A JACKY

Pierre Pérès Allouche

Elle s’appelait Jacky. Elle était infirmière, et moi, infirme de cœur.

 

A la recherche d’une autre raison d’aimer. Est-il vrai que le cœur a ses propres raisons ? Mon cœur, mon pauvre cœur, avait perdu la sienne. Quelque artère qu’il empruntait, il se trompait de chemin ; mon cœur n’avait pas de veine.

 

Toujours à la recherche de ce fil d’Ariane qui conduit du bonheur au bonheur sans jamais trouver le véritable sentier qui mène à la sortie du labyrinthe de nos passions.

 

Chercher, toujours chercher des raisons d’être heureux. Mais, de cette ivresse qui sans cesse se refuse, je poursuivais le remède à ce mal impossible ; aimer sans être aimer. Hémiplégie du love story.

 

L’amour à sens unique, comme un sixième sens qui n’aurait aucun sens. L’ouïe sans la musique. La vie sans la couleur. Le goût sans la saveur. L’odorat sans l’arôme. Le toucher sans le vélin de sa peau, sa peau que je n’ai jamais touchée.

Etait-ce la revanche de ces instants de bonheur volés sans vergogne, de corps en corps, de lit en lit, d’indifférence en indifférence ?

 

La revanche des « je t’aime » sans retour ?

Pour peu que je me laisse aller à la légère,

Quand, pour un ventricule aux humeurs passagères,

Mon cœur se prend soudain d’une vive émotion

A l’idée un peu folle qu’un cœur d’infirmière

Puisse battre pour lui entre deux injections.

Ce n’est pas que la fièvre a pris d’assaut mon âme,

Ou que mes pulsations, au regard d’une femme,

Palpitent davantage au point que ma tension

Retranche, de ma vie, un hiatus à sa gamme ;

Mais je chante, à présent, sur un air d’impulsion.

Plus que les yeux fermés, j’ai les yeux d’un Œdipe.

Et ma voix, qu’une toux, malgré moi, prend en grippe,

Ne sait dire autre chose, à l’heure où je t’attends,

Qu’un delirium idiot de mots qui se dissipent ;

C’est la première fois que je suis « un patient ».

Le speech qui est mon fort et me met fort à l’aise,

N’est plus qu’une rumeur lorsque tes yeux de braise

Fondent sur l’hépatique amoureux que je suis.

Comme si j’émergeais d’un étrange malaise...

Que j’aimerais greffer mon sommeil à tes nuits.

Bien sûr, on se guérit de telle maladie,

Mais on porte toujours, sur les flancs de sa vie,

Comme une cicatrice, un côté douloureux,

Qui revient par période, à l’époque chérie,

Où l’esprit se souvient que le coeur fut heureux.

Recueil Le Coeur à Fleur de Plume Editions Laïus 2009

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