Cendrignon

Mitaine Crocq

Il était une fois au Royaume des Cervoétriqués
une princesse noble et belle, à l'esprit éclairé.
Pour une fée, la belle s'était prise d'amour
et la douce amante l'aimait en retour.


Mais voilà, la famille du héros est rarement un cadeau ;
son père, le roi Serge, que l'âge prenait Dassault,
avait pris en conseil la fourbe Barèges flanquée du mage Lebel.
Triumvirat comme il n'en fut sous le soleil
sous leur férule, tout devenait fiel.


Cette obscure régence décréta
d'unir la princesse, faisant fi de son choix.
L'élu, hélas, n'avait rien de princier,
c'était une brute à peine dégrossie, au faciès carnassier.


Argent étaient son nom, sa beauté, son odeur,
de lui on ne retenait que les coffres ventrus d'or.
Alors le roi donna sa fille, et son accord
trop heureux il était, tenant la fée en horreur.


L'évêque Barbarin, pape des crétins
fut mandé pour bénir l'union et unir les mains,
lavant les siennes de ce que le soir venu,
le mariage dans le sang et les larmes fut bu.


La princesse donna le jour à un garçon,
qu'à partir de ce jour elle protégea de son giron,
lui évitant moultes gnons
et parant aux coups de ceinturons.


La voisine, la fée, par Barèges emprisonnée,
de sa geôle s'échappa et la princesse parvint à retrouver.
L'affreux mari pour la chasse était parti,
se faufiler jusqu'à son amie il lui suffit.


Elle trouve la princesse abattue et livide,
et file au chevet de son coeur hier encore palpitant
mais l'organe ne bat plus que sous les plaies la défigurant,
d'un coup de baguette elle efface cicatrices putrides


Ce que sa magie ne peut réaliser,
dans leur amour elle va le puiser.
Quelques jours passés ensemble,
voilà la flamme de leur amour qui, à nouveau s'élève vers le divin temple.


Mais le mari rentre plus tôt que prévu,
il se jette sur la fée et la tue à mains nues.
La princesse supplie, prie, promet, s'interpose
mais la fée déjà froide au sol repose.


Le mari sa femme envoie valser
on entend sa belle nuque contre l'escalier se briser
son gracieux corps tombe, mou, désarticulé
tout contre celui déjà supplicié de feu la fée.


L'orphelin reste là, assis, prostré,
observant ce sang familier venir chaudement le chatouiller.
Il se questionne, bien qu'enfant,
sur le pourquoi, le comment d'un tel châtiment.


Car Sacrebleu, le bambin préfère, en y réfléchissant
un corps rougi de baisers à un corps de coups rué
et des yeux brillants d'amour à ceux de sang injectés.


Oui, souillé du sang de son sang il se demande ce qui est plus moral,
une femme avec une femme
ou un homme à la haine létale.
Le bambin a pris son parti, saisit son baluchon et détale.


Dans la poche de sa salopette
une carte arrachée d'un livre caché dans la bibliothèque.
Une carte vers le royaume voisin des Espritséclairés
où l'on rapporte qu'un prince un autre en a épousé.


Dans ce royaume, choix aux habitants est donné,
de disposer de leurs vies en toute liberté.
Homme, femme, sans considération de sexe on y peut aimer.


La légende raconte que du Royaume des Cervoétriqués
caravanes d'orphelins viennent s'y faire adopter
tant le bonheur de ce royaume semble être la spécialité.
Ils y grandissent et y prospèrent en toute simplicité
sans pour autant devenir aussi désaxés que leurs aînés du Royaume déserté.


Ô bien sûr la contre attaque des Cervoétriqués n'a pas tardé.
Un autodafé de tout ouvrage traitant du royaume Éclairé fut proclamé
et leurs moeurs tournées en vices éhontés.
Le gamin par ses chiffons pourrait être effrayé,
mais du haut de ses sept ans il sait quelle crédibilité accorder
à ces propos déformés, à ces images obscures
distillés par les mêmes qui hier encore offraient sa mère en pâture.


Après tout se dit le môme en cavale,
en matière de perversions animales
il en a vu assez sur les terres familiales
chez des gens pourtant attachés à une stricte morale.

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