Balade en valse

judy-may

Les ténèbres m’enveloppaient encore, peu à peu, je les sentais déjà s'emparer de mon corps. Alors j'ai couru, toujours plus loin, toujours plus haut dans le ciel, j'ai couru vers toi.

Ce texte n'a pas vraiment de raison d'exister, ni de sens, à vrai dire. Je couche sur le papier les mots tels qu'ils sortent de mes doigts, je me laisse aller.

J'ai couru, d'abord sur les sentiers balisées, me pliant aux règles. Je courait, sans but, juste d'échapper à cette triste vie, ce monde de désolation qui ne me plaît guère, dans l'espoir de sentir encore cette exaltation, cette chaleur qui s'empreint de mon corps.
Je ne pensais pas vraiment, juste à cette illusion de ciel bleu qui s'étendait devant moi, et à celle qui s'était immiscée dans mes pensées, devenant essentielle. Elle paraissait dans le décor de ma tête, insignifiante, et pourtant si présente.

J'avançais, toujours, droit devant moi, sans faiblir. Je prenais un détour, parfois, découvrir de nouveaux horizons. Et j'ai vu le gardien. Imposant, royal, les yeux mouillée et le poil brillant. Il vint me voir avec cette assurance qu'avaient les guerriers d’antan. Il m'examina sous toutes les coutures, avant de m'autoriser à poursuivre mon chemin. J'avais ralentie, l'observant du coin de l’œil. Le gardien se faisait insistant, me suivait sur les chemins. Il vérifiait que je n'enfreigne pas les règles de ce lieu qu'il devait protéger. Mais quelles règles était-ce ?

Je mimais de m'engager sur un terrain plus accidenté, plus sauvage. Une partie du monde inconnu de l'homme, gris. Le gardien me regardait faire, sans aucune réaction. Je quittait donc le chemin balisé et rassurant pour pénétrer en territoire nouveau, mais bien vite, je fus stoppée. Les ronces, épineuses, décorés de roses dangereuses, m'interdisait d'avancer. Un pas en arrière, et un grognement se fit entendre. Le gardien me fixait, hargneux, sa gueule dégoulinant de bave. La voilà, l'interdiction, faire demi-tour.

Jetant un dernier regard au gardien, je me dirigeais vers l'impasse épineuse, et évaluais la situation. Je n'avais qu'une envie, traverser cette ultime barrière et découvrir ce monde qui paraissait si attrayant. Alors je m'engageai dans une féroce bataille, sans merci, avec ces entités naturelles. Je ressentais moi aussi cette hargne de combattre, de ne plus se laisser faire, bien que n'ayant plus tellement le choix.

Ce fut plus aisée qu'il n'y paraissait. La barrière épineuse céda devant ma détermination, m'ouvrant les portes d'un nouveau monde, lumineux. Des vagues vertes, partout, un navire. Je décollait, me laissant porter par la vague. Cette sensation de liberté qu'on ressent au firmament. Dévaler les eaux, chanter doucement, au gré des flots. La musique emplissait mon être, rythmait mes pas. Emportée par l'ivresse de cette affolante vitesse, je ne faisais plus attention au monde qui m'entourait, et je courait. C'est seulement quand je revis son visage que je repris connaissance. Les vagues étaient devenus de nouveau menaçantes, les sensations étaient de nouveau révolus. Le souvenir de son sourire, toujours plus puissant, me fit perdre les pédales. Je voyais le navire se fendre, et je stoppais ma course, en vain. J'étais piégée.

Pour m'en sortir, je dut recourir à sortir mon arme, mon talisman. Trois tintement de clochettes, et je reprenais le contrôle du navire, que j’échouai à la frontière des flots. La vague verte se calma, et la mélodie changea.

Le calme revint, je redevenais sereine. Le souvenir de ton rire, de ton regard, m'apaisa. Guillerette, je m'aventurai encore près des routes, frôlait les roses épineuses, et fredonnait ton nom. Des monstres me regardaient d'un air grave, tourbillonnaient autour de moi, tandis que je les ignorait. Je me sentais libre de mes mouvements, de mes pas, emplie de ce courage que je croyais perdu. Je me remis à courir, m'aventurant toujours plus loin, sans jamais regarder en arrière, conformément à la règle du gardien. Des terres, des mélodies encore inconnues pénétraient mon monde autrefois renfermé sur lui-même. Je me savais suivie de mes démons, ceux de mon monde, que j'avais abandonnée, avec ces mauvais souvenirs. Je riais doucement, je me savais entendue, épier, c'était si ironique... Je me plaisais à rire, avec mon cortège macabre, tandis que la mélodie prenait des notes d'aigu sur une musique lugubre. Je riais, je dansais, imiter par mon sinistre cortège, dans des gestes langoureux. Je retombais dans la folie...

Je suis désolée. Une conversation me revint en mémoire avec des tintements de clochettes. Le cortège mortel s'évapora. J'étais seule avec mes souvenirs, et ma terreur. La chaleur revint, la lumière m'enveloppa. Je saisis mon talisman, que j'agitais dans les airs en rythme, croisant mes pas devant moi. Le murmure du vent à mes oreilles formait une grande bulle autour de moi, ne laissant résonner que le doux son des clochettes dans la brise. Dans la bulle confortable, je me laissa emporter, allongée dans le ciel. Les instants d'avants n'étaient plus que souvenir, abandonnée à la lumière, sombrant dans la chaleur. Je ne pensais plus à rien, juste à toi, à ton sourire, ton rire, tes gestes, tout en douceur. Pourquoi tout ça n'arrive qu'à moi ? Je me sens toujours plus seule dans ces mondes pourtant si semblable au votre. Quand arriverais-je à t'atteindre, toi, si inaccessible ?

Je saisissais quelques brides de souvenirs, de pensées, au gré de quelques paroles : ~I love you so hard...~

Je m'abandonnai à la vague engloutissant la bulle, le vent et mon talisman. Je m’efforçai à rester digne, tentant de garder cette ligne de noblesse d'esprit, mais que faire face à l'appel des ténèbres ? Rien, sûrement. Je me laissait bercer par ces quelques notes âcres et empreintes de souvenirs, sans savoir qu'une nouvelle fois, je m'étais fais piéger. J’imaginais quelques pas de danses, sans nullement les exécuter. Je restais empreintes au ténèbres, vide. Mais une main se tendit.

J'ouvrais un œil, afin de voir une étoile. Dans la noirceur de ce monde, j'apercevais la lueur de ton étoile, toujours plus près de moi, réchauffant mon cœur. Un déclic se fit entendre, et je me levais, conquérante. Je ne me laisserais plus faire, jamais. J'en faisais le serment, tout en luttant contre la vague verte. Je m'enfuis, et le soleil revient. Mon cœur se réchauffait peu à peu, et je me rendis compte que j'étais au milieu des fleurs.

Je marchais, en dansant doucement, lancinante, enchaînant courbette et pas chassés. Je me sentais encore libre, mais seule. Les démons s'approchaient, mais je les ignorait, tout en dansant, en fredonnant quelques notes. La mélodie se fit joyeuse, douce, je chantais avec elle, et pensant toujours à ton rire silencieux. Mes pas se faisaient rapides, sans se presser, dans l'herbe et les fleurs des champs. Mes bras ondulaient, imitaient les mouvements de la vague verte sans y pénétrer. Je franchissais chaque obstacle, en ondulant. Les esprits, curieux, s'approchaient de moi, m'examinaient, et me suivaient. Malgré tous ces regards posés sur moi, je continuais à danser, en rythme sur la mélodie triste qui se faisait entendre. Je mimais face à moi un piano, et il se fit entendre tout aussi distinctement. Les esprits rieurs couraient, dansaient autour de moi, je ne voyais plus où j'allais, mais je riais. Gaiement, innocente, je riais dans le silence. J'étais bien la seule à voir ces esprits, à entendre cette musique, mais qu'importe. La chaleur, dansait avec moi, et le vent caressait gentiment ma peau. Tous le monde riait, s'ajoutant à cette mélodie qui rythmait nos pas. Tu riais aussi dans mon souvenir. Je n'étais plus seule.

Je m'engageais sur le sentier, suivie de tout ce petit monde, on chantait tous ensemble une mélodie faite de rires. Que demander de plus, qu'un bonheur innocent, si ce n'est que tu sois à mes côtés ? J'étais peut-être dans mon monde, mais j'étais bien dedans, tout en sachant que tout cela n'était qu'illusion. Alors étais-je vraiment dans mon monde, si j'étais consciente de cette fantaisie ? Est-ce que j'existais en riant ainsi avec tous ces esprits féeriques ? J’espérais trouver la réponse à cette question en réécrivant mon histoire, mais elle s’effaçait encore, emportant mes souvenirs. Je n'ai qu'un souvenir éternel, ton sourire. Les autres s'envolent, tandis que j'essaie de les rattraper, pour les coucher sur le papier. Ils s'envolent avec les démons et les esprits volant qui n'osait plus m'approcher. J'étais invincible, grâce à mon talisman. Talisman que je découvris perdu.

Je n'ai plus besoin d'un talisman, ou d'un autre artifice pour me protéger de mes démons. Avec un peu d’imagination, je peux tout transformer, tout créer, à l'infini.  

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