de toi, mais aussi de la personne que j’ai redécouverte pendant ces sept jours passés à tes côtés.

Je savais que tu avais encore tout ça en toi, la passion, l’envie, je voulais simplement que tu le réalises.

Dimitri et Célia s’excusent du mauvais tour qu’ils t’ont joué. Ils font tout deux partis d’une ligue d’improvisation, et ont bien joué leur rôle, ne trouves-tu pas ?

Enfin, pour te rassurer, je suis le seul homme qui t’ait touché cette semaine, même si d’autres se sont régalés de ta présence. Quand je te disais que tu étais encore sexy !

Si tu veux rentrer avec moi, je t’attends dans la voiture, prêt de la réception.

Je t’aime.

Grégoire.»

Épilogue

Le taxi est là moteur ronronnant. Grégoire est garé juste à côté. Il me regarde et me sourit.

Mes yeux vont d’une voiture à l’autre, le Taxi-Grégoire, Grégoire-le Taxi.

Les yeux emplis de larmes, je me dirige vers la voiture, ouvre la porte et prend place sans un mot.

Je chiale comme une gamine, ai-je fait le bon choix ? Il m’a trompée, toute la semaine, s’est joué de moi.

Et moi je l’ai trompé, sans remords.

***

Je fixe la route derrière mes lunettes de soleil, songeant à mon avenir.

Je me redresse, et passe ma main sur le levier de vitesse, où tu as déjà posé la tienne.

Je referme mes doigts sur toi, tu me regardes. Tu pleures aussi.

« Je t’aime Lucie »

« Je t’aime Grégoire »

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