Un monde de morne nuit

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D'autres textes sur ma page Facebook : https://www.facebook.com/BlackWordPage/ Dessin : Santiago Caruso - Des paysages


Il était impossible de déterminer depuis quand la nuit avait commencé.


Une journée ? Une année ? Une éternité ?


Même les plus anciens d'entre nous ne pouvaient en être certain.



Les seules lumières qui nous parvenaient, apparaissaient et disparaissaient au hasard autour de nous, nous permettant de voir brièvement le monde et ce qui nous entoure, même s'il n'y avait jamais rien d'intéressant sur lesquels nous focaliser.


Certains en étaient venus à penser que nous étions nés aveugles et que ces lumières n'étaient que les hallucinations de nos pensées, reflétant le vide de nos esprits égarés.


Personne ne pouvait prouver que cela était faux, comme personne ne pouvait prouver que c'était vrai. Une simple interprétation de notre réalité qui tentait d'expliquer, de rationaliser, cette dernière.


Toutes ces réflexions, ces propositions, étaient devenues semblables à ces lumières. Apparaissant et disparaissant au hasard, nous permettant brièvement de voir, avant de n'avoir que le vide à contempler.


Mais peut-on vraiment leur en vouloir de chercher à expliquer un tel monde ?


Une nuit éternelle et un désert infini, peupler d'être aux voix usées, aux corps affamés, aux esprits égarés et aux yeux embrumés d'obscurité. Se nourrissant du peu de vie qu'il était possible de trouver, s'endormant sur le sable au risque de s'y enterrer, errant inlassablement sans but, à part peut-être en étant en quête d'un signe pouvant prouver qu'ils existent.



En ce qui me concerne, à un moment donné, je me suis levé et j'ai marché droit devant moi en me disant simplement que, peut-être, je pourrais trouver quelque chose. Que je finirais, à un autre moment, par me reposer et probablement, à un prochain moment, par me relever pour me remettre à marcher. A moins que je finisse par m'endormir sans jamais me réveiller.

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