Années-lumière

Christian Lemoine

Dos contre l'écorce rugueuse entre confort et rudesse, sur un banc tranquille, sous des branchages inclinés de fruits lourds et charnus ; un soir peut-être ; peut-être un soir d'été. Ombres de muscs opulents, parfums puissants, méandres de fragrances ployées ; dans le crépuscule, arbres et fruits dispersés à la vue en une trame inconstante, où jouent entre deux clignements d'yeux des constellations incertaines. Disons, un soir d'été. La nuque raide peut-être, à trop regarder par dessus soi les voûtes de cristal. Parfois, s'y glisse l'arc tracé régulier d'un satellite silencieux, ou peut-être l'appel saccadé des feux de position d'un aéronef, plus haut que l'onde sonore de sa parabole. Dans ces contrées en apesanteur innocentes de la chute, ignorantes du haut et du bas, inconnues de l'attraction ; devant les yeux, des mondes déjà perdus, des galaxies fossiles, des étoiles anciennes, mortes déjà, peut-être. Là-haut, dans des altitudes ingénues des verticales, plus fuyantes que des horizontales, dans des latitudes déboussolées, un astre où se projeter peut-être, d'où embrasser à des années-lumière la Terre en son passé. Y apercevoir des amours disparues, peut-être

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