Bloody Feather / Chapitre 10: La chambre des Merveilles

Caïn Bates

       Plus de trente pas, j'entends la lourde porte se refermer dans un énorme fracas couvrant les bruits de semelles sur le sol. Vingt sept, je finis d'élaborer mon plan de survie. Vingt trois, je revois une dernière fois le film se déroulant dans ma tête en resserrant la main derrière mon dos. Huit, les bruits de pas s'arrête un moment, remplacés par de violents coups sur la porte voisine.
       La porte s'ouvre. Je ferme les yeux, assis dans un coin de la pièce, la tête baissée. L'infirmier entre dans la pièce accompagné de son inséparable chariot. Je le sens m'observer de son air hautain, le sourire narquois accroché aux lèvres.


      "C'est l'heure, ne fais pas l'enfant.
-Et après, tout ça sera fini?! Je n'aurai plus de problème?! Je pourrai sortir?!
-Sortir?! Tu te crois dans un hôtel, servi par ton laquais.
-N... Non, pas du tout!!! Je recule. C'est juste que ça commence à être long, je voudrais juste... sortir.
-Mais tu sortiras, ne t'en fais pas."


      Il sort une seringue de son tiroir ainsi qu'un flacon rempli à moitié d'un liquide blanchâtre. Je m'approche silencieusement avant de l'empoigner par la gorge, laissant dépasser le morceau brisé d'un miroir des toilettes échangé contre quelques cachets. Cet instant vaut bien les quatre jours recroquevillé à chouiner pour que la mort m'emporte. Avec l'autre main, j'attrape rapidement la seringue, le plaque sur le chariot et la lui plante en plein thorax, injectant le liquide dans son corps. Au bout de quelques secondes, il cesse de résister et s'écroule sur le sol, faisant rouler légèrement le chariot. Je voudrai m'échapper mais la porte est verrouillée et il n'a ni badge ni clé sur lui. Mais comment ça s'ouvre ce bordel.
       Les bruits de pas reprennent dans le couloir et viennent s'arrêter de  l'autre côté de la porte. Un léger bip frissonne dans le mur contre lequel je suis adossé, il vient se loger au creux de mon oreille comme un murmure, un cri d'encouragement, un avertissement. je me lève d'un bond et fais glisser la porte en me cachant derrière, personne. Avant de prendre la fuite, je décide d'embarquer quelques trucs posés sur le chariot comme des flacons et des aiguilles, on ne sait jamais.
     La porte claque lourdement derrière moi, je dois partir aussi vite que possible. Le couloir est plongé dans le noir, seul une petite applique luit au dessus de la porte menant au secteur des visites. Pressant le pas, je me concentre sur les bruits de pas pouvant revenir d'un instant à l'autre, ils me rattraperont et me puniront encore plus, c'est certains. Mon corps me fait souffrir, me ralentit de plus en plus au fil des mètres parcourus jusqu'à parvenir à la porte. J'y colle mon oreille pour estimer le danger mais aucun son, même pas un bruit étouffé. À quelques chambres de là, un autre infirmier sort, je n'ai pas le temps de trainer. J'appuie au hasard comme un forcené sur le digicode, espérant un miracle qui me sortirai de là.

       "C'est l'année du procès des sorcières de Salem..."

     Quel débile, il m'a prit pour un de ses collègues. En tapant 1692, je l'entends à nouveau parler, sa voix n'est plus la même du tout. Je referme la porte et marche d'un pas calme et assuré parmi les allées de l'hôpital, croisant mes frères zombis, fantômes et autres cadavres habitant ce cimetière maudit. Le nouveau vigile ne me reconnait pas et me laisse passer sans trop de difficulté malgré l'absence de badge, je ressort donc triomphant de cette épreuve.
       Une fois à l'extérieur, une légère brise me caresse le visage rougi par le soleil brûlant. Le mieux serait de trouver quelqu'un pour pouvoir m'accompagner vers la sortie pour passer plus facilement inaperçu. Au huitième pas, un lapin blanc sort d'une haie à ma gauche; au vingt-troisième, il disparait dans un terrier caché dans un parterre de fleurs; au vingt-huitième, j'aperçois la bordure de la falaise; au trente-et-unième pas, je perds subitement connaissance.

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