Arts martiaux et spiritualité

Christian Le Meur



Lorsque l'on étudie la littérature concernant les arts martiaux, on est souvent troublé, voire pour certains, agacé par la place prépondérante qu'occupe le discours spirituel et ésotérique (shingon en japonnais) dans son enseignement.

Dans cette voie (Do), la pratique prend une place secondaire puisque la technique n'est en soi que le vecteur devant théoriquement mener à un niveau, qualifié par ses théoriciens, de pleine conscience universelle.


En 1955, dans une lettre de Maître Tsuda, adressée à André Nocquet (initiateur de l'aïkido en France), celui-ci mettait en garde les occidentaux contre un discours qu'il qualifiait de vulgaire si ceux-ci réduisaient l'enseignement des arts martiaux à une simple notion de self défense, faisant abstraction de toutes considérations morales, philosophiques.

Celui-ci affirmait en outre que les arts martiaux japonais ne peuvent se résumer à la simple maîtrise d'un panel de kata , inventaire d' exercices physiques ancestraux visant à découvrir et maîtriser des potentialités de la bio mécanique. Pour lui la connaissance ultime de la pratique doit aboutir à une prise de conscience du Soi, autrement dit à l'unification du moi avec le tout.


En occident l'enseignement des budos, calquant le schéma directif des politiques sportives s'en tient prudemment à l'éducation physique de la forme dans un cadre parfaitement défini qui répond aux mêmes critères que l'ensemble des autres pratiques, dévoyées par le culte de la compétition et son cortège de dérives.

Inévitablement cette antinomie sur la finalité des objectifs induit un questionnement.

Puisque les grands maîtres d'arts martiaux appréhendent la technique comme un simple accessoire , une sorte d'abécédaire permettant d' accéder à un état ultime qui va au delà du connu. Puisque nous occidentaux, de par notre conditionnement culturel, plaçons la finalité de la réalisation et la maîtrise d'un catalogue dans un critérium compétitif, pratiquons-nous la même discipline ou contentons-nous, tel de simples plagiaires, de satisfaire notre propre ego ?

Au vu de ce que j'observe depuis des années, ce questionnement rarement abordé est pourtant essentiel si l'on veut parfaire son chemin d'épanouissement dans l'étude des arts martiaux issus du courant Do.

Force est de constater que ce séduisant narratif se heurte trop souvent au mur des réalités .

Ces nobles disciplines se suffiraient à elles-mêmes si elles n'étaient pas si souvent réinterprétées par un certain nombre de missionnaires à la pensée confuse qui s'assignent le devoir de s'approprier, dévoyer puis transmettre, au prisme de leur propre certitude, la finalité subtile de plusieurs siècles d'évolution dans ce domaine.


Peu importe son niveau d'initiation, seules l'adhésion à la sincérité et l'humilité dans l'appréciation des arts martiaux mènent à des qualités morales qui commencent par le respect de soi pour aboutir,aussi surprenant que cela puis paraître au néophyte, au respect de l' Autre.


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