Coin-pas-coin !

white-hunter

Une chasse au pseudo-canard dans une tourbière cantalienne. En septembre 2010.

A sept heures je suis à pied d'œuvre, et avec les autres chasseurs, nous cernons la tourbière. Personne ne s'échappera. J'ai acheté des cartouches presque aussi chères que l'or, une tragédie pour un auvergnat. Ça rafale dur, mais avec mon instinct habituel, j'ai trouvé le secteur que les canards ne survolent pas. Il y en a toujours un où on ne tire pas beaucoup. Mais au bout de dix minutes de pétarade un petit volier m'arrive, et je tente le coup du président (à la verticale). Mes convictions politiques me font éviter, ou trancher,le cou du roi. Ce n'est pas sans émotion que je vois un canard cassé par mon tir s'écraser dans les herbes aquatiques devant moi. Je suis fier comme Artaban, je me félicite et je m'encourage pour la suite, je pense aux navets qui vont être la bourre dans le jardin pour accompagner ce colvert. Un autre fait une passe suicide, lente, circulaire … La première cartouche est inefficace et la seconde s'avère d'aussi mauvaise qualité. De l'acier à ferrer les ânes ! Mon voisin le traite de la même façon, ainsi que le sur voisin. Je me félicite de tant de savoir-vivre de leur part ; mon amour-propre reste aussi neuf qu'avant. A l'évidence ils ont fait exprès de louper, devinant sous mon dehors austère une sensibilité d'artiste. Grâce à mon choix d'emplacement judicieux, je ne tire que quatre cartouches, alors que d'aucuns en envoient une douzaine et plus. 

Mais mon colvert s'est abîmé en zone maritime … Un aimable chasseur doté d'un plus aimable encore épagneul se jettent à l'eau pour moi. « C'est du jus d'aile ! » me dit-il. « ? ? ? mklxiudzkh ?!?… » réponds-je sur la défensive, craignant pour la légalité de mon tir tout autant que pour mon acuité visuelle. Je regarde mon joli canard un peu trop noir, avec une plaque blanche sur son bec pas de canard. C'est une judelle (sic) paraît-il, facilement confondue avec le colvert, le héron et même l'aigle royal. M'en fous, je suis pas brocouille, et c'est un gibier parfaitement légal. Mon ex (partenaire) a lui-même tiré un colvert que l'épagneul se fait un plaisir de rapporter. Mais l'heure de la messe approche, et je dois filer. Je m'habille rapidement dans une tenue plus catholique, échangeant mes douilles vides contre un bréviaire encore neuf et un chapelet, mes bottes contre des mocassins de témoin de Jéhovah. « Z'avez tué? » me demande un sympathique chasseur chargé de gibier et procédant lui-même à un changement d'apparence. Damned, je suis pris ! « ?!/mklxiudzkh[;@ ! » réponds-je humblement, mais distinctement. Qu'à cela ne tienne, et me voila doté d'un joli canard par ce fier tireur. Les voies du seigneur sont impénétrables ! Je comprends soudain le pourquoi de ma conversion brutale de la minute d'avant, moi qui ai toujours craint de ramasser une cloche sur la gueule, et bouffé du curé sous toutes ses formes. Ouvrant mon coffre pour ranger mes affaires tout en remerciant cet aimable chasseur, j'aperçois un vin de messe dans ma caisse Ouyatou, que j'offre en remerciement au Nemrod. Il faudra plumer les bestioles …

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