Touche à Touche Part 4

Mini Pouce

Un matin alors que j’habillais ma petite fille, elle m’interrogea plutôt suspecte sur mes leçons de piano :

-          Maman, avec toutes tes leçons de piano tu dois être très douée maintenant

-          Non ma chérie, ça ne s’apprend pas si vite

-          Pourtant tu y vas souvent et puis tu as toujours l’air contente.

C’est à ces phrases que je me sentie totalement gênée comme si elle venait de me prendre sur le fait, j’avais déjà cet étrange sentiment de culpabilité qui me tourbillonnait dans la tête et surtout je me sentais toujours honteuse devant mon mari, comme si je faisais une chose de mal.

En effet je ne pouvais pas me cacher à moi-même que prendre ces leçons m’avaient rendue heureuse, mais ce n’était pas que ça, j’avais surtout pu me trouver une occupation. Bien sur il en était aussi pour beaucoup, un autre professeur n’aurait peut-être pas eu le même impact sur moi.

Il était plein de charme, derrière son air un peu rabougris il avait une chose de mystérieuse, je mourrais d’envie de lui poser des millions de questions, de découvrir qui il était. A chaque fois lui s’était permis de m’adresser toutes sortes de questions parfois intime, et souvent il donnait l’impression de me connaître. Alors que moi lorsque j’osais lui en poser une seule, il répondait à moitié et je sentais qu’il était gêné, il préférait changer de sujet, se mettre au piano…

Ce soir là alors que je me rendais pour ma 11ème leçon, je sentais une pression particulière, j’avais les mots de ma fille qui résonnaient dans ma tête, comme si elle avait voulu me prévenir que ma relation avec cet homme était étrange. Mais c’était stupide je me contentais d’idolâtrer un peu mon professeur comme ça aurait pu l’être à l’époque du lycée, rien de plus.

Notre leçon dura une heure, comme d’habitude, il n’y eu aucun échange particulier, jusqu’à l’heure de partir où  j’aperçus des bouquins d’Albert Camus sur une étagère. Je m’avançais pour les scruter et plus j’analysais sa collection plus je m’apercevais qu’il les avait tous, jusqu’au recueil des lettres qu’Albert Camus s’était échangé avec René Char.

-          Vous avez même les correspondances avec René Char

-          Oui entre autre, pourquoi ?

-          J’ai toujours apprécié cet auteur, et je me souviens qu’on m’avait conseillé de lire ces correspondances. J’ai acheté tous ses livres sans exception, mais jamais celui-ci. Camus m’a toujours suivi.

-          Il vous intéresse ? Vous pouvez me l’emprunter si ça vous tente.

J’ai attiré ce livre précieusement au creux de mes mains, comme s’il s’agissait d’un trésor, j’ai toujours aimé les livres, la texture de la feuille, leur essence même pour moi est un bonheur. Je me suis assise sur le canapé pour le feuilleter un instant, je ne pensais pas l’emmener chez moi, c’est alors qu’il est arrivé et ma tendu un verre de vin.

Il s’est assis à côté de moi et nous avons parlé pendant un long moment, peut-être pendant deux heures. Nous échangions des rires et surtout il prenait le temps de m’inculquer son savoir, qui était loin de se limiter à celui de la musique.

D’un coup il y eu un silence, nous nous regardions droit dans les yeux et c’est seulement à ce moment que j’aperçus l’horloge derrière lui, qui affichait 23h05.

Je me suis levée d’un bond, j’ai pris mon manteau et je me suis enfuie en m’excusant, tout en laissant le livre derrière moi.

Pendant le voyage de retour je me sentais tellement coupable, comment avais-je pu oublier l’heure à ce point et laisser seul mon mari avec les enfants. Quand je suis rentrée dans la maison tout était déjà noir, alors je me suis glissé discrètement dans le lit.

-          Tu rentres bien tard ce soir

-          Je suis désolée la leçon a duré un peu plus longtemps que prévu et il y avait un accident sur la route.

-          J’espère que ce n’était pas trop grave, dors bien chérie.

Je n’avais pas eu un seul reproche, pas même le moindre doute, il avait une confiance absolue en moi et je tentais de me convaincre en me disant qu’après tout il avait raison, je n’avais rien fait de mal, juste oublié l’heure.

La semaine qui suivit, je du décommander ma leçon, ma fille Lisa souffrait de la grippe et mon mari devait partir pour un voyage d’affaire, il avait aidé à ouvrir plusieurs filiales de son entreprise à l’étranger et il devait se rendre en Pologne pour vérifier que tout fonctionnait correctement aujourd’hui.

Jimmy ne semblait pas vexé de la nouvelle, et il finit par me dire au téléphone que je pouvais récupérer le livre quand je voulais, il n’en avait pas besoin.

-          Pourquoi pas ce soir en passant.

Pourquoi pas ce soir en passant, en ramenant Lisa de chez le médecin je pourrais y passer, juste 5 min et récupérer le livre, il n’y a aucun mal à ça.

Non ce qui était mal c’était surtout la joie que je me faisais à l’idée de le revoir, lui plus que son livre.

Nous avions tellement discuté ce soir là, je sentais que sa vie avait été mouvementé et qu’il avait sans doute exercé un métier compliqué et déplaisant pendant plusieurs années. Il se confiait sans trop se confier mais ça n’enlevait rien à la douceur qu’il pouvait avoir dans ses gestes et ses mots, mais il n’y avait rien de déplacé, jamais.

Ma fille s’était endormie à l’arrière de la voiture, mon garçon était chez un copain pour la nuit, je n’avais donc pas en m’en faire. Je me suis dirigée vers chez lui avec toute l’innocence du monde en moi, du moins je m’en étais persuadé.

Il m’attendait chez lui avec son même « entrez », toujours serein, toujours souriant. Le livre était posé devant lui sur la table du salon.

-          Je ne vous invite pas à boire un verre cette fois-ci, je suppose qu’on vous attend.

-          Oui ma fille est dans la voiture.

Je n’avais pas enlevé ma veste je ne voulais pas m’attarder, surtout pas… Il se leva et pris le livre, me raccompagna jusqu’à la porte, il me le tendit tout naturellement. Mes yeux étaient plongés dans les siens, comme si nous nous parlions sans rien dire, il n’y avait pas besoin de mot pout exprimer la frustration de cet instant, il sourit et finalement m’embrassa sur la joue, sans me laisser le temps de répondre il avait ouvert la porte et m’avait laissé m’enfuir dans mon automobile.

Le temps de m’y assoir j’entendais déjà la mélodie du piano envahir le quartier, un air romantique et triste, qui coulait et raisonnait contre les murs des maisons.

Je ne comprenais pas ce que signifiait ce geste, pourquoi avait il eu un élan de tendresse comme ceci envers moi, avais-je provoqué ça chez lui ?

Je n’ai pas vu passer le retour jusqu’à chez moi, le trajet je l’avais fait automatiquement et sans y réfléchir, s’en était presque inquiétant car quand je me suis enfin réveillée j’étais à deux pas de ma maison.

Après avoir délicatement porté ma fille jusque dans son lit, je m’étais assise dans le salon un verre de vin à la main, je ne sais pas pourquoi mais j’avais une irrésistible envie de boire du vin, ce qui d’ordinaire ne m’arrive jamais, du moins seule. J’étais rongée de remord, je ne comprenais toujours pas ce que ce geste voulait dire.  Je savais que j’avais toutes les raisons de me sentir coupable, et je l’étais. A chaque fois que j’y repensais, j’avais l’image de mon mari qui venait me traverser l’esprit, mon cœur se nouait toutes les 10mins.

Je savais très bien que je jouais avec le feu, et que retourner le voir c’était me mettre délibérément en position d’adultère, pourtant il n’en était pas question, même hors de question. Pour moi en réalité, il n’est question que de séduction, un homme qui rappel a une femme qu’elle peut-être encore très désirable, même après avoir eu 2 enfants. Et puis il fallait bien l’avouer j’étais devenue complètement accro de ces leçons de piano, je me sentais femme au travers de son regard mais surtout c’était mon instant de liberté, celui où je pouvais m’accorder ce qui me plaisait, en quelque sorte du plaisir, sans pour autant céder au plaisir charnel, ça c’était interdit. 

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