A travers les mailles...

cerise-david

Défi n°79 des Plumivores... je me prends au jeu...

Le soleil de plomb. Et cette chaleur... Et puis, plus rien. Un bruit sourd. Et le néant.


Mission de reconnaissance. Je n'ai rien eu le temps de voir... je ne sais pas où sont les autres. Je me réveille avec un sacré mal de nuque. J'ouvre doucement les yeux... Je suis seule et ligotée à l'arrière d'un vieux pick up. C'est de la vieille corde. Ça me sert. Je ne bouge pas... Beaucoup de poussière. On a du prendre les chemins vers les cimes. Je ne cries pas. Je n'ai plus mes équipements. Ils ont même pris mes Oakleys. Mes yeux me brûlent. Je ne lutte pas. Je dois garder mon esprit clair. Et mon énergie. Il faut que je vois et entende un maximum... pour après. Il y aura un après. Les autres vont venir me chercher... on se l'est promis. Sinon, je ferais ce qu'il faut. En attendant, gagner du temps. Et comprendre. De l'intérieur.


Je suis jettée dans une pièce sombre. Il fait sec. Chaud. J'ai un sceau. Je me mets dans le coin face à la porte. Toujours prête. Je me détends. Il faut écouter. Faire attention au moindre détail...


Une semaine. Je compte les jours et il ne se passe rien. Je ne les intéresse pas. Pas encore. Ils m'affaiblissent. J'ai un repas par jour mais leur bouffe dégueulasse ne me manque pas... je profite de ces longues journées pour rentrer en transe. J'ai appris à faire ça pendant un séjour en Inde. Je laisse mon corps ici. Je rejoins un autre endroit avec mon esprit. Ça demande beaucoup de concentration. Je n'en est jamais manquer et maintenant que j'ai tout mon temps... Je dois me focaliser... ça permet de raccourcir les journées. D'être ailleurs. D'échapper à çà...


J'ouvre les portes du garage de ma maison de plage. Je suis en vacances, j'ai abandonné mon loft pour quelques jours... Pas de cellulaire. Pas de montre. Je me lève et me couche avec le soleil. Pas forcément dans le même sens que lui... dans quelques heures il va tomber dans l'immensité bleu. Je décroche une des planches du mur. Petites vagues, mini malibu. Je gratte la wax abîmée. Elle se ramollit doucement entre mes doigts. Je pose la nouvelle. Mouvements circulaires. Le soucis du détail. "Plus tu mouilles, moins ça glisse"... j'aime bien leur slogan. Je n'ai pas touché et été touché depuis longtemps. J'ai oublié le goût sucré de la peau... à la place le sel sur mes cils me pique un peu les yeux. J'enfile mon maillot, ma peau est caramel... jusqu'en dessous du nombril. Je quitte la maison et cache la clef sous ma vieille boîte aux lettres. Bien longtemps que je ne reçois plus de courrier. Les graviers de l'asphalte chaud me blessent un peu les pieds... encore quelques mètres et me voilà plongeant les orteils dans le sable. C'est si doux. Je grimpe la dune, ma planche en équilibre précaire sur ma tête. J'ai toujours admiré les africaines qui portent des jarres si lourdes que leurs nuques devraient se briser... Les derniers badauds remontent dans l'autre sens. Ils me toisent, rien à enlever je suis à moitié nue. Pour le plaisir des plus mariés et ennuyés. Je souris aux enfants qui me pointent du doigt... C'est important de sourire.


L'eau est fraîche. Rafraîchissante. L'astre est immense. Rouge orangée. L'eau est presque saumonée. Rosée par l'aura qui se reflète. Tout est si calme. J'attache mon leash et me jette à l'eau. Je rame un peu et la planche glisse facilement à la surface de cet immense miroir... dans un léger bruissement. J'apperçeois un banc de petits poissons. Leurs écailles reflètent les derniers rayons du soleil... je passe la barre et m'assois sur ma planche. Mes cheveux perlent le long de mon dos. Je sens les cristaux de sel se former et emprisonner mon fin duvet blond. Je sens la brise du Nord qui se lève doucement. Demain le soleil sera encore là. Je le regarde couler doucement comme si il venait m'envelopper. Passer du solide et flamboyant au liquide et glacial... je respire. J'attends le rayon vert... mais il ne vient pas... au loin quelque chose abboie.


Je cherche l'air. On a mis un sac sur mon visage. Et on me balance de l'eau. Beaucoup d'eau. Je cherche l'air. Je ne cris pas. Je ne parle pas... Les autres vont arriver. Je l'espère. Je vois le soleil filtrer à travers les mailles de la jute... c'est l'heure. Le vrai voyage commence.

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