Vienne 1900 - L'Actualisation Freudienne

Kal Sha

Interprétation de la psychanalyse comme d'une construction épistémologique typique du contexte economique, social, scientifique & culturel "Vienne 1900" et sa "joyeuse apocalypse"...

U.E – 6 Psychanalyse des processus inconscient


Vienne 1900 – « L'actualisation »  Freudienne.

Plan

    Introduction
« Vienne 1900 » : l'espace transitionnelle
Contexte social et historique de la transition Viennoise
Les « squiggles » de la construction psychanalytique
III.a – La Sécession: Egon Schiele
III.b – Littérature: “le romantisme des nerfs : Jung-Wien”
III.c – La philosophie et les sciences de « Vienne 1900 »

  Conclusion : psychanalyse, « l'actualisation   Freudienne ».


Bibliographie en annexe


Introduction :


Nombres de commentateurs pose la question du possible de la création de la psychanalyse hors du contexte Viennois. Le postulat de ce dossier et que la psychanalyse Freudienne et une « construction » Viennoise, construction au sens d'un travail d'élaboration de l'analyste Freud à partir de matériels Viennois donné comme épars à travers diverses manifestations sociales, culturelles et scientifiques de « Vienne 1900 ».


« Vienne 1900 » comme carrefour épistémologique historique, comme « espace transitionnelle » dans l'histoire de la pensée où l'Homme devient à lui-même son propre sujet, débarrassée des oripeaux de la pensée magique ou de la transcendance divine, laissé seul face à l'absurde de son humaine condition, permettant ainsi l'émergence d'une nouvelle approche su « Sujet / Homme », permettant ainsi une nouvelle éthique du soin dont la psychanalyse est « l'actualisation » historique.

« Vienne 1900 » : l'espace transitionnelle

Dans ce travail nous aborderons « Vienne 1900 » comme un espace transitionnel, au sens de Winnicott, champs de rencontre entre tradition et modernité, dont par ailleurs le style Baroque dans sa tentative de fusion « Passé/Présent » est une expression typique, transition entre un monde ou l'homme est surdéterminé par des causes qu'il ne peut maitriser (pensée magique, transcendance divine, structures et code sociaux pesant) à un monde ou laissé à lui-même il se retrouve au prise avec l'absurde (au sens Camusien) de sa condition et face au champs des possibles de son auto-détermination, même si inconsciente…dans cette « actualisation » Freudienne, comme aurait pu le dire Deleuze, la psychanalyse se pose comme une rationalisation du destin de l'Homme.

Contexte social et historique de la transition Viennoise


  « La nature de notre époque est la multiplicité et l'irrésolution. Elle ne peut s'appuyer que sur « Das Gleitende » (ce qui bouge, ce qui glisse, ce qui échappe) et elle à conscience que ce que les générations antérieures croyaient être fixées n'était en fait que Das Gleitende. »
Hugo Von Hofmannsthal


La période de l'histoire Viennoise qui nous intéresse pour ce dossier cours de 1867, et l'instauration de la double monarchie Austro-Hongroise, jusqu'à la première guerre mondiale qui marqua le déclin irrémédiable de la cité qui deviendra le mythe « Vienne 1900 », le mythe de la modernité….


C'est une période très troublé, sous le faste du mythe, la « joyeuse apocalypse », l'empire autrichien implose de partout. Au tension entre les différentes ethnies ( de 15 nations différentes pour 54 millions d'habitant) émigré de tout l'empire s'ajoute au cœur même de Vienne des tensions socio-politique lié à la monté du libéralisme provoqué par la montée en puissance, comme dans nombre d'autres pays à cette époque en Europe, des classes bourgeoises qui progressivement par les leviers économique et culturel deviennent la nouvelle classe dirigeante en lieu et place de l'ancienne aristocratie ce qui bouleverse la société et ses repères. Le bouleversement s'opère à une vitesse prodigieuse, ainsi la population Viennoise passe de 900 000 en 1870 à plus de 2 000 000 en 1910. Au niveau urbanistique aussi le chamboulement est prodigieux, en incluant à la cité Viennoise les villes limitrophes la superficie de la ville était passée de 55km carré à 178, divisé en dix-neuf arrondissements.


Les vieux remparts qui ceinture la ville et l'étouffe dans son développement plus qu'il ne la protège sont rasés, on construit en lieu et place ce qui seras le somptueux boulevard de la « Ringstrasse » et ses édifices monumentaux construit de part et d'autre. Entre 1860 et 1890, une surface d'à peu près 1,6Km carré, majoritairement dans le 1° arrondissement, se couvre de lieux dédiés à la culture (opéra, Burg Theater, musées), d'hôtels particuliers ou d'immeubles de rapport, et d'imposant bâtiments à vocation politique, commerciale ou éducative (Hôtel de ville, parlement, bourse, université, école des arts décoratifs). C'est une époque où l'architecture viennoise et internationalement renommée pour son style baroque « historicisant » (ses célèbres architectes Johann Bernhard Fischer Von Erlach et Johann Lucas Von Hildebrandt, l'ère du Ring avec les somptueuses constructions de l'historicisme, et enfin la Vienne des années 1900 à 1918. Otto Wagner, Josef Hoffmann et Adolf Loos s'y sont illustrés comme architectes), dont la volonté de mise en abyme « Passé/présent » est le symbole d'une transition brutale entre passé et modernité ou l'on cherche ses repères, son identité, quête centrale de la psychanalyse Freudo-Viennoise.


Le XIX° siècle à Vienne, entre tiraillement socio-économique et revendication nationalistes, laisse place à une victoire de la bourgeoisie, constitué en classe par sa fonction et ses possessions, elle investit en masse le secteur économique, les universités (laissé vacantes par la tradition d'oisiveté des classes aristocratiques) et la culture dont elle fait le vecteur de son « aristocratisation » par l'esthétique. La période « Vienne 1900 » est un époque troublé ou à travers la fulgurance des modifications du champs social, des valeurs qui fondent la société traditionnel en voix d'extinction, l'Homme Viennois est laissé à lui-même, c'est le point de départ d'une quête, jamais achevé, qui amènera dans son sillon les « génies » Viennois, en quête d'eux même et d'une identité perdue,  « objet à jamais perdue », dans nombres de domaines…a commencé par celui qui nous intéresse ici, la psychanalyse…

Les « squiggles » de la construction psychanalytique

Au sein de cette espace de transition qu'est « Vienne 1900 » ce sont fait jours ce que l'on pourrait comparé à des « objets transitionnel » parce que l'artiste, l'intellectuel « Vienne 1900 » y expérimente, sans le savoir, la transition vers une nouvelle conception du « Sujet/Homme », ces « objets de transition » (Par exemple les œuvres d'Egon Schiele), Freud aura avec cela un lien comme l'enfant avec le « squiggles » du psychanalyste, cette culture  « Vienne 1900 », son architecture baroque, son art « sécessionniste », sa littérature des « nerfs » enclin à l'introspection psychologique, ses avancées scientifique majeure sont ce qui initie, avant même que Freud ne le formule, la psycho-analyse, la psychanalyse comme quête de cette « identité – objet » perdu qui, depuis lors, n'a de cesse d'être dans la relation de chaque « analysant » à son « analyste » le « squiggles » moteur de l'auto-détermination par la prise de conscience.


III.a La Sécession :


« …le mouvement sécessionniste a tenté de rendre compte des effets du désir sur le corps, comme Freud tentait de rendre compte des effets du désir sur la psyché.»
Serge Lesourd, in « Freud & Vienne, Freud aurait-il inventé la psychanalyse s'il n'avait pas était Viennois ? » Ed érés 2004, P97.


« Un art psychologique, c'est cela la sécession, c'est ce qu'elle veut être. Elle a rompu avec les formes apprises : à la place de l' « ambiance », du « beau » et du « grand » tels que les enseigne M. le professeur, elle a substitué l'ambiance, le beau, le grand tel que l'artiste les a trouvés en lui-même. C'est cela sa jeunesse, sa force, son importance ! Comme tout art, celui de la sécession est personnel et individuel mais comme aucun autre jusque lors elle explore l'intériorité et son esthétique »
Michael Pollak, Vienne 1900

Egon Schiele :
Egon Schiele est une comète au sein de la constellation « Vienne 1900 », né en 1890, mort en 1918, à 28 ans donc, en quelques années il peint environ 300 toiles et plus de 3000 dessins qui peuvent être considéré comme « symptomatique » du changement de perception de l'homme par lui-même qui s'opère à l'époque tout autant que de la quête d'identité « Vienne 1900 ».


La première chose qui frappe au regard d'une toile de Schiele est la distance à laquelle celle-ci nous tiens en respect. En effet impossible de ce reconnaitre d'instinct dans ces corps aux chairs torturés, biffé de rouge, de vert, de brun, tenant des poses « extrêmes », apposé sans aucune fioriture sur des fonds monochromatique qui viennent renforcé l'effet d'incarnation des corps autant que celui de froideur/distance du traitement. Le sujet de Schiele est un Homme travaillé au corps par Eros & Thanatos dans une dynamique dialectique sous tendu par la quête d'un objet perdu, ou pour le moins diffus, confus et brouillon, cette « jouissance archaïque » du sentiment omnipotent du Moi « unifié » quête de toute la « Vienne 1900 ».
Ce qui nous intéresse chez Schiele, pour ce dossier, et ce traitement de l' « Homme/Sujet » qui fait sa modernité et sa spécifié dans le contexte historique de l'art. En effet, avant lui, dans les canons esthétique jusqu'alors en vigueur la représentation du corps et dédoublé entre signifiant [Eden] et la chair en tant qu'elle échappe à la signification [enfer] marqué par la prévalence du religieux dans le champ culturel. Schiele rend à l'Homme sa chair, la possibilité de sa jouissance et se faisant place l'Homme (et c'est là la fonction du fond monochromatique) dans son absurde condition « Schielienne » et « Freudienne », celle d'objet du désir. Ce faisant il opère une mise à distance du sujet de ses toiles qui nous le donne à regarder en tant que « Homme/Sujet », Homme sujet à lui-même dans le travail du désir sur son corps comme chez Freud sur la psyché.


Ce qui fait de Schiele un « squiggles » Freudien est bien entendu le parallèle du sujet traité chez le sécessionniste  et chez l'analyste mais c'est aussi cette posture d'ignorance du second à l'égard du premier et de ses compères (Gustav Klimt ou Kokoshka…) ignorance, qui tel le travail du « squiggles » fît retour si l'on se fie à cette confidence de Lucian Freud, le petit fils, et peintre lui aussi de la chair, qui reconnaissait un maitre de sa peinture en… Egon Schiele (Voir « Freud & Vienne »)
Il est à noter aussi que l'œuvre de Schiele ce caractérise par l'omniprésence de l'autoportrait qui fait écho à cette quête d'identité Viennoise et psychanalytique, cette quête de « Soi » que l'on retrouve dans la littérature « Jung-Wien » autres « squiggles » freudien.

III) Le «romantisme des nerfs » : Jung-Wien


Dans l'effervescence intellectuelle et artistique des années 1890 se constitua un groupe de jeunes écrivains qui se voulaient les représentants d'une culture et d'un art nouveau, tout comme les sécessionnistes. Les « Jung-Wien ».
Comme on a pu le voir précédemment, tout, dans cette Vienne 1900 émane de ces changements socio-culturels brutaux et en littérature plus qu'ailleurs cette prévalence du contexte domine.
En effet, suite à la monté du libéralisme les vieux systèmes de censure institué par l'état pour la préservation du sentiment d'unité nationale ont périclité laissant place à un champ des possibles que les auteurs de l'époque vont investir, tout comme les célèbres « café Viennois ». Le « Griensteidl » est le plus connu d'entre eux. La bas de jeunes écrivains se retrouve et fomente la nouvelle littérature autrichienne caractérisé par  ce sentiment fondamental que tout phénomène est fugitif (« Das Gleitende » : ce qui bouge, ce qui échappe dira H.von Hofmannsthal), qu'apparence et réalité se confondent et que la mort est omniprésente, sentiment qui trahi un trouble individuel et collectif omniprésent, trouble qui transforme la littérature Viennoise en littérature de l'introspection psychologique, jusqu'à devenir le paradigme d'une « littérature des nerfs » car le « surmenage nerveux » en cette fin de XIX° siècle ou l'industrialisation et les bouleversements sociaux font rage est devenu un sujet d'actualité. Ce n'est pas un hasard si l'irruption de l'inconscient dans la littérature coïncida avec les travaux de Freud. Il existe un lien très fort entre la « psychanalyse » naissante et la « littérature des nerfs » Viennoise, celui s'observe tout particulièrement dans l'œuvre d'Arthur Schnitzler qui fut le premier à utiliser le procédé du « monologue intérieur » du sujet dans la littérature de langue allemande, l'imprégnation sexualisante de son œuvre (ex : « Der Reigen » : « La Ronde » qui lui valut le qualificatif de « pornographe » à l'époque) pour finalement être celui que Sigmund Freud reconnu comme son « double » : « Depuis plusieurs années, j'ai pu me rendre compte de la conformité profonde de nos conceptions en ce qui concerne maint problème psychologique et érotique[…] ». De son côté Schnitzler, lui-même médecin de formation et homme de littérature, percevait Freud comme son jumeau spirituel.


On retrouve dans l'œuvre de Schnitzler cette même remise « in situ » du sujet, la question du désir comme chez Schiele, mais ce qui le caractérise est ce dialogue de l'intériorité du sujet que se propose d'explorer la psychanalyse…


Outre Schnitzler, Freud et leur lien si particulier le « romantisme des nerfs » compte d'autre grand représentant tout aussi symbolique de l'esprit qui animé la Vienne de cette époque et dont l'esprit imprégné la psychanalyse tel Hugo Von Hofmannsthal et sa « Lettre de Lord Chandos » ou il érige en thème la critique de la langue, Robert Musil dont l'œuvre colossale traitant de la fin d'une époque, en n'en décrivant le déclin avec un précision scientifique reste symbolique de ce « Das gleitende » auquel répond la psychanalyse.

III.C  La philosophie et les sciences de « Vienne 1900 »


« Entre 1900 et 1910, Vienne est un des grands centres intellectuels du monde, et Vienne n'en a aucune idée. Vienne ne fait pas caisse de résonance. Les mots et les pensées de deux à trois mille de ses habitants vont ébranler le monde au cours de la génération suivante. Vienne ne s'en doute même pas. Quelle étrange dichotomie ! »
Otto Friedländer, letzter Glanz der Märchenstadt, 1947


Précédemment nous avons évoqué les « squiggles » de l'actualisation Freudienne à travers les champs de l'art et de la littérature mais ce qui frappe le plus quand on se plonge dans l'histoire du mythe « Vienne 1900 » c'est la richesse du terrain philosophique & scientifique qui s'y est développé, terrain dont est issu le neurologue Freud.


Bien sûr il y a une multitude d'intellectuel et de scientifique qui ont émergé de Vienne à cette période depuis Franz Brentano, professeur de Sigmund Freud, jusqu'à Karl Popper et Eric Kandel en passant par Ernst Mach, Edmund Husserl ou Wittgenstein et tant d'autres. Ce qui est frappant c'est que cette « Vienne 1900 » est le dernier bastion des intellectuels polymorphe, qui vise, de manière quelques peu romantique, un désir de synthèse entre les lettres, les sciences, l'art et la culture (sans aucun doute amorcé via ce désir d'unité politique et sociale par l'esthétique propre à « Vienne 1900 »et la bourgeoisie de la ville dont son issu ces intellectuels…) une volonté « romantique » devenue pragmatisme baroque quand Freud en 1895 décide de ne pas courir après la crédibilité scientifique, en abandonnant son « esquisse pour une psychologie scientifique », afin d'installé la psychanalyse naissante dans un champs qui lui est propre descendant en droite ligne de cette volonté de synthèse des champs de savoirs.


Pourquoi Freud à Vienne plutôt qu'ailleurs…il n'y a qu'à regarder la profusion de travaux autour de l'esprit humain et la psychologie (Dont on peut noter qu'elle est là aussi commune d'avec les écrivains, artistes précédemment cités) Ernst mach, intellectuel et scientifique polymorphe (philosophe et physicien), fonde une psychologie de la perception qui le conduis à définir un sixième sens de « l'orientation » comme « résultant de l'intégration des vecteurs des autres sens sur la motricité de rappel à l'équilibre postural » qui se base autant sur les travaux des physiologistes et des médecins et qui est à l'origine du « principe de mach » en physique qui influencera Einstein pour sa théorie de la relativité restreinte, on peut aussi citer ces travaux en philosophies de la connaissance basé sur une vision évolutionniste il redéfinit la science comme une étape dans la tendance humaine à se conserver qui ne vise donc nullement la vérité de façon désintéressée. C'est pourquoi le principe fondamental de l'épistémologie machienne est le principe d'économie de pensée selon lequel la science est « un problème de minimum qui consiste à exposer les faits aussi parfaitement que possible avec la moindre dépense intellectuelle ». Avec cette « économie de pensée » on retrouve une thématique qui inséminera la conception métapsychologique Freudienne. On peut aussi citer Franz Brentano, « squiggles » Freudien s'il en est puisqu'il fut le professeur de S .Freud, philosophe et psychologue catholique allemand (devenu Autrichien et professeur à Vienne) connu pour sa remise au premier plan du concept médiéval d'intentionnalité qu'il tire de l'interprétation d'Aristote par Thomas D'Aquin et la scolastique du moyen-âge. Textes à partir duquel il tenta de fonder la psychologie comme science positive et empirique, mouvement que Freud entendra suivre jusqu'en 1895 et l'abandon de l' « esquisse pour une psychologie scientifique » pour en arriver à cette actualisation freudienne déterminante….


Conclusion : « Psychanalyse, l'actualisation Freudienne »


« La psychanalyse est pour ainsi dire née avec le XX° siècle ; la publication par laquelle elle se présente au monde comme quelque chose de nouveau, mon Interprétation du rêve, porte la date de 1900. Mais, comme on peut bien le penser, elle n'a pas jailli du rocher ni n'est tombé du ciel, elle se rattache à quelque chose d'antérieur qu'elle prolonge, elle part d'incitations qu'elle retravaille. »
Sigmund Freud


Ce n'est pas un hasard si la psychanalyse a vu le jour dans la « Vienne 1900 ». Un certains nombres de thèmes, pour ne pas dire tous ou presque, traités par Freud étaient du reste tout à fait dans l'air du temps : le moi ( mis à nu et à mal par les pertes de repères sociaux et l'effondrement quasi psychotique du sentiment d'unité social au cœur de Vienne), le rêve (omniprésent par exemple dans l'œuvre de Gustav Klimt), Eros et Thanatos (omniprésent aussi bien au cœur des œuvres du jung-wien » que dans celle d'Egon Schiele), des thèmes qui faisaient partie des sujets de prédilection de l'esthétisme Viennois et de l' « art des nerfs » impressionniste. Thème qui sont les « incitations » dont parle Freud, ces « squiggles » de la construction psychanalytique mais la question qui demeure est, quelle est la fonction de cette construction ?


On a vu dans la partie consacrée à la philosophie et au sciences au sein de « Vienne 1900 » avec Ernst Mach et son épistémologie que la « science » ou dans ce cas l'éthique peut se définir comme une étape de la tendance humaine à la conservation de l'espèce, qui ne vise donc nullement la vérité de façon désintéressé mais la « vérité » de l'adaptation et si l'on prend la psychanalyse dans cette perspective « adaptative » elle prend un sens tout à fait particulier, qui lui rend sa subversivité « originel ».


En effet, on l'a vu, Vienne « 1900 » et plongée dans une crise de société lié au brusque passage à la « modernité », notre « modernité », un passage qui ne se fait pas sans heurt. Ainsi les repères s'effondre, dans ce monde en mouvement qui tend vers un « autre » radicalement inconnu la morale traditionnelle ne fait plus sens, les structures historiques ne « repères » plus rien comme l'écrit si magistralement H. von Hoffmansthal :


« Mon esprit m'obligeait à regarder toutes les choses (...) à une distance inhabituellement proche, (...) de même en allait-il à présent avec les êtres humains et avec leurs agissements. Je ne parvenais plus à les saisir avec le regard simplificateur de l'habitude. Tout se décomposait en fragments, et ces fragments à leur tour se fragmentaient, rien ne se laissait plus enfermer dans un concept. Les mots flottaient, isolés, autour de moi; ils se figeaient, devenaient des yeux qui me fixaient et que je devais fixer en retour: des tourbillons, voilà ce qu'ils sont, y plonger, et ils tournoient sans fin, et à travers eux ont atteint le vide. »


Cet extrait, qui n'est pas sans rappeler un processus d'écroulement psychotique, fait écho au sentiment des Viennois à l'époque, au prise avec un effondrement de l'unité de pensé du sentiment de « Moi » culturel et si l'on reprend le point de vu épistémologique « Machien » on peut interpréter la psychanalyse comme une réponse à ce sentiment.


Comment ?...ce qu'il y a de nouveau avec la psychanalyse, à l'époque, c'est la perception de l'Homme en tant que Sujet, « l'«Homme / Sujet », en effet comme il est dit en introduction avant ce renouveau de la perception de l'Homme par lui-même celui-ci est considéré comme surdéterminé par des causes extérieur et insondable à son esprit (pensée magique, transcendance et religieux…)ces causes jusque lors structures la société par la religion et la morale mais à Vienne, sous le coup de la montée du libéralisme et des tensions nationalistes, cette « bulles » éclate et laisse les hommes face à leur absurde condition, tel le sujet de Schiele sur fond monochromatique laissé au travail de la chair par Eros et Thanatos, et laisse l'Homme face à l'inconnu irrationnel de son devenir…la psychanalyse se pose la comme la réponse, une réponse qui rationalise le destin de l'Homme, tant que faire ce peu entre désir, fantasmes et principe de réalité…


Et c'est dans cette réponse du « destin de l'Homme par lui-même » et son affranchissement de la tradition que réside la subversivité de la psychanalyse ! Freud libertaire ?... A moins que ce ne soit au libertaire de nous offrir une relecture de Freud, un retour à Freud.


Bibliographie

Freud et Vienne, Freud aurait-il inventé la psychanalyse s'il n'avait pas était Viennois ?
Receuil, sous la direction d'Alain Didier-Weil
Collection « actualité de la psychanalyse », Edition « érès »

Vienne 1900
Michael Pollak
Edition Folio Histoire
Chap IV – « Jung-Wien, de l'identité perdue à l'art pur ».
Chap V – « sexe et création »

Vienne Fin de siècle, ouvrage collectif sous la direction de

« La philosophie et les sciences à Vienne  autour de 1900 »
« Le mystère du rêve et le dévellopement de la psychanalyse »
« Un romantisme des nerfs, la littérature fin de siècle »

Vienne 1890 – 1920
Robert Waissenberger
Edition du Seuil

I. Le panorama urbain, formation & évolution
II. La politique à Vienne avant et après 1900
III. Société Viennoise
IV. Vienne, berceau de la psychanalyse

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