Actrice pourrie

mglow

Il y a de ces métiers qui ne s'improvisent pas.


J'entends crier tout au fond de moi. Ça résonne dans tout mon corps… J'en tremble. Les yeux se posent sur moi comme ils se posent sur les autres : sans insistances, sans inspirations. Je préfère qu'on ne s'attarde pas sur moi. Qu'on ne fasse pas attention à mon sourire forcé ni à mes yeux maquillés camouflant ma fatigue. Je ne veux pas qu'on y lise mon désespoir, mon envie de mourir, mon envie de tuer.

J'ai mal à la tête, au ventre, aux jambes, à l'entre-jambe. Je ne suis plus la même… Je le sais bien. Il m'a changé, il l'a changé. Ses grosses mains ont fait le travail. Sa bouche l'y a aidé aussi. Son être tout entier s'est transformé en machine sans âme…

Je suis devenue une actrice obéissante dont le rôle a été imposé. Je n'ai passé aucun casting pour me retrouver au devant de sa scène. Je n'ai eu aucun texte à mémoriser, aucune idée à proposer pour embellir mon personnage. Je suis tombée amoureuse du réalisateur. Du mauvais. Pourtant, il y en avait beaucoup. Ils faisaient parfois la file devant moi, me proposant des histoires de toutes sortes… J'ai aimé le danger. J'ai aimé l'homme et non l'histoire proposée. J'ai succombé au masque poussiéreux se tenant devant moi. J'ai cédé aux avances d'un malchanceux.

Aujourd'hui, je ne marche plus droit. Mes os, mes organes sont compressés en dessous de la boite. Je joue, nuit et jour pour le bien-être du mec posé sur son siège. Mon imagination se travestie à chaque pas sur la scène. Et, son regard se fait de plus en plus menaçant. Parfois, j'essaye… De parler, de proposer, d'arrêter… Parfois, j'aimerais ne plus être la femme au devant de son affiche. J'aimerais qu'il en trouve une autre plus expérimentée… Une perle rare qui ne se forcerait pas à le faire jouir par peur de devoir jouer plus de pièces encore…

J'entends crier tout au fond de moi. Ça résonne dans tout mon corps… J'en tremble. Les yeux se posent sur moi comme ils se posent sur les autres : sans insistances, sans inspirations. Je préfère qu'on ne s'attarde pas sur moi. Qu'on ne fasse pas attention à mon sourire forcé ni à mes yeux maquillés camouflant ma fatigue. Je ne veux pas qu'on y lise mon désespoir, mon envie de mourir, mon envie de tuer. Je ne veux pas jouer le rôle d'une accusée : répondre aux questions, me justifier, commenter. Je veux rester seule avec mon esprit qui saigne. Le cri de son désespoir tapisse mon être sans ménagement et je succombe sous les larmes, dans le noir.

 

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