Vague flamme

Yeza Ahem

Texte issu d'un atelier d'écriture où l'on écrivait sur des cartes du jeu Dixit (Libellud)

Cela faisait huit mois que nous voguions sur les flots de l'Atlantique. Nous étions douze à bord, à vivre ensemble chaque minute, chaque moment. Nous n'avions qu'un seul dessein : tenir la barre et trouver. Trouver quoi ? Nous ne le savions plus trop. Mais nous nous souvenions qu'il avait été question d'une expédition en quête de reliefs d'une civilisation antique − mythologique ? − enfouie en-dessous de nous.

Cela faisait huit mois que nous avions quitté la terre et nos ancrages, huit mois que notre seul horizon était celui de la courbure de la terre, de la crête des vagues. Notre bateau, mélange de bois, métal et plastique, était devenu notre foyer, notre prison.

En haut de la vigie, j'aimais l'impression de solitude que je ressentais. Libérée des tâches manuelles, délivrée de l'obligation de penser, je n'avais qu'à regarder, au loin ou tout près. Mon esprit, alors, souvent, vagabondait. Les flots devenaient vastes prairies, banlieues sinueuses, ou langues de flammes. Seule en haut du mât, j'était cavalière émérite sur la croupe d'un cheval au galop, Catwoman en haut d'un building, observant les souris pressées à ses pieds, ou jeune femme en détresse sur son balcon, criant pour appeler les secours à sa rescousse. Le temps passait, certains diraient que je dormais. Et pourtant, tout me semblait si réel... Surtout ce vendredi de novembre. Je sentais l'odeur âcre de la fumée ; mes pieds me donnaient l'impression de griller ; des voix criaient à s'en arracher le gosier. Quel rêve ! Quelle réalité !

Je continue à voguer, mais davantage à la manière d'un oiseau, au-dessus du niveau de l'eau. Je suis prisonnière de cette mer. Ma prison s'est agrandie : l'océan où repose le bateau est mon nid.

Licence CC : BY-NC-SA

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