BATTLE ROYAL

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     On sait que le prince de la belle au Bois Dormants a affronté des flammes et une méchante sorcière pour sa belle, que Shrek  a vaincu un dragon et le sale caractère de Fiona pour ses beaux yeux, que le sauveur de Blanche-Neige n’a pas fait de crise de jalousie lorsqu’il a vu qu’il y avait déjà sept nains de sexe masculin devant le cercueil de verre.  L’amour courtois et pas mal de contes ont appris à l’homme qu’il fallait mériter sa belle. On croyait cette pratique révolue, mais est-ce vraiment le cas ? On sait qu’un homme est prêt à beaucoup de choses pour tirer son coup : dire « je t’aime » au bout de 12min30, offrir des verres jusqu’au semi-coma éthylique de sa partenaire, se soûler pour oublier que, ce soir, c’est le croisement de Jackie Sardou et d’un Pokémon qu’il ramène chez lui. Mais ce qu’on connaît un peu moins, c’est jusqu’où il est prêt à aller pour une relation. Et je ne vous parle pas des banals et déjà-vu bouquets de roses, lettre d’amour et autre avion à message. Une vraie question se pose : à quel point Cupidon peut-il motiver un homme ?

   Pour Y. (et oui, encore lui, en ce moment c’est lui qui me fournit la majorité de mes sujets. Peut-être parce qu’il n’y a que lui qui m’appelle…), il était clair que Cupidon le pousserait jusqu’à l’hôpital psychiatrique et lui attacherait peut-être même une camisole. Il m’appelle (ou plutôt, je le rappelle) un midi pour me tenir au courant de ses dernières aventures. Et là, surprise, il a troqué sa mauvaise humeur de la veille contre une feinte joie machiavélique.  Il était persuadé que sa copine couchait avec un autre, un mec du bureau (de leur bureau, puisqu’ils bossaient toujours ensemble, cf. article « THE TRUTH»). Et le tout avec preuves à l’appuie : sa copine voulait qu’il ferme les rideaux quand ils étaient chez lui ( !!!). C’était une preuve irréfutable, qui n’avait rien à voir avec le fait qu’elle ne tenait peut-être pas à ce que les voisins d’en face se joignent visuellement à leurs ébats. C’est, si je ne m’abuse, l’un des premiers symptômes d’une paranoïa de niveau 2… Et ça ne s’arrêtait pas là !

   Non content de m’énoncer ses motifs d’accusation abracadabrants, il comptait également me dévoiler sa stratégie pour remettre le tout en ordre au plus vite : aller voir ailleurs, pour se détacher d’elle, pour qu’ils se rapprochent. C’est ce que j’appellerais, en langage scientifique des plus sérieux, un oxymore. Et en parallèle de cette brillante idée, il voulait, bien évidemment, connaître les dessous de l’affaire de cocufiage : épluchage du portable de sa copine, observation discrète, appel aux services d’une détective privé… La CIA n’aurait jamais dû laisser filer une recrue si prometteuse ! Ah ! Et puis j’oubliais la cerise sur le gâteau : j’étais désignée complice d’office ! Je devais lui apporter, je cite, « toute l’aide que je pourrais ». ce qui incluait : l’écouter (facile), faires des sorties en sa compagnie (the finger in the nose !), lui présenter des copines (ça se complique, étant donné que toutes mes amies le détestent, mais on ne baisse pas les bras comme ça, ma fille !), coucher avec lui occasionnellement (glourps !). Là, faut quand même pas pousser mémé dans les orties ! Je suis une femme maquée, moi, môsieur !  Et même si ça ne m’a pas toujours dérangée, je ne me vois pas accepter une proposition aussi minable : « Salut ! Comment tu vas ? Je peux me servir de toi pour me vider les sachets de thé ? ». J’ai ma dignité tout de même !

   Bref, je m’étonnais qu’il n’y ait pas l’option « aide-moi-à-planquer-le-cadavre-de-l’amant-de-ma-copine-que-je-viens-de-dessouder » dans la suite du programme. J’en serais presque déçue dis donc ! Quand je pense qu’il m’avait regardé avec pitié l’unique fois où j’ai lu ses textos ! J’avais l’impression de me retrouver avec un inconnu au bout du fil. Ou d’être victime d’un canular téléphonique ! Je suis pourtant une romantique assidue et dévouée, partisante de la moindre action héroïco-sentimentale. Mais là, c’était une action suicide, à grosses tendance skyzophnes.

   N’avions-nous pas quitté depuis un bon moment le mignon et l’attendrissant, pour sombrer dans l’excessif et le navrant ? Et est-ce que c’était vraiment ça l’amour ? se nier soi-même, rythmer sa vie sur celle de l’autre ? Quelques mois auparavant, Y. m’affirmait que ce n’était pas le comportement à suivre. Cela dit, entre ce qu’on dit et ce qu’on fait, il y a comme qui dirait un océan (et peut-être même un continent aussi).  Et surtout, cela en valait-il vraiment la peine ? Savait-on vraiment pour quoi on se battait ? On sait ce qu’on avait hier, on sait ce qu’on a aujourd’hui, mais on ignore ce qu’on aura demain. Quand on arrache le pull Zadig&Voltaire d’une greluche aux Galeries Lafayette, un samedi de soldes, pour lui extorquer un sac Marc Jacob à moins 50%, on sait pourquoi on sue ! Mais quand on voit les « happy end » des comédies romantiques made in Hollywood, on se dit qu’on a bien envie que les embûches rencontrées dans l’acte II participent au bonheur retrouvé dans l’acte III.

   Alors on choisit son camp : banc de touche ou terrain. Mais dans les deux cas, on évite Patrick Evra.

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