Cherchez le garçon

sadnezz

[extrait]

Lourde est sa tête, lorsqu'il reprend connaissance.

La senestre se plaque lentement sur la tempe d'albâtre où sans que l'Aconit ne le voit venir le coup du garde s'est porté, marque de fabrique, estampillage brutal et sans autre forme de procès. Un léger trait carmin tranche sur le blond de ses cheveux, qu'il observe au bout de ses doigts, incrédule. La lancinante douleur lui oblige à plisser les yeux un instant, serrer sa mâchoire où en inspectant son visage, la main souillée a laissé sa trace d'ichor comme un affront indélébile. Le Retz avait ordonné sa recherche, le Retz avait décidé qu'elle s'opérerait à n'importe quel prix. Quitte à l'abimer. Quitte à le blesser. Nicolas avait mis un pied hors son piédestal. Dans le doute qui venait l'ébranler, et lui murmurer que son Prince ne l'aimait pas tant que cela, à le ramener pour le tuer de ses mains, et que lui non plus, à le fuir comme un renard traqué. La situation perdait son sens et sa raison.

- Puteborgne...

Le coeur s'accélère significativement lorsqu'il sent la présence de son assaillant dans son dos, ses yeux accrochent le corps inanimé d'Ansoald à ses côtés, mains liées. Le scénario se bouscule sous la caboche effervescente, trop évident peut-être, son sang ne fait qu'un tour, mauvais, lorsqu'il tend la main vers le prisonnier.

Que lui ont-ils fait?
Que lui a-t-il fait?

Nicolas se sent comme dépossédé, agrippant dans un spasme incontrôlable de l'estomac le voleur tant aimé avec la rage d'un condamné s'accrochant à ses dernières minutes. Tuer. Il les tuerait tous. Un par un, dans leur sommeil, dans leurs moments intimes, dans leur dos ou face à face, sans crier gare d'un coup de lame sanglant. Il les saignerait comme des animaux, comme une revanche divine, sans leur accorder une once de regret et sans trembler une seconde. Nicolas était parti enfant. S'en revenait homme, pris aux filets des ressentiments. Cherchez le garçon... Il est mort quelque part, dans la folie de sa cavale. Dans le fracas d'une pensée létale, à l'encontre de son passé. Dans les nuits à coucher dehors, drapées dans leur solitude et leurs remords, et l'éclat de celui qui a éclairé son errance. Celui qui l'a perverti aux joies de la vie qu'il pensait être la Vie. Taliesyn avait tant voulu l'engaillardir ... Voilà qu'il s'était exaucé, sans le savoir. En lisant une lettre.

Le réveiller. Réveille-toi. Il faut te réveiller.

Voilà l'unique pensée éclipsant toutes les autres, dans un écho de mort, comme perdu dans l'immensité du néant. Et dans l'agitation de ses gestes, secouant le corps pantelant de son vaurien, et dans le désespoir de ses attentes, un cri de rage fait trembler les murs de la pièce inconnue qu'il n'a même pas pris le temps de regarder:

- Réveille-toi, Ansoald !

le Sbire en faction pouvait bien aller au diable, le Retz dont l'odeur significative emplissait l'endroit pouvait bien attendre. A cet instant, tout et plus encore se raccrochait aux paupières froissées d'Ansoald pour le jeune fuyard, qu'un seul frémissement pouvait désamorcer et délivrer de son carcan haineux. Toute personne assistant à la scène ne pouvait que comprendre cela. Comme si parfois, l'homme n'est rien face à ses besoins primitifs. Viscéraux. Et qu'un enfant sans père, dans sa blessure secrète, ne se bâtit qu'autour d'un autre, qu'il prend comme père, comme frère, comme Maitre... Ou comme amant.

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