AGENTE SCHLAK

suemai

PETITE NOUVELLE À LA CRIMINELLE

J'attends, cramponnée à mon flingue, comme tout bon flic. Zut 20h passé, je rate mon feuilleton préféré.

Je le sens à l'intérieur; souffle court; un crachat involontaire, un toussotement à s'en étouffer. Mais bien tapis dans cette pièce aussi sombre que ma crème de nuit, il m'attend. Mais qui est-il? Le flair, le flair de la débutante. Je dois m'y fier.

— Ici l'agente Shlack! Ici l'agente Schlak! Demande renfort, urgence renfort, dis-je d'une voix zézayante. Rue des confiseries! Rue des confiseries!
— Vous pourriez parler plus haut, je n'entends rien, me réplique le dispatche.

Mer... de Put... d'chio... j'ai les j'tons. Maintenant, il m'observe, je sens fort bien qu'il m'observe. Je pointe mon 45, droit devant moi. Il va déguster, me dis-je, afin de me redonner une certaine dignité. J'ai les j'tons. Soudain, un feu s'allume et je distingue une ombre se profiler. Je ne peux évaluer la distance. Tout comme la lune, le feu est menteur. Mais pourquoi un feu? Pas la moindre idée. Il doit se les cailler tout comme moi, enfin... passez-moi le cours d'anatomie. C'est que je m'y vois : J'entre, je me présente, on se fait pote et c'est la party guimauves. Ça y est, tous les symptômes de l'assassin-ami. Dire, j'ai laissé mes notes de cours à la maison. L'ombre se déplace, mais Oh! Oh! Pas vrai! Ils sont trois... là c'est la canicule cervicale. Mes neurones bouffent de la créosote. Je me sens déjà en balistique, ouverte de pied en cape. Ouche, ce bistouri... On m'avait mentionné la partie hallucinatoire. Je n'osais le croire et avec raison. Me voilà bel et bien coincée. Pas d'évacuation possible. Une clôture métallique d'un mètre me coupe toute retraite. Je fouille mon sac à main et je me refais une beauté. Pas question de crever toute laide. Mourrons dignement et maquillée. Je passe l'arme à gauche, enfin... c'est une façon de parler. Je suis horrible sans mascara. Les voilà. Ils me canardent. Je suis clouée au sol, scotchée à ma trouille. Je lève le drapeau blanc et je m'écris :

— Hey les gars, je m'refais une beauté et j'suis à vous! Qu'une petite minute!

Tout de même, ils sont cool. Ils cessent de tirer. Je note aussitôt. Je devrai témoigner. Ça plaide tout de même en leur faveur : « Acceptation d'obtempérer ». Soudain, j'entends une porte s'ouvrir. Je me retourne. Il s'agit de Mike, mon mari.

—Je peux savoir ce que tu fais dans la salle de bain, étendue dans la baignoire, avec ta trousse de maquillage et ton canard à la main?

Pas vrai... je ne sais pas si je dois jubiler. Un cauchemar, un put... de rêve à la con. Mike me saute au cou et me ramène au lit. Il me verse une tisane et me donne mon toutou préféré, tout en rajoutant, ça va, ça va aller, je suis près de toi Bernadette. Là je m'énerve, Bernie, pas Bernadette lui fais-je remarquer, Bernie Schlak, l'agente Ber-nie Schlak. Je débute demain et on me dit très prometteuse. J'étreins ma peluche et, vite fait, me voilà en filature de nuit.

J'entre au commissariat. J'ai les j'tons. Je prends place à mon poste de travail. On me complimente sur ma tenue, il semble que l'uniforme me va à ravir. La journée passe. Le chrono indique les 20 h. Je demeure toujours en position et en probation. J'entends soudainement :

— Ici l'agente Shlack, ici l'agente Schlak, demande renfort, urgence renfort, entend-je d'une voix zézayante, presqu'inaudible. Rue des confiseries! Rue des confiseries!
— Vous pourriez parler plus fort, je n'entends rien, répliquai-je.

Je finis par décoder. L'agente Schlak se retrouve en détresse. Je m'apprête à contacter les agents à proximité, lorsque je m'écris décontenancée :

—Mais...! Mais...! Je suis l'agente Schlak! L'agente Bernie Schlak, bord...

Selon le manuel, je me dois de dispacher, sinon j'perds mon job. Pas rigolo. Même si je postule pour un boulot au Mcdo, je serai recalée.

—Attention à toutes les voitures! Attention à toutes les voitures! L'agente Schlak en difficulté! Je répète, l'agente Schlak en difficulté! Rue des Confiseries!
—Agente Schlak, Agente schlak ici l'agente Schlak, les renforts sont en route! Tenez bon!

C'est alors que j'entends :
—Merde de saloperie. J'ai laissé mon mascara dans la baignoire.

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Note aux lectrices et aux lecteurs :
Ce texte, quoique donnant l'impression d'être sexiste, ne l'est pas. Bien entendu, comme il s'agit d'un texte comique, il aurait été difficile de mettre en scène des lampadaires. Je compte sur votre compréhension et votre rire.
Merci
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