Blasphèmes.

Hervé Lénervé

Un studio radio que personne n’écoute.

-         Bonjour chers auditeurs, je reçois ce soir le prêtre, le père Vert. Bonjour mon père, nous sommes en direct à l'antenne. Votre dernier opus vient de paraître et c'est déjà une bombe dans le monde de l'Edition. Votre témoignage est incroyable, pensez-vous qu'il y ait d'autres cas de votre genre ?

-         Du moins, je l'espère et peut-être que mon témoignage libèrera la parole, j'espère faire des apôtres. Il n'est plus temps de se taire, il faut parler haut et fort, à présent.

-         Donc, vous avez eu une enfance classique, la catéchèse, la messe tous les dimanches, puis la consécration comme enfant de cœur à l'âge de sept ans.

-         Oui, j'étais précoce.

-         Puis la rencontre avec Dieu arrive par hasard.

-         Non, pas par hasard, par l'entremise d'un prêtre jésuite qui m'assistait dans ma quête spirituelle.

-         Il vous a initié au mysticisme ?

-         Parfaitement, on peut dire qu'il m'a introduit à la richesse de la pensée pure.

-         Par la pensée ?

-         Entre autre !

-         Puis, donc, arrive l'Amour.

-         Oui ! L'Amour de Dieu !

-         Vous voulez dire que l'amour de Dieu passe avant tout.

-         Non ! On ne peut pas toujours gagner, non plus !

-         Vous blasphémez, là ?

-         Pas le moins du monde, Dieu n'est pas susceptible et en plus il est un peu sourd.

-         Là, vous blasphémez, quand même ?

-         Mais pas du tout, c'est un fait, tout le monde le sait. Un exemple, parmi tant d'autres, dans les camps de concentration, les prières les plus belles, les plus sensibles, les plus désespérées, susurrées dans toutes les langues du Monde, sont montées aux Cieux. Les anges volaient en portant des boules Quies dans les oreilles, croyez-vous qu'il les ait entendues, pas du tout ! Il est très dur de la feuille, c'est sûr ! Il n'était même pas au courant.

-         Mais enfin, mon Père, je vous pose la question abruptement : croyez-vous encore en Dieu ?

-         Si, bien sûr, comme tout le monde quand j'ai le temps. Ce n'est pas ma faute si je suis débordé à réparer toute les saloperies qu'il a jeté sur Terre.

-         Bon, revenons à votre livre, vous nous dites que l'on peut être un enfant de cœur abusé sexuellement et faire profession dans la profession de foi.

-         Bien-sûr, voyons, c'est évident !

-         Pardon, étayez votre propos, s'il vous plait.

-        L'évidence ne s'explique pas au risque de devenir vulgaire. L'évidence est, c'est tout !

-         C'est un axiome, alors ?

-      Oui ! Comme l'existence de Dieu, c'est comme ça ! On l'admet et point barre. Remarquez que c'est assez pratique. On le sait et puis on l'oublie. Comme le fait de savoir que la Terre est ronde ne nous empêche pas de marcher sur une Terre plate.

-         Je ne reconnais pas la parole de l'Eglise dans votre discours.

-         Oh, l'Eglise, je ne l'écoute plus. Sincèrement, je ne me casse plus la tête à savoir s'il existe ou pas, je le verrai bien assez tôt. Donc sur Terre, vivant, je vis, après… inch'Allah !

-         Ce sera le mot de la fin. Coupez en régie !

-         Merde ! On avait oublié de brancher les micros.

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