TORTURE

Doris Dumabin

Extrait de la nouvelle érotique Science-Fiction spéculative… www.facebook.com/dorisdumabin
> : lors des dialogues indique que le personnage précédent reprend la parole…


Elle avançait au pas de charge en réprimant tant bien que mal son envie de parcourir la distance restante en courant. Elle ne pouvait décemment pas s'élancer dans les couloirs comme une jeune recrue intrépide et arriver essoufflée devant la salle d'interrogatoire. Même si la situation exigeait sa présence immédiate, la nouvelle directrice de l'AIR, l'Agence Internationale de Répression section Criminalité et Fraudes de la planète Oural ne pouvait pas se permettre un tel manque de retenue. Sa candidature avait déjà fait scandale et sa nomination définitive après l'élection faisait toujours grincer des dents. Non à cause de son sexe, car ses nombreux prédécesseurs étaient souvent des femmes, mais surtout à cause de son âge. Elle n'avait que trente cinq ans et malgré son expérience et ses excellents états de service, la discrimination exaspérante qu'elle subissait persistait.

Étrangement, alors que certains n'auraient pas pu endosser ce rôle, imaginant ne pas faire le poids ou avoir les épaules assez larges pour, Lauréane, elle, s'était engagée pleinement dans sa nouvelle fonction. Exempte de doute, elle avait procédé à d'importantes restructurations tant au niveau du personnel que des méthodes de travail en passant même par un réagencement des bureaux. Pour avoir travaillé à partir du bas de l'échelle dès ses quinze ans, elle savait exactement comment agir, qui déplacer, qui promouvoir et qui rétrograder. Des mesures qui l'avaient rendue au départ totalement antipathique. Cependant, aujourd'hui, après neuf mois, tout fonctionnait mieux. La communication entre les collègues et aussi avec la direction s'était apaisée. Meilleure ambiance de travail. Accroissement du rendement. Taux de réussite au plus haut. Elle commençait enfin à recevoir des félicitations de l'Agence mais aussi de l'UPO, l'Union des Présidents d'Oural. Lors de son discours de la veille, elle avait bien senti que sa nouvelle idée était accueillie avec beaucoup moins de réticence qu'elle ne l'aurait supposé. De ce fait, le problème qui se posait ce matin la préoccupait profondément. Dans la nuit, ses hommes avaient appréhendé un individu qui n'avait prononcé aucun son depuis sa mise aux arrêts provisoire. Ils la mettaient au courant seulement sept heures plus tard, signe qu'ils avaient eu recours à de nombreuses tentatives avant de penser à la contacter. Et c'était très mauvais signe. Qui pouvait-il être ? Deux agents l'encadraient en lui fournissant un rapport détaillé des événements.

- Il accompagnait notre cible, précisa encore l'agent Dorian Taneur.

- Certes, mais sitôt qu'il nous a repérés, il a tenté de l'empêcher de s'enfuir. Son comportement est pour le moins étrange. S'il était son complice, il ne l'aurait pas assommé. C'est parce qu'il était occupé avec ce narcotrafiquant que nous avons pu les arrêter tous les deux…

- C'est sûr qu'avec son gabarit, nous aurions eu du mal à le maîtriser.

- Nous avons eu, du mal à le maîtriser, insista le capitaine Loa Kenrick. N'oublie pas que depuis son réveil, cinq collègues se trouvent en section de soins sur la liste des restructurations moléculaires.

- C'est pas croyable ! Il paraît, en effet, que le pistolet paralysant n'a fonctionné qu'au bout de la troisième capsule !

Lauréane réfléchissait, rassemblant tous ces éléments dans sa tête. Elle se doutait de l'identité de cet individu et son choix ce matin allait se révéler décisif dans les pourparlers à venir. Était-ce le destin finalement qui lui offrait cette occasion de mettre en œuvre son projet ? Elle avait déjà ressenti chez les hauts dirigeants de leur planète une vague d'étonnement très forte la veille suite à son annonce. Elle supposait d'autant plus que l'onde de choc qui surviendrait dans son service et dans l'Agence toute entière allait ébranler les fondements même de leur organisation.

 

Tout le monde se leva à son arrivée dans la pièce, un geste de déférence auquel elle ne s'habituait toujours pas. Elle hocha simplement la tête en signe de salut et se tourna sans attendre vers la glace sans tain qui dévoilait la salle adjacente. Ce qu'elle vit la figea sur place. Même si elle s'attendait à voir l'homme musclé et agressif qu'on lui avait décrit, elle ne s'était pas imaginée qu'il puisse l'être à ce point. Il devait mesurer près de deux mètres de haut et peser au moins cent vingt kilos de muscle. Des muscles durs et noueux. Pas gonflés artificiellement comme les centres d'esthétique le proposaient. Lui semblait tous les utiliser au quotidien. Mais le plus étonnant était qu'elle pouvait voir chacun de ses muscles mis à nus.

- Pourquoi l'avez-vous déshabillé ?

- Chef, ce mec cachait plus d'armes et de munitions que n'importe lequel d'entre nous dans chaque couture de son habit civil et puis…

Elle se tourna vers l'agent qui venait de prendre la parole. Elle le regarda durement et fit de même pour les autres.

>… et puis c'est une façon de le déstabiliser, termina t-il rapidement.

Lauréane se tourna encore vers l'homme, immobile, mais visiblement détendu. Ses yeux fermés. Ses jambes écartées bien campées au sol, les jambes ouvertes sans aucune pudeur… cet homme là ne pouvait pas être déstabilisé aussi facilement. Il portait les cheveux courts, noirs qui ondulaient vers l'arrière. Les traits de son visage étaient fermes. Les sourcils bien dessinés sur des arcades épaisses et légèrement tombantes comme un boxeur professionnel dont les os trop souvent réquisitionnés s'intensifiaient et se solidifiaient. Ses pommettes inégales témoignaient de coups reçus non cicatrisés de la même façon. Un léger chaume de barbe recouvrait sa mâchoire carrée. Même le dessin de ses lèvres paraissait irrégulier, penchant légèrement sur un côté. Une bouche de travers. Un tableau loin d'être équilibré et pourtant l'ensemble ne le rendait pas laid. Il n'était pas attirant, c'était un fait, mais pas repoussant non plus. Son cou étonnamment large reliait sa tête particulière à des épaules aux trapèzes extrêmement développés. Ses bras aux biceps et triceps puissants n'atteignaient pas ses flancs aux dorsaux eux-aussi disproportionnés. Ses pectoraux bien dessinés recouverts d'un léger duvet précédaient une ligne d'abdominaux saillants et creusés. Une ligne plus sombre au centre annonçait discrètement un ensemble de poils pubiens taillés court. Un homme qui prenait soin de lui certainement pour une question pratique et hygiénique, aucunement esthétique. Sans s'y attarder, elle remarqua tout de même que son membre, au repos, pouvait rivaliser en longueur et en circonférence au sexe d'un homme normal en érection. Encore un point qui renforçait assurément sa confiance en lui. Chacune de ses cuisses était aussi large que ses deux jambes réunies et ses quadriceps n'avaient rien à envier à ceux d'un lutteur de métier. Ses mollets eux-aussi prouvaient une activité physique quotidienne. Elle avala sa salive et ce faisant, prit conscience qu'elle n'avait pas dégluti depuis une bonne minute. Elle se reprit aussitôt.

- Il n'a émis aucun son depuis deux heures du matin ? demanda t-elle encore.

- Non, chef.

Elle décela de nombreuses cicatrices sur son torse, ses bras, et même son visage, comme s'il se souciait peu de paraître à son avantage malgré toutes les dispositions esthétiques imaginables. Elle ne connaissait personne ayant conservé son apparence originelle. Même, elle s'était fait refaire le nez et changé la structure moléculaire de ses cheveux pour qu'ils soient plus épais, plus longs et ondulés. Elle avait aussi choisi une couleur châtain ponctuée de quelques mèches blond vénitien. Une teinte qui s'alliait à la perfection à sa carnation caramel, plutôt pâle pour une "croisée", comme on appelait les métisses des deux planètes habitées de leur système planétaire.

- Nous avons tout tenté mais il garde obstinément les yeux fermés et ne bouge même pas.

- Il a fait le vide, murmura t-elle.

Personne ne l'entendit car l'agent continua d'expliquer leurs pathétiques tentatives d'intimidations.

> …Puis nous avons fini par le laisser seul au frais, se moqua t-il.

Elle tourna la tête vers lui.

- Qu'entendez-vous par là ? Il me semble avoir interdit la torture sur les suspects. Vous vous imaginez le nombre de lois que vous êtes en train de bafouer en faisant ça. Si quelqu'un l'apprend, nous perdons tous notre poste, s'emporta t-elle.

- Nous… nous réchauffons la pièce à intervalles réguliers, bredouilla t-il.

- Ha oui ? ironisa t-elle. À combien de degrés ?

À son visible embarras elle sut qu'elle avait deviné juste. Il cherchait de l'aide du regard mais personne ne vint à sa rescousse.

- 50°C.

Lauréane écarquilla les yeux !

- Vous passez de 50°C à ?

Elle attendait visiblement une réponse à sa question. Dora, la seule femme dans la pièce à part elle, la lui communiqua du bout des lèvres.

- Parfois -20°C.

- De 50 à -20°C alors qu'il est totalement nu ?

Lauréane contenait mal sa colère. Certains agents dansaient d'un pied sur l'autre, d'autres observaient les collègues en grimaçant.

- Remettez immédiatement la pièce à 22 et rapportez-lui ses vêtements !

Son ordre fut immédiatement appliqué. La fumée blanche qui représentait le souffle de l'homme, clairement visible auparavant, disparut très vite. Il le sentit. Brusquement, il ouvrit les yeux. Lauréane recula d'un pas comme chacun des occupants du bureau. Pourtant il ne pouvait pas les voir. Il regardait droit devant lui sans fixer l'un d'entre eux en particulier mais ses yeux lançaient des éclairs. Ils étaient sombres, bruns. Incisifs. Percutants. Il les transperçait froidement. Son cœur se mit à battre plus vite. Il était assis, attaché, totalement immobile mais dans leur cerveau reptilien, il représentait déjà une menace. Lauréane se reprit très vite. Elle ne pouvait pas se laisser impressionner par lui. Tout allait se jouer maintenant. Elle sortit de la pièce et inspira un grand coup avant de pénétrer dans la salle d'interrogatoire. Il ne tourna pas la tête vers les nouveaux arrivants. Il attendit patiemment qu'elle entre dans son champ de vision.

Lauréane avait pensé l'approcher sans rien ressentir mais elle constata son échec. Elle craignait ses réactions. Comment, en neuf mois d'administratif, avait-elle pu perdre son instinct aiguisé durant de si longues années sur le terrain ? Après seulement neuf mois, elle était dépossédée de sa capacité à garder son sang froid en toutes circonstances. Impensable ! Elle excellait en combat à mains nues et ne craignait aucun adversaire. Elle maîtrisait parfaitement n'importe quelle arme ou savait s'en fabriquer une à partir de l'objet le plus anodin. Au cours de ses années de service, ses collègues avaient pu découvrir ses qualités militaires impressionnantes. Toutefois, en ce moment, elle se sentait toute petite et totalement vulnérable. Elle portait pourtant une arme de fonction comme chacun des deux agents présents. De plus, elle était libre de ses mouvements, alors que des bracelets de métal le reliaient, lui, aux barreaux du dossier de la chaise en inox brossé. Elle se demanda pourquoi son cœur battait si vite. Un agent posa un tas de vêtements sur une tablette à sa gauche et elle eut sa réponse. Il la fixait des yeux. Sans ciller. Sans chercher à voir ce qui se passait autour de lui. Il ne regardait qu'elle. La connaissait-il ? Très probable. Son élection avait fait grand bruit et même si aujourd'hui elle évitait la presse, elle n'avait pas pu faire l'impasse sur les interviews de son investiture. Et puis s'il était vraiment celui auquel elle pensait, il devait connaître son parcours du bout des doigts, peut-être même celui de ses proches. Ils ne laissaient rien au hasard.

- Vous êtes un "Soat" n'est-ce pas ?

Les agents se figèrent de stupeur. Lui ne broncha pas. Son regard se fit moins dur et elle décela immédiatement ce léger changement. Elle avait vu juste. Il faisait partie d'une organisation secrète totalement hors-la-loi qui traquait, exactement comme ils le faisaient légalement, les plus vils criminels de leurs système. Cependant eux ne s'embarrassaient pas de règles conférant à la justice, à l'éthique ou aux droits inaliénables de l'humanité. Ils traquaient sans relâche une proie et l'achevaient sans autre forme procès. Ils étaient justiciers de rue et agissaient sans aucune pitié. Certains ouraliens traqués par les Soats préféraient même se jeter dans leurs filets pour ne pas finir à l'image de ces nombreux cadavres retrouvés attachés, parfois mutilés. Les preuves de leurs méfaits soigneusement consignés sur un support numérique caché dans leur chair. L'AIR les prenaient pour une bande de tueurs en séries sans foi ni loi, mais Lauréane elle, souhaitait y voir plus que cela.

> Un Soat en mission j'imagine ? Non, ne répondez pas, je comprends votre besoin de garder l'anonymat. Sur Oural il ne fait pas bon faire partie des agents secrets Soats.

Elle observa attentivement la moindre de ses réactions. Elle n'en décela aucune.

> Je ne sais pas qui est votre chef mais je vous propose une trêve.

- Un trêve avec les Soats ? S'étonnèrent ses propres agents.

Elle tourna la tête vers eux.

- Vous l'auriez appris tôt ou tard. La réunion générale de ce soir portera sur ce point.

Elle se retourna vers l'homme tout en s'adressant à son équipe.

> J'en ai parlé aux dirigeants de notre planète hier soir. À partir d'aujourd'hui nous n'allons plus pourchasser les Soats, ni les inculper, ni les mettre aux arrêts. Détachez-le.

Elle fit un pas de plus vers lui.

> Vous êtes libre de vous en aller. Dites à votre chef que Lauréanne Kasuel lui demande un entretien pour discuter des modalités de notre futur accord.

Elle avança si près que son pantalon effleurait son genou nu. Il ne leva nullement la tête pour continuer de la fixer dans les yeux, elle était trop petite pour prendre cette peine. Elle le dépassait à peine alors qu'il était pourtant assis.

> Dites-lui bien de ne pas me faire sursauter, j'ai la détente facile, sourit-elle ironique.

Puis elle se tourna vers ses hommes.

- Rendez-lui sa liberté, insista t-elle.

Trop choqués pour bouger ses deux agents ne firent aucun geste.

- Ne vous donnez pas cette peine.

Lauréane écarquilla les yeux. Il avait parlé. L'homme avait fini par ouvrir la bouche et elle réprima à grande peine un frisson au son de cette voix rocailleuse. Une voix tellement grave qu'elle fit vibrer une corde en elle qu'aucun phonème quotidien n'arrivait à atteindre. Et à l'ébahissement général, il ramena ses bras devant lui en se frottant lentement les poignets. Elle devina qu'il agissait de la sorte pour activer la circulation du sang, pas parce qu'il avait mal. Un homme comme lui ne pouvait pas être affecté par une si faible attache. Il venait de prouver d'ailleurs qu'il n'était nullement prisonnier. Il était resté attaché parce qu'il le voulait bien. Les bracelets venaient de tomber sur le sol en un cliquetis métallique. Le bip du système électronique de fermeture sonna trois fois avant de s'arrêter totalement.

- Comment connaissez-vous le code ?

Lauréane fit la moue devant une question aussi stupide. Elle aussi se posait la question, mais elle ne se serait jamais abaissée à avouer son ignorance face à un Soat. D'ailleurs il ne répondit pas, il se contenta de sourire. Il releva un coin de sa bouche aux lèvres si particulières et toisa les deux agents avant de reporter son regard sur elle. Il observa ensuite ses vêtements.

- Les ont-ils traités ? demanda t-il calmement.

- Comment ?

Elle ne comprenait pas sa question mais elle se tourna tout de même vers ses hommes pour leur transmettre cette interrogation d'un regard. Ils levèrent les épaules aussi surpris qu'elle. L'un d'entre eux prit le tas et le lança sur les cuisses de leur ancien détenu. Il posa doucement la main sur ses affaires sans baisser les yeux. Il prit ensuite un boxer noir sans même regarder et se leva en posant le pantalon de toile brute, le t-shirt en microfibre anti transpirant et la veste sur la chaise. Lauréane déjà impressionnée par sa carrure assis, recula de deux pas en déglutissant. Ses hommes posèrent une main sur leur arme de poing. L'homme ne leur jeta même pas un regard. Il n'avait pas peur d'eux, évidemment. Même désarmé, il se savait plus fort. Il était d'ailleurs terriblement grand et costaud. Il la dépassait d'au moins deux têtes. Pourquoi la dévisageait-il de cette façon ? Il leva le caleçon entre eux pour le lui montrer.

- Vous devriez essayer cette méthode. Je peux vous assurer qu'attacher un homme et mettre de la poudre à gratter dans son caleçon, lui donne envie de parler… et de s'arracher les couilles.

Sans le savoir Lauréane ouvrit la bouche de surprise. Elle n'aurait jamais pensé faire une chose pareille à un prisonnier. Sans réfléchir elle baissa les yeux une fraction de seconde sur son sexe dont les dites "couilles" encadraient son membre exposé qui pendait librement face à elle. Elle releva vivement les yeux, alors que bien entendu, son mouvement n'était pas passé inaperçu. Il sourit encore, nullement gêné par cette furtive attention. Elle se sentit rougir au point de sentir des picotements sur ses joues. Ils étaient tous mal à l'aise face à sa nudité mais au contraire, lui en jouait contre eux. Elle serra les poings en se morigénant de ce trop plein d'émotions déplacées ressenties à son contact.

- Que comptez vous faire ?

Il observa un long moment de silence, pas comme s'il réfléchissait à sa réponse, plutôt comme s'il se demandait s'il allait le lui dire.

- Je vais d'abord m'habiller et ensuite je vais sortir d'ici et aller manger un morceau. Ces changements de température m'ont donné faim. Et comme ça fait bien vingt heures que je n'ai rien avalé, je vais me faire un plaisir d'y remédier.

Lauréane croisa les bras sur sa poitrine en fronçant les sourcils. Elle ne voulait évidemment pas parler de son quotidien mais de ce qu'il allait faire en ce qui les concernait directement. Les Soats contrecarraient souvent leurs plans, faisant échouer leurs stratagèmes afin de s'approprier leurs cibles. Ils agissaient dans l'ombre, s'habillaient en civil, alors que les agents portaient un uniforme de fonction d'un classique bleu nuit. De toute façon, même en civil, leur stature guindée les faisait repérer immédiatement.

L'homme n'avait, semble t-il, pas du tout vu son mécontentement dans son geste. Il avait seulement observé la peau nue ainsi dévoilée. Elle portait un haut fluide gris clair, près du corps dont le large col tombait légèrement sur ses épaules. Son mouvement avait fait glisser le vêtement et dénudé complètement son épaule droite. Malgré le dessous moulant sans bretelles qu'elle portait pour retenir sa poitrine, elle se sentit totalement nue sous son regard perçant. Elle ne voulait pas s'interroger une fois de plus sur cette insistance, il jouait certainement consciemment à la mettre mal à l'aise. Et elle ne voulait pas lui montrer qu'il y arrivait, même s'il décelait certainement tous les signes de son émoi. Il voyait certainement sa bouche imperceptiblement entrouverte aspirant un flux d'air plus important ; sa cage thoracique s'élever et s'abaisser légèrement plus vite qu'elle ne le devrait. Il avait tout aussi bien perçu ses hésitations et la rapidité de son débit de parole. Il voyait probablement aussi son cœur battre sur sa jugulaire totalement exposée. Peut-être même avait-il noté le tressautement de son sein gauche signe que ses pulsations cardiaques frôlaient l'anormal. L'entraînement secret des Soat leur était inconnu. Elle ne pouvait pas imaginer l'étendue de leurs connaissances mais c'est justement cette inconnue qui leur conférait, en plus de leurs hauts faits, une réputation de guerriers à toute épreuve. Leur notoriété irradiait certainement, bien au delà de la réalité. Ce n'était pas la première fois qu'ils détenaient un Soat. Ils étaient tous aussi maîtres de leurs émotions, fiers et sûr d'eux. Ils parlaient peu et agissaient vite. En général, ils s'évadaient miraculeusement ou de façon spectaculaire. Aucun agent ne pouvait retenir un Soat longtemps dans ses filets. Cette fois, elle lui rendait volontairement sa liberté. Une première.

Elle l'observa, elle aussi, sans pour autant lire dans son regard sombre, la réponse à sa précédente question. Il retrouva bien vite son sérieux et enfila son caleçon. Lauréane se demanda si la pièce était bien à 22°C. Autant le voir nu avait affolé ses sens, déstabilisant du même coup ses jauges internes, autant l'observer en train de se rhabiller fit monter son émoi de plusieurs crans, au point qu'elle ne put s'empêcher de réagir physiquement à ce spectacle. Tout son être frémissait, s'enflammait, exactement comme lors de préliminaires. Il enfila son pantalon et en ajusta les attaches en la regardant dans les yeux. Il n'était pas beau. Il ne représentait aucun archétype de beauté qui lui plaisait en général ou qui aurait pu plaire à n'importe quelle femme habituée aux hommes à la plastique irréprochable. Lui, sauf sa carrure, pourrait passer totalement inaperçu dans une foule. Pourtant l'aura virile qui l'entourait l'excitait sensuellement alors qu'elle se pensait immunisée. Il masqua enfin son torse incroyable de son t-shirt. Un soulagement. La dernière relation de Lauréane ne remontait pas à si longtemps pourtant, quatre jours tout au plus. Son ex compagnon avait rompu, décidant que sa cadence de travail ne convenait plus à ses attentes. En revanche, il appréciait toujours autant sa compagnie au lit. Loin de l'ennuyer, cette relation légère, sans contrainte, lui convenait tout à fait. Elle n'avait pas le temps, ni aucune envie de faire des efforts pour que cela marche entre eux, et il l'avait bien senti. Ce qu'elle envisageait pour l'avenir de l'Agence se plaçait au delà de toute considération personnelle. En plus, faire une croix sur sa vie privée ne lui avait rien coûté. Sa belle-mère et sa meilleure amie en avaient tout simplement déduit qu'elle ne sortait pas avec le bon. Elles s'en étaient toutes les trois amusées. Ce matin, en observant cet homme s'asseoir à nouveau pour enfiler les bottes qu'on lui tendait, elle se demandait si elles n'avaient pas raison. Il se leva à nouveau en vérifiant rapidement ses poches vidées de ses armes. Il croisa enfin son regard et tourna la tête vers la porte avant de poser à nouveau ses yeux bruns sur elle. Une question muette. Elle décroisa les bras et soupira d'exaspération. Elle tendit la main vers la sortie pour lui indiquer le chemin qu'elle lui autorisait à prendre. Il pouvait partir. Ce qu'il fit sans attendre. Il ne lui promit rien. N'ajouta pas un mot et sortit de sa vie encore plus vite qu'il n'était apparu. Avait-elle fait une erreur ?

   ...histoire à suivre en commandant le livre… infos sur www.facebook.com/dorisdumabin


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