Autostop

Gabriel Souleyre

C'était un jour comme les autres, différent d'hier et de demain où chaque instant est un présent.
Je me hâtais comme tous les jeudi à prendre la voiture pour aller travailler, ce qui pourrait paraître en tout un chacun comme monotone et routinier mais ne vous fiez pas aux apparences.
Le présent que nous offre la vie, bien qu'il puisse paraître identique à celui de tous les jours par son aspect extérieur, regorge à l'intérieur de cet emballage immuable un contenu merveilleux qu'il n'est point possible de prédire ou deviner.
Tout bien minuté pour parcourir ma distance journalière de 35 kilomètres en 38 minutes chrono, j'entamais mon périple lorsqu'au village voisin j'aperçus au loin une charmante demoiselle faisant du stop...
Bien que mon carrosse et mon timing n'étaient pas préparés à recevoir de la visite, je ne pus m'empêcher de lui proposer un bout de chemin ensemble !
Je fis donc quelques kilomètres avec cette inconnue, peu loquace et particulièrement timide mais les expressions de son visage parlaient d'elles mêmes, gagner une heure de marche par ce temps pluvieux et à côté d'un conducteur hors pair, elle ne pouvait être que sublimée et enchantée !
J'avais éteint la radio pour profiter pleinement de ce silence en agréable compagnie, que j'entrecoupais par le fredonnement de quelques mélodies improvisées.
Après avoir déposé Élise (elle ne m'a pas fait part de son prénom mais ça sonne mieux que l'inconnue) sur un axe routier à plus forte affluence pour la suite de son parcours, je poursuivis mon itinéraire jusqu'au moment où forcé de redevenir plus pragmatique et rationnel, il me revint en mémoire qu'il fallait impérativement remettre un peu de carburant dans le carrosse redevenu boite à sardine !
Par manque de temps j'avais pris l'option de remplir le réservoir après le travail, ce que j'entrepris donc 6h plus tard... 
Arrivé à la seule station du coin à 21h je m'apprêtais à dégainer ma carte bleue lorsque j'eus un autre instant de lucidité...
J'étais censé payer avec mes 10 euros en espèces n'ayant plus d'argent sur le compte pour utiliser ma carte !! 
Malgré quelques prières inefficaces pour qu'un agent de la station revienne ouvrir la caisse exprès pour moi, je ne voyais alors que deux options :
Rentrer à la maison en jogging, c'est évident les 35 kilomètres de retour sous la pluie et de nuit n'auraient pas le même chrono qu'à l'aller ou utiliser ma boite à sardine comme chambre 4 étoiles ce qui donnait l'avantage d'être plus qu'en avance pour mes cours du lendemain.
'' Entre ces deux options mon cœur balance '' et après 10 minutes d'intense réflexion j'envisageais d'essayer une troisième option... utiliser ma carte au cas où la paie de décembre soit arrivée sur le compte dans la journée !
Je peux encore une fois remercier ma bonne étoile qui me permit d'avoir une fin de soirée un peu paisible.
La carte fut acceptée par la machine et je pus reprendre mon chemin de retour sans encombre.
C'est dans ces moments où l'on prend conscience de la chance que l'on a et que l'on aimerait que ça soit partagé.
C'est ce qui se passa quelques kilomètres plus loin... 
Alors que je roulais sur une nationale en pleine nuit par des trombes d'eau, j'aperçus une ombre sur le bas côté de la route qui marchait en faisant du stop.
Je ne pus m'arrêter en plein élan mais après une minute de mûre réflexion, je décidais de faire demi tour pour aller le chercher même si son enveloppe charnelle était certes moins attirante que l'auto-stoppeuse de l'aller.
J'aurai très bien pu être à sa place, si ma bonne étoile n'était pas intervenue !
Me voilà donc en chemin avec un jeune homme particulièrement loquace mais fort sympathique, qui n'avait plus de voiture pour aller travailler de nuit au nouveau McDonald's du coin. 
Il me fit part de sa gratitude pour lui avoir évité les 12 kilomètres de marche sous la pluie. 
Après l'avoir déposé à bon port, où j'avais déposé Élise auparavant, je repris la route pour rentrer enfin à la maison.
Hormis le fait d'avoir eu la chance d'aider deux personnes dans leur périple, c'est un beau cadeau que je reçus ce jour là. 
Être accompagné sur le trajet du travail de façon improbable et percevoir complètement la richesse du contact humain, manifesté par la simple présence d'inconnus sans que les mots n'aient de grand intérêt, c'est un présent d'une valeur incommensurable.

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