Champs Elysées

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Je sens la chaleur s’estomper. C’est toujours comme ça les fins de journées, en été. On passe de l’étuve à la douceur de la soirée, l’avenue s’apaise peu à peu avant de reprendre pour l’activité nocturne.

Quelle heure peut-il être ? 19 ? 20 heures. Le bruit des voitures est encore important, le brouhaha des passants est incessant.

Un enfant interpelle sa mère : « je peux avoir une glace ?». « Non ! Ça suffit. Tu as déjà gouté tout à l’heure. Si tu continues tu vas être malade. » La scène se passe à quelques mètres de moi. Je sens le parfum de cette femme. Raffiné. Elle doit être une bonne mère car même si le refus est catégorique le ton  est doux. Je l’imagine vivre dans un appartement cossu de l’avenue Foch, toute proche. En tout cas, elle ne vit pas en banlieue. Sinon elle serait déjà sur la route du retour. Et l’enfant n’insiste même pas. Il doit savoir que toute tentative est vaine.  Peut être sait il même au fond de lui que sa mère a raison. Il reviendra, il retentera le coup. Pour lui, « les Champs »  , c’est la récréation.

Un peu plus loin c’est un couple qui se déchire. L’homme reproche à sa femme de trainer de vitrines en vitrines. La femme lui rétorque que ça ne sert à rien de  venir dans la plus belle avenue du monde si c’est pour faire de la marche rapide. Quelle soirée vont-ils passer ? Chacun dans son univers à s’ignorer ? En tentant un triste compromis qui ne contentera personne ? Ou alors chacun fera l’effort de faire plaisir à l’autre ? Lui en se laissant trainer dans quelques  boutiques de luxe. Pour acheter ? Pour regarder ? Pour rêver ? Elle en acceptant d’arrêter son « shopping » à la moitié de l’avenue.  Ce sera l’excuse pour revenir. Privilège des parisiennes : prendre son temps en sachant que l’on peut revenir facilement. Pour elle, « les Champs »  c’est un instant  de respiration dans une vie étouffante.

Du temps, la bande d’anglais qui crie à tue tête semble ne pas en avoir. Ils trainent les pieds, le pas lourd. Tout porte à croire qu’ils ont gouté l’alcool local. Malgré tout, ils avancent à grand pas. Ou vont-ils ? A la recherche d’une énième chapelle ? Pourquoi courent-ils ainsi ? Pourquoi sont-ils ici ? il doit y avoir d’autres endroits pour faire la fête, dans Paris. L’un deux crie , un peu stressé, « it’s late, hurry up ». Et toute la bande lui emboite le pas. En silence . Ils passent si prés de moi que je sens leurs haleines chargées et leurs souffles courts. Pour eux, « les Champs » c’est un passage vite fait.

Soudain, j’entends un grand ronronnement derrière moi. C’est le bruit caractéristique d’un bus touristique dont le moteur démarre. Je sens l’odeur du gas oil, les turbines me chauffent le dos.  A ma grande stupeur, j’entends la mère et son enfant, le couple et les anglais, réunis prés du bus, échanger leurs péripéties de l’après midi. Les boutiques, la pause gouter, la dégustation, tout y passe. Ils se sont saoulés de Champs Elysées. Chacun à leur façon. Ils sont venus de loin pour profiter quelques heures de la capitale.

 Pas de parisiens alors ?. Pas d’appartement cossu, pas de retour prévu pour un prochain shopping, pas de fête en perspective. Chacun n’avait que 2H pour profiter de l’endroit.

 Je suis au milieu des Champs. Les accents, les bruits, les odeurs se mêlent pour former une sensation unique que je n’éprouve qu’à cette heure là, à cet endroit là. Et , à chaque fois, mon imagination déborde.

« Les Champs » sont vraiment  magiques et je me demande si je les apprécierais autant si mes yeux fonctionnaient et que je pouvais voir…

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