Un conte d'Halloween

Eric Varon

Conte


 

Monsieur Repu a trouvé une cacahuète dans son kouglof alsacien

 

 La cacahuète ne pousse pas en Alsace donc ce Kouglof n'est pas traditionnel s'exclame monsieur Repu.

 

Il s'en alla voir le boulanger qui fabriquait les kouglofs. Le boulanger habitait pourtant dans une maison sérieuse. Pas du tout la maison de quelqu'un qui met une cacahuète dans le kouglof.

J'ai trouvé une cacahuète dans mon kouglof ce n'est pas sérieux ditMonsieur RepuCe n'est pas sérieux mais c'est délicieux, c'est imprévu comme un feu d'artifice,qui craint d'aimer les cacahuètes, à tort selon mon sens. On meurt d'amour, on languit, on soupire. J'aime tant les cacahuètes, je les adore.

Mais Monsieur Repu avait le cœur, vide de grandes passions, il était sourd aux voix de la cacahuète, et malgré tous ses efforts, il ne put jamais distinguer la grillée de la salée. Il s'occupait d'économie politique, c'est-à-dire qu'il pouvait expliquer comment un empire augmente ses richesses, comment il se soutient, et pourquoi il n'a que faire de l'or s'il possède un sol productif et abondant, mais il ignorait tous des végétaux.

 

Cependant le boulanger croisa les bras sur sa poitrine en signe de farouche détermination et se plaça sur le seuil de sa boutique indiquant qu'il ne changerait pas d'avis. Des dames passèrent et Monsieur Repu les héla espérant obtenir leur témoignage, mais celles-ci, fines mouches ne voulurent pas se mêler de cette querelle disant :

Nous conduisons nos doux enfants à l'école et nous avons peur d'être en retard.

Le boulanger et Monsieur Repu se méprirent sur cette liaison de la terminaison du mot doux et dirent ensemble :

Mais ils ne sont que trois et pas douze, vos enfants !

Les dames éclatèrent d'un rire joyeux à cette méprise et disparurent à l'horizon  en disant « douze enfants, douze enfants !! » ….

 

Quand elles revinrent, ils étaient toujours devant  la boulangerie à se disputer. Monsieur Repu levait les bras au ciel, le boulanger gardait les bras croisés, l'air farouche secouant la tête de gauche à droite et de droite à gauche.

« Ces nigauds sont encore occupés par leur querelle » dirent-elles tout bas.  « Il faut débloquer cette situation par une ruse féminine ».

 

En réalité dit Madame Fine-Mouche  aux deux protagonistes, il y avait un boulanger Alsacien sur la Santa-Maria en 1492 quand Christophe Colomb découvrit l'Amérique. Il était accompagné d'une cigogne qui guidait le navire et allait chercher les bonnes choses qui pouvaient se manger à terre. La cigogne un jour vit une île déserte à  bâbord il sentit la douce brise caresser son long bec apportant une odeur de cacahuète. C'est ainsi que le boulanger de la Santa-Maria eut l'idée de mettre une cacahuète dans le kouglouf. D'où le nom qu'on donne parfois de Christophe Kouglouf à une île des Antilles.

 

Les deux querelleurs s'arrêtèrent surpris de ce nouvel éclairage des faits. Voilà qui bouleverse nos connaissances, il faut réfléchir à tout cela dirent-ils en prenant leurs têtes entre leurs mains pour contenir un flot de pensées.

 

Cependant l'institutrice la soeur de Madame Fine-mouche avait préparé du potage au potiron pour les enfants pour Haloween. Elle avait disposé la soupe dans une soupière en forme de chapeau noir et pointu et avait posé une araignée en matière plastique noire sur le coin de la soupière. Elle dit : « les enfants c'est le potage de la sorcière, c'est trop fort pour vous il ne faut pas en manger », puis elle quitta la classe un instant. Les petits se regardèrent, ils avaient bien la même idée : goûter la soupe fumante de la sorcière avec sa jolie couleur orange et la bonne odeur de légumes et de crème mélangés. Mais c'était défendu. Petit Pierre qui voulait affirmer son autorité sur la troupe se décida le premier le saisit délicatement une cuillère posé sur une serviette près de la soupière et prélevant un peu de soupe, souffla bien fort dessus pour la refroidir et posa une petite quantité de potage de la sorcière sur le bout de sa langue rose. « C'est trop bon ! Dit-il » l'air ravi toute la petite bande se saisit des cuillères en voyant que petit Pierre ne c'était pas transformé en crapaud. Vous avez mangé toute la soupe de la sorcière dit l'institutrice en revenant vous allez devoir apprendre une poésie et danser une ronde dans la cour pour dissiper les effets magiques.

 

Le Petit Pierre tout content d'avoir goûté une bonne soupe de sorcière, remarqua le boulanger à côté de l'école il lui demanda  à travers la grille de clôture: « Dis Monsieur pourquoi est-ce que je suis venu au monde ? » Le boulanger dit : je ne sais pas pour toi, mais pour moi c'est l'odeur du pain frais le matin, l'odeur des gâteaux en train de cuire qui m'a mis au monde. C'est la gourmandise la faim qui nait en sentant les bonnes odeurs de la fournée du matin, la joie des clients qui attendent quand ils voient arriver dans la boutique les petits pains au chocolat,  les brioches chaudes et les croissants et les Kouglouf à la cacahuète (avec un regard oblique vers Monsieur repu qui fit semblant de n'avoir point entendu).

 

Petit Pierre demanda à Monsieur Repu : « Pourquoi est-ce que je suis venu au monde ?», Monsieur Repu répondit je ne sais pas pour toi mais moi ce qui m'a fait venir au monde c'est l'amour des chiffres et des nombres. On dirait une petite fourmilière au début tous ces signes avec leurs pattes noires, mais ensuite j'y mets bon ordre par le calcul. Les chiffres s'organisent ils forment une colonne et je peux calculer le mouvement des planètes les durées des journées, mes impôts, le prix des bonbons tout peut se calculer. Voici pourquoi je suis au monde : pour le calculer entièrement.

 

Alors Petit Pierre demanda à sa maman : « Pourquoi est-ce que je suis venu au monde ? » et sa maman répondit c'est à cause de l'amour, quand on s'aime si fort il faut avoir un enfant avec qui partager. « Est-ce que tu seras toujours là pour moi ? ». Elle lui montra une étoile qui apparaissait dans le ciel « je serais toujours ta bonne étoile, ait confiance ».

Cependant les autres enfants regardaient dans un petit miroir avec inquiétude leurs dents pour voir si elles ne devenaient pas verte sous l'influence de la soupe de la sorcière. Voyant qu'il n'en était rien ils reprirent leur ronde en chantant :

Nous avons mangé la soupe de la sorcière

Nous avons bien vidé la soupière

Nous pouvons voler sur un manche

A balais mais nous préférons un aspirateur

Qui vole plus vite avec son réacteur

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