Ceci n’est pas un but

sarak

ou « Comment raté sa vie »

« Gooooooooooooooooooooal »

Elle était toute ma vie, ma raison de me lever le matin, mon sujet de discussion favori, le pétillant de mes soirées et de mes week-ends.

Du moins c'est ce que je croyais.

Je l'ai rencontré à l'âge de 5 ans. Chaussé de baskets neuves, escorté par des parents aimants, c'est au bord d'un terrain de sport au cours d'une chaude après-midi de mai que je l'ai découverte. J'étais émerveillé. Depuis, nous ne nous sommes plus quitté. J'ai voulu tout savoir, tout connaitre, je ne manquais aucun rebondissement et scrutais tout ce qui la concernait. En avançant dans l'âge, la fréquence de nos retrouvailles s'accélérait et le lien qui nous nouait me paraissait toujours plus invincible. Rien ne pouvait m'en détourner, plus j'apprenais à la connaitre plus ses multiples facettes m'envoutaient. J'étais incollable.

Très présente à la TV, je ne manquais aucune de ses apparitions, passant même à côté de certains rendez-vous importants pour mon entourage. J'étais persuadé qu'ils comprenaient, ils étaient aussi passés par là. J'avais même réussi à trouver un job me permettant de rester en contact avec elle. Même si parfois j'avais le sentiment que je n'étais qu'un parmi tant d'autres, ça m'était égal. Comparé au bonheur qu'elle me procurait, ce n'était qu'un faible prix à payer.

Jusqu'à ce que qu'il grossisse. Sans m'en apercevoir, années après années, elle m'avait isolé. Mes amis s'étaient tellement éloignés que je ne les voyais plus, ils étaient passé à autre chose. Puis ce fut le tour de mes parents, emportés par la vieillesse. La culpabilité de ne pas avoir passé plus de temps avec eux ou de leur dire l'importance qu'ils avaient à mes yeux, c'est avec elle que je l'ai soignée. M'enfermant un peu plus à ses côtés, rajoutant l'alcool à sa compagnie.

Jusqu'à ce dimanche 5 novembre 2029 où ma femme est partie. Me laissant seule avec elle. Ma passion, mon activité favorite, mon football.

Huit jours plus tôt, alors que j'hurlais « Buuuuuuuuut » devant mon écran TV, Lily a échappé à ma futile surveillance, basculant par la fenêtre en tentant de rattraper son ballon de foot en plastique. Avec elle, se sont nos vies qui ont basculé. Bien que présente depuis 35 ans dans mon existence cette passion dévorante n'a pu m'empêcher de glisser le canon scié de mon grand-père dans ma bouche pour effacer l'image de Lily disparaissant par la fenêtre.

Aujourd'hui, avec la B-WATCH mon mari serait encore parmi nous, perdu dans les rediffusions de ses souvenirs avec notre Lily. Voilà comment je tiens depuis toutes ces années pour ne pas les rejoindre.

 

Pour découvrir ce nouveau monde, rendez-vous sur mon site pour lire « B-WATCH – Le nouveau monde ».

 

« Ceci n'est pas un but » ou  « Comment raté sa vie »

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