Zingaro

Marion Ploix

Hommage

Dans l'obscurité de la salle les sabots d'un grand cheval noir se font entendre et le voilà qui descend vers l'arène. Sa robe a été patinée, brossée, elle luit et absorbe la lumière en donnant à voir une peau au pelage soyeux que l'on aimerait toucher tant elle doit être douce.

L'homme l'accompagne. Il est vêtu de blanc et son visage est peint, comme pour incarner celui d'un personnage mythique, fantasmagorique. Il porte dans le dos un squelette d'ailes dont il ne reste qu'une armature de bois. Elles sont grandes ces ailes, gigantesques et transparentes.

Entre l'homme et le cheval, entre le noir luisant et le blanc d'un pantalon flottant et d'une chemise ouverte, il y a le regard. Le cheval s'est immobilisé devant l'homme blanc et ils s'étudient. On peut entendre leur dialogue muet qui se fait dense.

Le chant d'une femme vient alors remplir l'espace et apporte une couleur de douceur qui enveloppe.

La main de l'homme se tend vers l'encolure du cheval et lui offre une caresse que l'animal accepte. Puis l'homme se met à danser autour de lui. Il touche sans toucher, comme s'il demandait à chaque fois à renouveler un accord tacite. Il s'agit de donner, jamais d'exiger.

Cet homme qui danse, il paraît parfois se désarticuler. Il meut ses bras, ses jambes, comme autant de membres autonomes qu'il roule et déroule en cercles fluides. Puis, comme suite à une résolution silencieuse, il vient s'enrouler autour du cou de l'animal qui doucement descend au sol avec lui et tous deux se retrouvent, l'un couché, l'autre continuant à caresser, dialoguer, dans un échange qu'ils continuent d'entretenir et qui ne concerne qu'eux.

Voilà le cheval à présent sur le dos, dans une posture de fragilité totale, à la merci de l'homme grand et mince, qui d'une caresse l'incite à tendre une patte, puis l'autre, puis les quatre, comme autant de cadeaux qu'il nous offre, dans une mise à nu totale, un confiant abandon.

Il y a bien dans cet échange qui nous est offert en partage la chose précieuse et rare du don, parce que cette mise en abîme n'a été rendue possible que dans la confiance et l'amour.

Le cheval et l'homme sont à nouveau debout et l'ange déchu a posé sa tête contre celle de l'animal comme pour un remerciement muet que l'obscurité vient aspirer.


Marion Ploix
décembre 2015

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