CONFESSION

Jean Luc Bolo

thriller mystique pas très catholique...

Novembre 1981.18h17.Banlieue parisienne.

 

 

 

La grisaille de l'automne avait dépeint sur les blocs de ciment. Sur l'asphalte prés d'un arbre moribond, un tas de feuilles mortes jonchaient sur le sol. Soudain, une légère bourrasque de vent se leva et les dispersa à leurs destinées éphémères respectives, en les faisant voleter dans les airs. L'une d'entre elles s'achemina et termina inexorablement son périple aérien, par volutes, sur le pare-brise d'une voiture garée en bas d'un immeuble. C'était une BMW noire rutilante. A l'intérieur de l'habitacle, deux hommes attendaient  patiemment dans une voiture garée en bas d'un immeuble.

‒T'es sur que c'est à cette heure-ci qu'il arrive chez lui John ? demande l'un d'eux.

‒T'inquiète mec. Je connais tous ces faits et gestes, à ce salopard. Il ne devrait pas tarder, dit son acolyte la mâchoire crispée  et l'air déterminé, en sortant  de la boite à gants une arme. Un silencieux. S'il n'a pas mon argent qu'il me doit depuis des mois, voire presque un an, je peux T'ASSURER qu'il ne verra pas demain le soleil se lever. On va faire les choses proprement et calmement (il se racle la gorge)…mais surement .A l'ancienne…

‒Et que comptes-tu faire de son épouse et de son gosse de 3 ans ?

A ces mots, John tourna lentement son visage vers son partenaire, sans dire un mot, le regard sombre. Il le dévisagea quelques instants, avant de lâcher :

« J'ai dit à l'ancienne », rétorqua t-il de manière succincte.

Son partenaire déglutit.

‒tu veux les liquider tous ? Mê…Même le gosse ?

‒si il ne me donne pas mon fric, il n'aura que ce qu'il mérite cet enfoiré, dit-il froidement en regardant passer près du véhicule, le long du trottoir, un vieil homme qui promenait son chien : un labrador noir. Ce dernier jeta machinalement un coup d'œil à l'intérieur du véhicule, vit les deux hommes aux visages impassibles qui le regardaient également, et continua son chemin en secouant légèrement sa tête.

 

 

A une centaine de mètre de là, un bus venait de stationner à son arrêt, délestant quelques voyageurs, avant de reprendre son trajet coutumier. Chacun regagnait respectivement ses quartiers. L'un d'entre eux s'achemina en direction de l'immeuble, d'ou était garée la BMW noire. C'était un homme au physique agréable, le visage émacié et rasé, la quarantaine et les cheveux grisonnants. Il portait un costume et des chaussures de ville noires par-dessus une chemise blanche. Il avançait la tête engoncée sous sa gabardine grise. A le voir, il paraissait inquiet, comme si il appréhendait que quelque chose de grave, puisse se passer à tout moment.

« C'est lui. C'est c't'enfoiré ! » Maugréa John en le voyant arrivé à une dizaine de mètres du véhicule.

Il serrait instinctivement son arme, dans la poche droite de son imperméable.

« C'est bon. Allons-y ! » Reprit-il en voyant l'homme arrivé a leur niveau.

Les deux hommes sortirent brusquement de l'habitacle. John qui fut conjointement du coté passager et du trottoir, se mit directement en travers de son chemin. L'homme au costume noir et à la gabardine grise sursauta, à la vue de ces deux individus qui lui étaient familiers.

‒John ! Que…qu'est-ce que tu fais la ? demanda fébrilement l'homme au costume, l'air apeuré et la voix chevrotante.

‒Ah bon !? Tu me dois 20500 francs depuis près d'un an (dont je n'ai bien évidemment pas encore vu la couleur), et tu sembles malgré tout étonné, de me voir débarquer à l'improviste 

juste en bas de ton immeuble, dit John en lui pointant l'arme à travers son imper. Ce n'est vraiment pas une manière de recevoir tes créanciers Eddie.

Malgré la fraicheur du soir, le visage de ce dernier  luisait de transpiration.

‒Ce…ce n'est pas…c'que j'ai…J'ai voulu dire John.je vou…

‒Ne m'appelle plus jamais « John » à présent, l'interrompit-il. Car tu n'en es plus digne maintenant. Et tu sais c'que ça veut dire…

‒Mais laiss…

‒Appelle moi Monsieur Martek à présent, l'interrompit-il de nouveau.

‒Très…tres bien Monsieur Martek, répondit Eddie en passant sa main sur le visage, afin d'essuyer sa sudation excessive. Ecoutez, y'a un bar pas loin, on pourrait très bien aller discu…

‒NAN Eddie, l'interrompit encore John en secouant sa tête.

Ce dernier lui indiqua de la tête l'entrée de son immeuble, qui se trouvait juste en face d'eux.

‒Allons, chez toi, on sera plus tranquille, lui ordonna t-il par un sourire sardonique.

Son partenaire qui fut légèrement en retrait derrière lui, déglutit de nouveau sans qu'il s'en aperçoive.

‒Mais vous oubliez Monsieur Martek que j'ai une femme et un enfant, dit Eddie d'un air suppliant

S'il vous plait, laissez-les en dehors de tout ça. Je vous rembourserai très bientôt Monsieur Martek. Faites-moi confiance.

‒Pour me redire encore ça dans un an, Eddie ? Tss…Allons-y ! Dépêche-toi, lui ordonna t-il en le poussant légèrement, après avoir tourné sa tête de gauche à droite, pour s'assurer qu'il n'y avait pas de témoins à l'horizon. Il avait toujours son arme pointé sur lui, à travers la poche de son imper.

Eddie avança le visage liquéfié et en sueurs vers l'entrée de l'immeuble, escorté par les deux individus, et se présenta devant l'hygiaphone. Il s'apprêta à appeler sa femme.

‒Pas d'entourloupes, lui somma John. Sinon tu risques fort de le regretter Eddie. Reste le plus naturel possible quand tu lui parleras. Et pas de messages ou de tournures de phrases codées. C'est compris ?

Eddie hocha la tête, la gorge nouée et le cœur tambourinant contre sa poitrine. Il se mit à appuyer sur l'hygiaphone, sous l'œil torve de John.

« A…Allo ? Sarah ? C'est moi. Tu peux m'ouvrir s'il te plait ?

‒Oui, tout d'suite chéri.

La porte s'ouvrit. Ils investirent le hall de l'immeuble, et prirent aussitôt l'ascendeur jusqu'au 8eme étage. Durant toute la montée, les deux hommes ne quittèrent point des yeux Eddie.

Bon sang, mais que vont-ils faire à ma famille ? Songea ce dernier le visage inquiet.

Arrivés à l'étage, Eddie sortit le premier, du coté gauche, suivit des deux hommes, et se dirigea vers la porte d'entrée de son appartement. Il sonna. La porte s'ouvrit, laissant apparaitre une belle jeune femme plantureuse au teint caramel. Elle était d'origine guadeloupéenne et portait des locks qui lui tombaient jusqu'aux épaules. Elle était vêtue d'une longue jupe noire, sous un tee-shirt blanc, chaussée de Tongs en cuir noir, sans chaussettes.

‒Bonsoir chérie ! fit elle en l'embrassant, après avoir furtivement dévisagé les deux hommes qui furent derrière Eddie. Ah, tu ne m'avais pas dit que nous recevions des invités ce soir.

Eddie ne dit mot. A son silence inopiné, cumulé avec celui des deux hommes, un léger malaise s'empara d'elle.

‒Oh, rassurez vous madame, nous non plus, répondit narquoisement John. Maintenant, avancez ! Ordonna t-il d'une voix martiale, en poussant Eddie brusquement à l'intérieur de son appartement.

Son épouse s'écarta pour laisser entrer son mari, ainsi que les deux individus.

‒Mais…que …que se passe t-il donc ? Je ne comprends pas. Eddie, pourquoi tu ne dis rien ?

‒Ou est David ? Lâcha enfin ce dernier.

‒Dans sa chambre, en train de jouer au PLAYMOBIL. Mais pourquoi me demandes-tu ça ? Que se passe t-il chérie ?

‒Avancez dans la salle à manger, ordonna John en sortant l'arme de sa poche, pour les pointer sur eux. Et vous, FERMEZ LA !

‒Je ferai tout ce que vous voulez Monsieur Martek, mais s'il vous plait, ne faites pas de mal à mon gosse. Il n'a que 3 ans.

‒Ferme la je te dis, et avance !

Eddie et sa femme se dirigèrent en direction de la salle à manger, suivi par ces deux ravisseurs. Une fois dans la pièce, John balaya du regard l'endroit er vit un canapé en cuir bordeaux, à proximité d'une table masse en marbre.

« Asseyez vous la tous les deux ! »

Eddie et sa femme s'exécutèrent.

‒Ca va aller chéri.Ca va aller, dit Eddie en tentant de rassurer sa femme, en l'enlaçant dans ses bras.

‒Mais qu'est-ce qui va aller ? répliqua t-elle en sanglotant. Deux individus nous ont pris en otage chez nous, avec notre fils, dont l'un d'eux nous pointe actuellement une arme sur nous, et toi tu dis que « ca va aller » ?

Quelques larmes perlèrent le long de sa joue.

‒…Mais dans quel pétrin tu t'es fourré Eddie ? Ah Seigneur…Pourquoi ?

‒Laissez le Seigneur la ou Il est, et dites moi dans un premier temps, dans quelle pièce se trouve votre gosse !

‒Nan, s'il vous plait !!  lui supplia Eddie en se levant brusquement du canapé. Monsieur Martek lui assena violemment un coup de crosse sur son visage, qui le fit se rassoir aussitôt. Sa bouche fut pleine de sang et un filet d'hémoglobine coula du coin droit de ses lèvres. Il s'essuya de la main droite, sous le regard horrifié de sa femme.

‒…mon gamin n'a rien à voir dans cette histoire, reprit Eddie. S'il vous plait, laissez le tranquille.

John se racla la gorge.

‒Okay. Je vais le laisser tranquille…pour le moment ! dit-il dans un rictus sardonique.

A la vue de ce sourire malveillant, laissant augurer un drame à son fils, la femme d'Eddie sanglota de plus belle.

‒tu vois tout le mélodrame que tu as provoqué Eddie ! Je n'ai pas souhaité cela, dit John en secouant légèrement sa tête. Mais pour mon honneur et ma réputation, je me devais de réagir car cela ne pouvait plus durer. Mon image commençait quelque peu à s'écorner. Tu comprends j'espère ?

Eddie sans dire un mot, acquiesça en déglutissant.

‒Mais je vous assure Monsieur Martek, vous aurez votre…votre argent très bientôt. Mais s'il vous plait, laissez ma famille en dehors de tout ça. Je vous en supplie.

‒Trop tard Eddie. Il y a un temps pour tout l'ami.

Il pointa soudainement l'arme sur sa femme.

‒…et celui de ma patience est arrivé à son terme. Donc, ou est mon argent Eddie, dit-il en prenant un ton davantage menaçant. OU-EST-IL ?

 

Son partenaire légèrement en retrait derrière lui, semblait afficher presque de manière imperceptible, un air désolé de devoir assister à cette scène tragique et éprouvante. Mais John ne le remarqua pas.

‒Je…Je n'ai pas cet argent Monsieur Martek, répliqua Eddie le visage en sueur et la voix chevrotante.

‒Tu sais ce que cela implique Eddie ? fit John en ayant toujours l'arme pointée sur sa femme. C'est comme au temps des cow-boys Eddie. C'était soit la bourse….

A ces mots, le visage de John se défigura, d'une manière fugace, d'une colère noire soudaine, à l'expression démoniaque.

‒…ou soit la vie !

Il logea deux balles de son silencieux sur sa femme, qui s'écroula aussitôt du coté gauche du canapé. Elle fut morte sur le coup. Eddie, horrifié, regarda sa femme raide morte, étendue sur le canapé. La haine s'empara de lui. Il ne respirait plus que la vengeance.

‒Ben quoi Eddie, fit John en pointant de nouveau l'arme sur lui. Pourquoi t'énerves-tu ? Tu penses que je viens de t'enlever ta femme ? Tu crois vraiment que je suis un monstre, au point de t'en séparer à jamais ? Ah, ca c'est mal me connaitre Eddie. Je vais même t'offrir le bonheur  d'aller la rejoindre. Et puis après tout vous allez si bien ensemble, dit-il narquoisement.

‒Tu mourras atrocement sale chien ! Tempêta Eddie. Tu n'es qu'un fils de p…

John l'interrompit en lui décochant deux balles dans la tête. Et Eddie à son tour, s'écroula aussitôt du coté de sa femme, collés l'un contre l'autre.

« Tu vois que je ne suis pas un monstre. » ironisa John, avant de se racler la gorge.

Son collègue derrière lui, bien que sous le choc, se donna malgré tout une contenance pour ne rien laisser transparaitre, peut-être par peur qui lui arrive la même chose, voyant la folie meurtrière de John, et de ses sautes d'humeur.

‒Bon, maintenant, trouvons ce salle gosse, dit ce dernier en se retournant vers lui.

‒Tu…Tu ne vas quand même pas le…tuer John ! Ce n'est qu'un gosse.

‒Nan c'est vrai. Je ne vais pas le tuer. C'est toi qui va le faire. Tiens, prends l'arme.

Choqué par ses propos, son partenaire prit néanmoins l'arme, sans dire un mot.

« Allons trouver ce gosse et finissons en ! » fit John en lui emboitant le pas, pour commencer à fouiller l'appartement. Son partenaire le voyant partir en premier, soupira derrière son dos.

Bon sang, qu'est-ce que je m'apprête à faire la, songea t-il en secouant sa tête.

Sa conscience l'immobilisa quelques instants. Alors qu'il fut plongé dans ses pensées, la voix de John retentit du fond du petit couloir qui donnait sur la droite.

« ca y est, il est la. Amène-toi ».

Son partenaire prit le petit couloir d'où émanait la voix de John et le vit devant une porte ouverte. Il s'approcha en déglutissant près de la pièce et regarda à l'intérieur. Il vit un petit garçon au visage attendrissant, qui le dévisageait. Divers PLAYMOBIL était éparpillés autour de lui sur le sol, ainsi que quelques peluches.

« Ou est mon papa et ma maman ? » demanda t-il de sa petite voix toute douce, pleine de candeur.

‒Ils…dorment profondément, répondit John derrière son partenaire.

« Allez, débarrasse toi de lui, qu'on en finisse. Ou sinon c'est moi qui le fait. » Lui murmura John à son oreille. Je t'attends à l'entrée. Dépêche-toi !

John se dirigea vers la porte d'entrée, qui se trouvait à l'autre bout du couloir. Et regardait son partenaire qui se tenait debout de l'autre coté devant la porte de la chambre, ou se trouvait l'enfant. D'ou il se trouvait John n'avait plus que son partenaire dans son champ de vision. Ce dernier se trouvait debout devant la chambre ouverte, en pointant l'arme sur l'enfant. Son front luisait de transpiration, son cœur battait la chamade et son doigt, par intermittence, tremblait sur la gâchette.

Ah, je ne peux pas, songea t-il en voyant le visage tendre et angélique de l'enfant, qui ne comprenait pas ce qui se passait.

« Bon sang, qu'est-ce que tu fous Dany ? S'impatienta John. Bute-moi ce gosse bon sang ! Qu'il aille rejoindre sa famille. C'est ce qu'il y a de mieux à faire pour lui. Alors BUTE LE purée !

A ces mots, Dany tourna sa tête quelques secondes en direction de John en le toisant, sans bouger le reste de son corps, tout en ayant toujours l'arme pointée sur le gosse. Puis il dévisagea de nouveau ce dernier, le visage fermé et la mâchoire serrée. Apres quelques derniers instants d'hésitations, il prit une grande inspiration et tira deux fois dans la chambre en direction de l'enfant, avant de rejoindre John à l'autre bout, au niveau de la porte d'entrée.

‒Enfin. Alléluia ! Tu y es arrivé, lança John en voyant Dany venir à lui.

‒Tu es un monstre John, pesta Dany en se mordillant les lèvres.

‒Oh, je pense que je l'aurai été, si j'avais…si tu avais… laissé le gosse tout seul, livré à lui-même, sans ses parents, relativisa froidement John en reprenant l'arme dans ses mains. Tu es trop sensible et émotif mon cher Dany. Tu ne seras jamais un bon tueur.

Dany ne revenait toujours pas au fond de lui-même, des propos horribles que tenait John.

‒…mais bon ca va, reprit ce dernier. Tu es toujours dans mon estime. Ce qui est déjà une bonne chose en soi.

John ponctua sa phrase tendancieuse, par un sourire forcé.

« Maintenant, allons. Sortons d'ici au plus vite. » S'empressa t-il.

 

 

                                                        ***

 

 

35 ans plus tard…

 

Mai 2016.Place de Clichy. Dans le 18e arrondissement.

 

 

L'aura printanière irisait les esprits et alanguissait le temps. Le soleil avait installé ses quartiers. Tout respirait la quiétude et le charme d'un quartier populaire parisien paisible. Les jolies filles dans leurs robes à fleurs déambulaient dans la rue, faisant tourner les têtes et chavirer les cœurs. Les joggeurs émérites mangeaient du bitume à n'en plus finir. Les amoureux transis rythmaient leurs amours à chaque battement de leurs cœurs, s'enamourant et minaudant la main dans la main…et les cieux dans les cieux. Et un nouveau genre de transport urbain, semblant sortir tout droit d'un film de science-fiction se vulgarisait de plus en plus : les monocycles électriques. Au ciel, un spectacle tout aussi charmant s'articulait au gré de ces féeries printanières. Quelques rossignols chantants improvisèrent leurs ballets aériens respectifs, et voltigeaient sous un soleil radieux qui dardait ses rayons et éclaboussait de lumière, ce petit havre de paix parisien. L'un d'eux se dirigea instinctivement vers la terrasse d'un café et se posa sur l'une des tables, attiré par des miettes de mie de pain. Deux femmes prenant leur repas s'y étaient attablées.

‒Oh, regarde le petit oiseau Katia ! S'émerveilla son amie. Qu'est-ce qu'il est mignon.

Katia était concentrée, les yeux rivés sur son portable à pianoter frénétiquement.

Face à cette indifférence, son amie soupira.

‒Ah la la, lâche le ton Iphone de temps en temps, toi aussi. Profites un peu des belles choses de la vie.

A ces mots, Katia leva sa tête d'un air coquin.

‒C'est justement c'que je suis en train de faire Sylvie, dit elle en voyant l'oiseau s'envoler de nouveau, la miette de mie de pain coincée dans son bec. Je tchate actuellement sur Facebook avec Thierry.

‒C'est qui lui encore ? S'enquit Sylvie.

‒Ah, j't'en avais pas parlé ? répondit elle en fixant de nouveau son Iphone 6.

‒Tu m'en as parlé tellement (de mecs), que je n'arrive plus à te suivre, rétorqua Sylvie l'air blasé. Enfin bref !

Katia fit un sourire forcé.

‒Nan mais t'inquiète…Avec lui c'est du sérieux, répondit cette dernière en pianotant une derrière fois sur son Iphone, avant de le ranger dans son sac.

‒Tu parles. Tu dis toujours la même chose avec tous les autres, toi aussi.

Piquée au vif Katia plissa brièvement ses lèvres en ayant le regard fuyant.

Oh la la, lâche-moi avec tes allusions moralisatrices et condescendantes. Toi  non plus tu n'es pas une sainte, songea t-elle en cogitant une pirouette en guise de réplique.

‒Oh, tu sais…sinon…hum…comptes-tu lui dire un jour ou pas Cathy ? demanda t-elle en passant subitement du coq à l'ane.

A ces mots, cette dernière plissa ses lèvres à son tour. Elle savait indubitablement, à quoi elle faisait allusion.

‒Ca risque de le tuer, si je lui révèle cela. Ce n'est pas évident à avouer ça, tu sais Katia, lui dit-elle en soupirant. D'autant plus que ce n'est pas tout récent cette affaire.

‒Oui je sais miss. Ce sont des « secrets girls » comme tu sais, rétorqua Katia en écarquillant les yeux. Mais faudra bien lui dire un jour, plutôt qu'il ne le découvre par lui-même. La chute sera moins douloureuse. Comme on dit, faute avouée, à moitié pardonnée.

‒Mais je l'aime tellement…J'ai peur de le blesser.

Voyant son amie préoccupée, Katia se mit à réfléchir quelques secondes.

‒Tu sais quoi : J'te conseille d'aller voir un prêtre catho, si tu as des remords et un poids sur la conscience.

Cathy secoua légèrement sa tête en souriant.

‒Ce n'est pas parce que je t'ai avoué une fois que je priais de temps en temps la vierge Marie, qu'il faut que tu me parles de ça, toi aussi. A quoi cela me servira d'aller me confesser Katia ?

‒Peut-être que ça t'aidera à soulager ta conscience, et avoir des conseils avisés de la part d'un homme de Dieu. Chais pas…C'est juste une idée miss !

Sylvie regardait dans le vide en réfléchissant quelques secondes, l'air embrunit, avant de conclure :

‒Oh, et puis t'as p'têt raison finalement. Oui pourquoi pas ! J'essaierai d'aller voir un prête pour voir ce qu'il pourra me dire ou me conseiller. J'en profiterai pour confesser ce pêché, afin de recevoir le pardon de Dieu.

‒…et de ton mari, lui répondit Katia en clignant de l'œil gauche. La vie est si courte Sylvie tu sais, et les remords ne la prolonge pas pour autant.

‒C'est vrai tu as raison Katia. Merci pour le conseil. Ya une église dans le 4e, rue Saint-Antoine, avec un confessionnal. Je pense que j'irai là-bas.

 

*

 


Quelque jours plus tard, dans l'après-midi, Sylvie sortit du métro " Saint-Paul " et déboucha dans la rue Saint-Antoine, dans le 4e arrondissement.  Quartier populaire parisien ou fourmille badauds et touristes, où les uns lèchent les vitrines là où d'autres se lèchent les babines. Quartier populaire ou s'émerveillent autant les pupilles que les papilles.

 

Sylvie se dirigea vers l'église paroissiale " Saint-Paul, Saint-Louis " située au 99 rue saint-Antoine,qui se trouvait à environ 200 mètres à droite en sortant du métro. C'était un édifice qui s'étirait en hauteur et en largeur s'inspirant à la fois d'éléments inspirés de l'Italie et de traditions françaises. Une statue de Saint-Louis était érigée à l'extérieur au 3e niveau de l'élévation. La façade quant à elle, qui fut composée d'une grande porte centrale et de deux petites portes de chaque côté, fut entièrement restaurée en 2012. A l'intérieur de l'église, tout un décorum fastueux d'inspiration baroque illuminait l'édifice. De hautes fenêtres conféraient une luminosité abondante. Un impressionnant dôme culminait à 55 mètres de hauteur sur lequel figurait, au milieu des pilastres, quatre rois des dynasties Françaises (mérovingiens, carolingiens et capétiens) peints en grisaille. En bas il y avait le chœur, le chevet et les croisillons droit et gauche du transept, entouré par d'innombrables chaises en bois. Une chaire a prêcher ornée de bas-reliefs située à proximité culminait à environ 2 mètres du sol. Des œuvres picturales religieuses, ainsi que des statues de saints ornaient la pièce ici et la. Un autel en hommage à la vierge Marie y était même consacré. Près de la porte d'entrée, deux bénitiers dont la forme faisait étrangement penser à des coquilles d'huîtres, étaient accrochés au mur. Pour ceux qui voulaient se signer avec de l'eau bénite. Quant aux confessionnaux, deux de chaque étaient respectivement installés aux abords d'une allée, des deux côtés de l'église. Des gens étaient Beats d'admiration devant la beauté de certaines œuvres, surtout les touristes. Certains prenaient des photos et d'autres, introspectivement, se recueillaient assis sur une chaise, devant une relique ou une statue de la vierge Marie. Devant tout ce spectacle architectural et décoratif, Sylvie semblait être émerveillée voire admirative.

‒Wow, c'que c'est beau, songea t-elle en balayant l'endroit du regard.

Elle se dirigea sur l'allée de gauche vers l'un des deux isoloirs. C'était un confessionnal traditionnel, divisé en trois compartiments séparés. Le compartiment central ainsi que les  loges latérales, étaient toutes munies de rideaux pour plus de discrétion. Un grillage recouvert d'un léger voile noir, était respectivement installé à l'intérieur des deux loges, afin que puisse communiquer le pénitent avec le prêtre. Ce dernier, assis dans le compartiment central, caché derrière son rideau, et vêtu d'une tunique beige était religieusement en train d'écouter une personne. Sylvie décida de s'assoir sur une des chaises disposées devant le confessionnal, en attendant son tour.

Trente minutes plus tard, elle vit le pénitent sortir le premier du confessionnal. C'était un homme blanc d'une cinquantaine d'années élégamment habillé en costume cravate, les cheveux grisonnants. Il portait un bouc et des lunettes et semblait visiblement soulagé d'avoir pu expier ses péchés les plus inavouables, auprès d'un prêtre. Ce dernier tira à son tour le rideau et sorti presque aussitôt. Il paraissait vingt ans de moins que le pénitent, sous sa tunique beige. Il avait le visage imberbe et portait également des lunettes de vue .Une impression de douceur et de bienveillance se dégageait viscéralement de lui. Il émanait de lui une telle aura de bonté, que cela mettait intrinsèquement les gens à l'aise et en confiance. Après avoir échangé quelques derniers mots devant le confessionnal avec le cinquantenaire (il parlait d'un ton calme et apaisé), le prêtre regarda quelques instants l'homme s'éloigner puis se tourna  vers Sylvie en lui lançant un regard attendri.

‒Bonjour madame. Vous attendiez votre tour j'imagine ? Lui demanda t-il.

‒Oui, tout à fait Mons...mon…mon père ! 

‒Très bien. Je me présente. Je suis le père Tognard.

‒Et moi Sylvie.

‒Enchanté. Installez vous dans le confessionnal je vous prie, dit le prêtre en désignant l'isoloir de la main gauche.

Sylvie s'exécuta et s'installa dans la loge latérale du côté gauche. Elle tira le rideau devant elle. Le prêtre fit de même en s'installant dans la loge centrale.

‒bénissez moi mon père car j'ai péché, reconnut Sylvie dans le confessionnal en faisant le signe de la croix. Cela fait... 6 ans... Que je ne me suis pas confessé.

‒y'en à qui ne l'ont jamais fait et ne le feront jamais hélas, rétorqua le prêtre afin de la rassurer. Le temps n'à rien avoir avec le pardon. Ce qui est important est de se repentir pendant CE temps, ce temps de grâce, pour recevoir le pardon de Dieu.

‒oui c'est vrai mon père.

‒Dites moi, voulez vous que je rabatte le rideau sur le grillage Sylvie, afin de vous sentir davantage à l'aise, ou bien cela ne vous dérange pas plus que ca ?

‒Euh... Oui, oui pourquoi pas. Cela m'aidera je pense à davantage me dévoiler et à confesser ce fardeau qui me pèse depuis tant d'années déjà mon père.

‒très bien, fit le prêtre avant de s'exécuter. Alors dites moi Sylvie, qu'est-ce qui vous à amener à venir vous confesser au bout de 6 ans ? La conscience ?

‒c'est une amie qui m'a conseillé d'aller me confesser et de demander conseil auprès d'un prêtre pour mon péché.

‒Ah, alors vous avez une très bonne amie Sylvie, pour qu'elle vous donne d'aussi bons conseils, plaisanta le prêtre.

‒merci mon père, répondit Sylvie amusée.

‒alors, dites moi tout. Je vous écoute. Sentez-vous à l'aise Sylvie. Je ne suis pas la pour vous juger, mais pour vous accorder le pardon de Dieu.

‒Bon, très bien…très bien. Donc voilà ... Je me suis mariée y'a sept ans avec un homme que j'aime...et que j'aime toujours d'ailleurs. Avant de le rencontrer, j'étais avec  quelqu'un depuis deux ans. Un homme que j'avais connu lors d'une soirée. J'avais raconté tout ça à mon mari. Il est au courant de toute cette histoire.

‒jusque là tout me paraît plus ou moins normal.

‒Oui, comme vous dites "jusque là "... Sauf que j'avais certifié à mon mari que c'était Fini et que je ne le voyais plus, mais cela ne fut pas le cas.

‒hum... Je vois, fit le prêtre en mettant son doigt sur la bouche et en dodelinant légèrement de la tête .Etes vous toujours ensemble ? Je veux dire vous et votre ...amant !

‒Non mon père. J'ai cessé de le voir le jour où j'ai eu mon bébé. Il a 6 ans maintenant.

‒Ah, je vois...Je pense avoir compris à présent. Je suppose que le bébé que vous avez eu avec votre époux vous a incité à définitivement rompre les liens avec votre amant, et que vous voulez a présent confesser cela, pour être pardonné de votre....adultère ! C'est bien ca, n'est-ce pas Sylvie ?

Cette dernière marqua un silence et soupira, avant de reprendre.

‒c'est presque ca mon père, mais c'est bien plus complexe encore.

‒Veuillez m'en dire plus, car je ne vois toujours pas où vous voulez en venir.

‒C'est l'enfant…

‒Quoi « l'enfant » ? Vous l'avez avorté ? Vous et votre mari, vous n'avez pas voulu l'assumer?

‒Oh non, bien au contraire mon père. Nous l'avons aimé et chéri comme tous bons parents. Mon mari est un vrai papa poule pour lui.  Oh ca de ce côté là y'a aucun soucis.

‒Alors ou est le problème Sylvie ? Pour quelles raisons Etes vous venu vous confesser finalement ?

‒L'enfant n'est pas de lui mon père... Mais de mon amant. J'ai fait croire a mon mari jusqu'à ce jour, qu'il est bien son fils, mais cela n'est pas le cas. Ma conscience m'a toujours accusé et ne m'a jamais laissé de répit. C'est pourquoi j'ai décidé après toutes ces années de mensonge de venir vous voir mon père afin de recevoir l'absolution pour ce péché. Pensez vous que Dieu me le pardonnera ?

Surpris par cette révélation, le prêtre marqua à son tour un léger silence, afin d'accuser le coup.

‒Mon...mon père... vous êtes toujours là ? 

‒Euh...Oui, oui Sylvie. Je suis toujours là. Je réfléchissais...Bien sûr que Dieu vous pardonnera Sylvie. La miséricorde de Dieu n'a de sens que par le péché. Et ce quelque soit le péché.

‒Que faut il que je fasse mon père ?  Dois-je continuer à lui cacher cela ou bien lui avouer ?

‒La vérité est tapie dans ta conscience Sylvie. Si elle t'accuse alors c'est que tu dois lui avouer cela et dire à ton mari la vérité. Même si cela risque de lui faire mal au début .La vérité blesse mais guérit aussi. Et ce ne sont que les lâches qui se cachent constamment derrière le mensonge. Sache-le Sylvie. Si quelqu'un frappe constamment à ta porte, sans s'arrêter, pourquoi ne pas décider de lui ouvrir ? De même, si ta conscience t'accuse constamment, pourquoi ne pas décider de crever l'abcès en disant la vérité à ton mari ? Pour moi il serait bien plus sage que tu lui avoues cela de toi-même, plutôt qu'il ne l'apprenne a ton insu. Ce qui serait je pense bien plus dramatique pour vous deux... Et pour l'enfant !

Sylvie acquiesça de la tête.

‒C'est vrai, vous avez raison mon père.

‒La Vérité nous affranchira a dit le Seigneur. Avez-vous autre chose à confesser Sylvie ?

-Nan mon père.

Ce dernier retira le petit rideau du grillage.

-Vous pouvez maintenant faire l'acte de contrition Sylvie, si vous le voulez.

-Okay..." mon Dieu, j'ai péché contre toi et mes frères, mais près de Toi se trouve le pardon. Accueille mon repentir et donne moi la force de vivre selon Ton amour."

-Très bien. Je vous absous de vos péchés au nom du Père, du Fils et du St-Esprit, dit-il en faisant le signe de croix.

Sylvie fit de même.

-Allez dans la paix du Christ.

-Amen. Merci mon père.

-Hum...Il faut répondre "nous rendons grâce à Dieu.», Sylvie.

- Oh, pardonnez-moi mon père, «Nous rendons grâce à Dieu.».

-Vous pouvez à présent sortir du confessionnal.

Sylvie l'air soulagé sorti en premier. Puis ce fut le tour du prêtre.

Ce dernier, après lui avoir adressé quelques dernières paroles d'encouragement et de réconfort devant le confessionnal, en lui tenant la main, la salua en la voyant se diriger vers la sortie. Sylvie avait le cœur léger et se sentait confiante pour révéler a son mari son lourd secret. Chose qu'elle envisageait de faire des ce soir, à table, dès lors que son époux rentrerait du boulot, néanmoins avec quelques petites appréhensions.

 

*


Le lendemain matin, quelques instants avant l'ouverture de l'église « Saint-Paul ,Saint-Louis »,dans le 4e arrondissement, le  père Tognard officiait dans son bureau d'accueil, à proximité de la porte d'entrée .Il lisait quelques documents divers devant son ordinateur portable (demandes de baptêmes, mariages, messes pour requiem,etc),pendant que la radio posée juste à côté, allumée et branchée sur FRANCE INFO, diffusait les dernières nouvelles auquel il ne prêta aucune attention. Il resta concentré sur les documents qu'il tenait, tout en griffonnant conjointement de l'autre main, quelques notes sur papier.

« Il est 8h45. Voici l'actualité.

Un fait divers dramatique s'est déroulé hier soir dans le douzième arrondissement. Une jeune femme a été assassiné par strangulation a son domicile, par son mari. Ce dernier s'est ensuite rendu à la police, pour avouer son meurtre. Selon le témoignage de l'époux, une dispute aurait éclaté après que la femme ait avoué que leur enfant de 6 ans n'était en réalité pas de lui (cette info fit tiqué le prêtre).

Ah Seigneur, non ! Pas elle... Et ... Et l'enfant ! Songea t-il brusquement, saisi d'effroi, en mettant la main sur sa bouche.

... Par chance, l'enfant ne se trouvait pas sur les lieux, mais en colonie de vacances dans le sud de la France. Des son retour, il sera placé dans une famille d'acc...».

Le prêtre éteignit la radio et lâcha conjointement un soulagement mêlé d'un soupir.

Bon sang...encore un...Ah Seigneur ! Merci néanmoins d'avoir gardé l'enfant de cette folie meurtrière, dit-il en regardant le crucifix accroché sur le mur à sa gauche. Oh Seigneur, pardonne-moi si cela est de ma faute. Je n'ai fait que mon devoir de prêtre : Dire et conseiller la vérité aux gens, qui seule libère et élève l'âme .Mais la vérité hélas est parfois à double tranchant. Elle peut guérir tout comme elle peut tuer. Ah Seigneur, daigne recevoir l'âme de cette jeune femme, Sylvie, entre Tes saintes mains, après son séjour dans le purgatoire. Au Nom du Père, du Fils et du St-Esprit (Il se signa).Amen !

 

Durant le reste de la journée, le prêtre vaqua à ses occupations religieuses quotidiennes (chapelet, adoration du saint sacrements, office des laudes,etc) sans pour autant se laisser submerger d'émotions par cette triste nouvelle matinale. Il assura également comme a l'accoutumée son service de confession (de 18h à 19h) .Moment particulier ou chaque pénitent venait voir le prêtre pour s'auto-flageller de son ombre.

"Bénissez moi mon père car j'ai péché".

Une très belle femme plantureuse fit cet aveu à travers la grille du confessionnal dès lors qu'elle y fut installée avec le père Tognard, après avoir patiemment attendu son tour. C'était une brune aux yeux bleus ayant une fossette au menton, et les cheveux tombant sur ses épaules. Elle portait une robe manches courtes cintrée rouge à pois blanc, façon "vintage», chaussée sur des escarpins noirs à talons.

‒Avant de poursuivre, souhaitez-vous que la grille soit couverte ou bien préfériez vous laisser ainsi ? Demanda le prêtre.

Comme pris d'une introspection soudaine, la jeune femme regarda vers le sol, en se mordillant légèrement les lèvres.

‒Euh... Oui, oui...je préfère oui !

‒Très bien.

Le prêtre s'exécuta aussitôt.

‒Donc voilà... J'ai toujours été porté sur la chose mon père.

‒C'est-à-dire ?

‒Sur... Sur le sex (Le prêtre déglutit.) . J'ai toujours aimé ça. Depuis le jour de mes 14 ans où j'ai définitivement troqué ma robe blanche contre celle rouge sang. J'ai couché avec beaucoup d'hommes dans ma vie mon père et acquis beaucoup d'expérience dans le domaine. Au point de savoir jauger le potentiel sexuel d'un homme lambda, rien que le regardant. Et en règle générale, j'ai rarement tort (le prêtre déglutit de nouveau)... Puis un jour j'ai voulu expérimenter d'autres choses. Et c'est là que les problèmes ont commencé.

‒Très bien. Voulez vous m'en dire davantage svp ? Interrogea le religieux.

La jeune femme resta quelques secondes dans le silence, avant de poursuivre :

‒J'ai envoyé des hommes innocents en prison, lâcha t-elle avec regret, sans biaiser. J'ai envoyé 4 hommes en prison. Ma conscience ne me laissait jamais en paix. Il fallait que je vous avoue cela, pour que Dieu me pardonne. 

‒Oui en effet... Très bien .Mais...Pour quelles raisons ont ils été incarcéré, si je peux me permettre ?

‒J'ai...j'ai porté plainte pour viol collectif, et les 4 ont été incarcéré. Ils ont tous écopé de 5 ans de prison ferme mon père. Il leur reste à purger 2 ans et 3 mois jour pour jour. J'ai vraiment honte de moi. Vraiment honte...

‒Pourquoi avoir honte ? Cela me semble normal qu'ils aient été condamné, Vous ne croyez pas ? Un viol ce n'est pas rien quand même.

‒Oui mais j'ai...menti mon père... J'ai menti ! Avoua t-elle en faisant profil bas.

‒comment ca ? Tiqua le prêtre. Vous êtes en train de me dire que vous avez fait incarcérer des hommes, qui en réalité ne vous ont jamais violé ?

‒oui mon père.... Enfin non ! Mais Ce n'était pas vraiment un...un  Viol ! 


‒c'était quoi alors ?

‒j'ai tout simplement été...consentante mon père. J'ai toujours rêvé de pratiquer cela avec plusieurs hommes à la fois (le prêtre déglutit). Vivant dans une cité infestée de grands frères, de caïds et de sentinelles religieuses, ce n'était vraiment pas facile pour moi d'assouvir tous mes désirs sexuels. J'ai du faire le mur bien souvent et inventer des histoires pas possible a mes parents et à mes frères, pour coucher avec qui je voulais et réaliser tous les fantasmes qui me trottaient dans la tête. J'ai couché avec plusieurs hommes à la fois, qu'à deux reprises. J'ai ensuite maquillé ca en "viol" pour préserver ma réputation. J'ai eu peur pour mon image et je fus contraint d'inventer cette histoire, en faisant passer des vessies pour des lanternes, pour ne pas me faire passer ou me donner  l'image d'une salo...hum...enfin...Une fille facile quoi ! Le mensonge est tellement plus crédible que la vérité mon père...Je craignais surtout la réaction de mes deux frères ultras religieux et de mes parents. Mais je regrette amèrement ce que j'ai fait. Vraiment... Je sais que ce n'était pas bien, surtout que j'y ai pleinement consenti. J'ai depuis quitté la religion musulmane de mes parents, à leur insu, pour me convertir secrètement au catholicisme il y a peu, par le biais d'une amie antillaise. Je ne vis plus chez eux également, pour plus de tranquillité et mon bien être personnel. Et j'ai coupé les liens avec mes frères.

Bien qu'il n'émit aucun jugement, soumis a son devoir de réserve inhérent, le prêtre soupira malgré tout en secouant légèrement la tête.

‒Donc si je comprends bien...vous avez préféré inventer une histoire de toute pièce, au risque d'envoyer des innocents en prison, uniquement pour préserver votre réputation ?

Piquée au vif, la jeune femme mordilla ses lèvres. Gênée par cette question tendancieusement accusatrice, elle préféra  l'éluder par une autre question.

‒Pensez vous que Dieu me pardonnera mon père ? Je sais profondément que j'ai péché, dit-elle l'air penaude.

‒Comme j'aime à le dire souvent, le pardon n'a de sens que par le péché, tout comme la charité n'a de sens que par la pauvreté. Donc oui Il vous pardonnera, car Sa miséricorde dure a toujours, dit-il en retirant le rideau de la grille. Ceci étant, je vous invite maintenant à faire l'acte de contrition.

‒Euh...C'est quoi ça mon père ?

‒Ah je vois...Vous le connaissez pas ! Ce n'est pas grave. Contentez vous juste de répéter ce que je vais dire, ordonna le prêtre.

‒Okay, pas d'soucis !

‒Très bien...Mon Dieu, j'ai péché contre toi et mes frères ...

‒Mon Dieu, j'ai péché contre toi et mes frères...

‒...mais près de Toi se trouve le pardon...

‒...mais près de Toi se trouve le pardon...

‒...accueille mon repentir et donne moi la force...

‒...accueille mon repentir et donne moi la force...

‒...de vivre selon ton amour...Amen !

‒...de vivre selon ton amour...Amen !

‒Très bien, je vous absous au Nom du Père, du Fils et du St-Esprit, annonça le religieux en faisant le signe de croix.

Après avoir respectueusement tirés leurs rideaux, ils sortirent simultanément du confessionnal. N'y voyant personne assis devant pour une confession ultime, et le temps imparti pour cela arrivant bientôt à son terme (il était 18h54) le père Tognard décida d'accompagner la jeune femme vers la porte de sortie.

‒Je vous accompagne, dit ce dernier

‒Avec plaisir, répondit la jeune femme d'un large sourire.

Alors qu'elle s'apprêtait à ouvrir la porte qui mène vers la sortie, cette dernière se retourna brusquement contre toute attente, pour s'adresser au prêtre une dernière fois.

‒dites moi mon père ! Une question me taraude un peu l'esprit. Puis je vous l'a poser ?

‒Allez y, oui. Pas d'soucis, rétorqua t-il. Que souhaitez-vous me dire ?

‒Voilà... Peut-on vraiment pardonner ? Et pourquoi devons nous constamment le faire ? Cela est il réellement utile ?

‒tout d'abord, le pardon doit faire partie intégrante de notre condition d'homme, de part notre nature pécheresse. Le cas échéant, comment pourrions nous expérimenter le pardon, sans que l'on ne soit offensé ? Vous savez, comme je l'ai dit, le pardon n'a de sens que par l'offense. Il faut donc qu'il y ait un mal, pour qu'il y ait un bien. Le mal et le bien sont les deux versants de la sagesse. Je pense que le pardon est possible dès lors que l'amour de Dieu grandit en nous chaque jour. Autrement, cela serait impossible de pardonner à quiconque. Impossible. Vous savez, la spiritualité c'est comme le sport, c'est un dépassement de soi.

‒Hum... Je vois ! Mais bon, je sais que ce n'est pas évident non plus... Enfin bon ! Mais pensez vous avoir pardonné à tous ceux qui vous ont offensé mon père ? Moi j'ai du mal parfois...

‒je pense que le seigneur et la très sainte vierge Marie m'y ont aidé. Sans eux, je n'aurai sûrement pas pu pardonner à ceux qui m'ont offensé, durant ma vie avant que je sois ordonné prête... Et même après ! Et Dieu sait que j'ai eu beaucoup d'épreuves dans ma vie, comme tout homme. De plus, seul le pardon élève l'âme, et non la rancœur ou l'amertume.

‒Ah la la, c'que j'aimerai avoir votre sagesse mon père, fit elle avec une pointe d'admiration. Cela paraît parfois tellement surhumain, voire surréaliste.Et comment pouvons nous savoir que nous avons réellement pardonné mon père ?

‒quand aucune racine d'amertume ou de vengeance ne pousse dans notre cœur, répondit le prêtre. Priez la vierge Marie qui est pleine de grâces, afin qu'elle vous accorde cela.

‒très bien, je le ferai. Merci mon père, dit elle en ouvrant la porte de l'église.

‒Bonne soirée à vous.

Le religieux lui fit un signe de la main, en voyant la femme s'éloigner du côté gauche.

‒...bonne soirée ! Lui Répondit il a voix basse.

Bon, je vais adresser une petite prière à la vierge. Je crois que j'en ai besoin pour me remettre de toutes ces émotions, songea Le prêtre.

Ce dernier se dirigea ensuite vers la statue de Marie qui se trouvait devant le confessionnal, près d'une rangée de chaises, afin de pouvoir se recueillir quelques instants auprès d'elle. Alors qu'il marchait en direction de la Madone, son pied droit se mit à heurter quelque chose par terre, a environ 50 cm de la statue.

-qu'est-ce que...songea t-il en baissant soudainement sa tête.

Il s'agenouilla et vit un stylo-bille en métal gris argenté jonché sur le sol.

Tiens, qu'est-ce que ça fait la, ça ? se dit-il en regardant l'objet d'un air perplexe .On a du le laisser tomber sans s'en apercevoir.

Au moment de se relever quelqu'un s'adressa a lui de derrière.

« Bonsoir mon père. ».

C'était un homme d'une soixantaine d'années. Il avait les cheveux blancs et une barbe de trois jours. Il portait un polo vert sapin sur un pantalon en toile noir et des baskets en cuir noir également.

Le prêtre eut un léger sursaut, avant de se retourner et de voir son interlocuteur.

‒Bon...Bonsoir ! Vous m'avez fait sursauter Monsieur, dit-il en s'empressant de ranger le stylo dans la poche gauche de son pantalon, sous sa tunique, après avoir soufflé dessus.

‒vous m'en voyez désolé mon père.

Ce n'était pas mon intention. Pardonnez-moi.

‒Nan, nan... Ce n'est pas grave. Que puis-je pour vous ? Demanda le prêtre.

‒je...souhaiterai me...confesser mon père, dit-il en baissant la tête.

‒Très bien... Mais c'est que le temps imparti pour cela est fini Monsieur. Il est déjà 19h07. Passez demain entre 18h et 19h,si vous le souhaitez.

‒C'est que...je...je ne pourrai pas revenir demain, car je repartirai chez moi, dans le sud de la France en train. Je pars demain à 11h23.Et j'aimerai vraiment me confesser aujourd'hui mon père, si possible, dit il d'un ton suppliant. Vous ne pouvez pas savoir combien cela est important pour moi.

‒C'est vraiment si important que ca ? Demanda le prêtre. 

‒Oh que oui ... Vous n'avez pas idée. J'ai fait beaucoup de mal dans ma vie, et après mûres réflexions, je souhaite vivement recevoir le pardon de Dieu, avant qu'il ne soit trop tard pour moi, ou que la mort me ravisse prématurément. Et je sais déjà qu'elle rode autour de moi. Je le sens, mais ne saurai comment l'expliquer.

Le prêtre soupira en le regardant.

‒S'il vous plait mon père, insista t-il.

‒Bon...pas plus d'une demi-heure dans ce cas.

‒Pas d'soucis... Merci beaucoup mon père. Vraiment... Merci beaucoup. Vous me rendez un fier service.

‒Installez vous dans le confessionnal je vous prie, lui ordonna le prêtre.

Chacun des deux se trouva respectivement à sa place, l'homme dans la loge gauche et le prêtre au milieu, afin de pouvoir commencer la confession.

‒Avant de commencer, souhaitez-vous vous confesser à visage découvert ou voulez-vous que je rabatte le voile ? Lui demanda le religieux à travers le grillage intérieur.

L'homme se mordilla les lèvres.

‒A vrai dire, je souhaiterai me confesser derrière le voile mon père. J'ai trop de choses honteuses à dire. Ce n'est pas très glorieux vous savez, mais si je suis la c'est pour pouvoir laver ma conscience devant Dieu.

‒Très bien.

Le prêtre s'exécuta.

‒Je vous écoute. Parlez sans crainte.

‒Voila... J'ai eu une vie très sombre mon père. Je préfère vous prévenir.

‒Oh, vous pouvez y aller vous savez. Bien que je ne divulgue pas les secrets des gens, je peux vous dire que j'en ai entendu des vertes et des pas mûres vous savez. Et je ne suis pas là pour vous juger, mais pour permettre de vous réconcilier avec Dieu.

‒C'est ce que j'ai toujours cru mon père, et ce pourquoi je suis la.

‒Je suis le père Tognard. Et vous, quel est votre prénom ?

‒John...John Martek, dit-il en se raclant la gorge.

‒Enchanté John. Très bien. Je vous écoute. Quel est donc le poids de votre conscience ?

‒Okay. Bon...euh...Voila ! J'ai eu une vie assez...sulfureuse mon père.

‒c'est à dire ? rétorqua ce dernier.

‒j'ai fait beaucoup de mal...

‒nous en avons tous fait. Continuez...

‒c'est vrai, mais bon laissez moi développer et vous comprendrez ce que je veux dire.

Inconsciemment, le prêtre afficha fugacement un air perplexe.

‒Allez y, vous êtes là pour ça. Vous pouvez parler sans crainte, assura le religieux.

‒Okay. Tout ça a commencé dès mon tout jeune âge. J'ai toujours été un enfant terrible, un ado rebel. A la maison, je me disputais souvent avec mes parents. Je ne supportais pas leurs réprimandes quand je faisais des bêtises. Une fois j'ai même frappé ma mère au visage, parce qu'elle m'avait refusé un jour que je sorte avec mes copains le week-end, du fait de mes mauvais résultats scolaires continuels. Et mon père était une lavette. Il ne manifestait aucune autorité naturelle. Je le trouvais pitoyable, révéla John en regardant le sol, l'air pensif. Enfin bref...Comme vous l'avez pu deviner, au niveau scolaire je n'étais pas non plus quelqu'un de studieux. Je passais mon temps à me bagarrer ou à faire l'école buissonnière, pour vendre du cannabis. C'était une manière pour moi de gagner beaucoup d'argent et du respect, surtout vis à vis des filles. Et je pensais à l'époque que lorsqu'on avait l'argent et les filles, on ne pouvait qu'être  respecté de tous. Mais je me suis rendu compte, que je me trompais moi-même, par de tels raisonnements.

‒Effectivement. Et c'est déjà une sagesse, que de le reconnaitre John.

‒Oh oui mon père…Puis, de fil en aiguille j'ai basculé dans le grand banditisme, «du côté obscur de la force » comme dirait l'autre. Je voulais me faire plus d'argent, donc je me devais de prendre plus de risques (le prêtre soupira en dodelinant légèrement de la tête. L'index posé sur sa bouche). J'avais donc décidé d'être à la solde d'un boss mafieux sanguinaire qui avait marqué son territoire sur toute la région parisienne. Il me payait pour tuer des gens, pour des dettes non réglées, des règlements de compte ou autres vendettas. J'ai dû en tuer une centaine environ, au bas mot (le prêtre déglutit). J'en tuais certains d'une balle dans la tête chez eux, ou décapitait même leurs têtes dans des terrains vagues la nuit, façon DAECH. Tandis que pour d'autres je les enterrai vivants sous terre, ficelés, ou bien je...

‒C'est bon, c'est bon !! L'interrompit le prêtre embarrassé. Pas la peine de...de rentrer les détails. Merci !

‒Oh...Pardon. Excusez-moi mon père. Je cherchais à être le plus sincère, le plus transparent possible. 

‒Certes, mais vous n'êtes pas devant un juge mais devant un prêtre. Ce n'est pas un tribunal ou un commissariat, mais un confessionnal John. Je n'ai pas à connaître la nature de tous vos crimes. Je suis là pour vous les absoudre, pour que vous soyez lavés de vos péchés. Tenez vous le donc pour dit John.

‒C'est vrai, vous avez raison. Pardonnez-moi mon père de vous avoir choqué de la sorte. Je... Excusez-moi !

‒C'est pas grave. Mais faites vite dorénavant, car cela fait déjà pas mal de temps que l'on est dans ce confessionnal John. Et j'ai voulu vous faire un geste en vous recevant donc soyez plus concis des à présent s'il vous plaît.

‒Oui c'est vrai. D'ailleurs je vous en remercie mon père. Mais c'est que j'avais beaucoup de choses à dire, pour pouvoir mieux soulager ma conscience (le prêtre acquiesça de la tête).Mais bon, rassurez vous mon père je vais bientôt terminer.

« Ah Ben il serait peut-être temps », songea le religieux en soupirant.

‒Donc Voila. Apres avoir été aux ordres d'un mafieux, un jour j'en ai eu marre et me suis mis à mon compte, pour ne plus dépendre de qui que ce soit. Je voulais comme lui régner sur toute l'île de France, mais il ne pouvait y avoir qu'un seul "mâle dominant".J'ai donc tué "mon boss" en crachant dans la soupe et sur sa gueule. J'avais mis du cyanure dans le coca de son menu Big Mac qu'il m'avait demandé d'acheter au Mc Do. Des lors, je trempais dans la drogue, la prostitution, les jeux, et bien sûr le meurtre (le religieux déglutit de nouveau). Et je régnais sans partage sur toute l'île de France.

‒Hum...Pardon...Excusez moi John...mais...Dans tous ces...péchés...vous ne vous êtres jamais fait prendre, ne serait-ce qu'une fois ? demanda le religieux d'une voix blanche.

‒Non, du tout. Heureusement. Je faisais en sorte que les choses aussi sales soient-elles, se fassent proprement mon père. Sans faire de jeux de mots.

‒Ah très bien, répondit ce dernier. Visiblement, vous avez eu beaucoup de chances alors. Hum...Mais bon...continuez ! Fit-il en faisant poindre une légère moue sur son visage.

‒Quand tout est bien préparé, la chance n'a plus lieu d'être mon père.

‒Si vous le dites John. Si vous le dites !

‒Enfin bref...Donc, Je me suis mis également a vendre des armes a des caïds de cité, et même sur le "Darknet", la partie invisible de l'iceberg du web. Tout était bon pour se faire de l'argent. Tout.

La confession dura plus de temps que prévu .Elle avait commencé depuis 56 minutes déjà. Le prêtre était viscéralement suspendu aux lèvres du confessant. Il ne faisait plus attention à l'heure qui tournait. Et les derniers badauds et touristes entre-temps, avaient tous déserté l'église.

‒franchement j'ai honte de vous avoir raconté toutes ces choses horribles mon père, reprit John. Je n'aurai pas du...je...Excusez-moi .Dieu ne pourra jamais me pardonner toutes ces crimes. Comment le pourrait-Il ?

‒Il vous les pardonnera John. Il vous les pardonnera...N'est impardonnable que l'impardonnable, rétorqua le prêtre afin de le rassurer.

‒Oh je ne sais ... Je...du moins je l'espère, dit John en ressassant dans son esprit ses crimes les plus diaboliques. 

Il marqua une pause.

‒Vous savez mon père...j'ai...j'ai même tué un jour...ou du moins fait tué un...un enfant de 3 ans, révéla t-il en sanglot la voix chevrotante.

A l'annonce de cette révélation, le prêtre tiqua et fronça instinctivement les sourcils, de manière presque imperceptible.

‒Comment ça ? Vous...vous avez tué...un gosse ? 

‒Oui hélas mon père. Mais je ne l'ai fait qu'une seule fois. Mais c'est…c'est mon partenaire de l'époque qu'il l'avait exécuté. C'était quelqu'un que je devais initier au grand banditisme. Je le trouvais trop sensible a mon goût. C'est pourquoi j'ai voulu lui donner son baptême de feu ce jour là, afin qu'il fasse ses preuves et devienne comme moi : quelqu'un de craint et de respecté dans le milieu. Je l'avais ordonné de tuer un gamin, à cause d'une dette non réglée de son père qui s'éternisait trop à mon goût. Père que j'ai aussi tué, ainsi que sa mère, avoua John en se tenant la tête des deux mains. Oh Seigneur...mon père, ayez pitié de moi. J'ai fait tant de choses atroces.

Le prêtre avait progressivement changé l'expression de son visage et paraissait de plus en plus antipathique.

‒et qu'est...qu'est devenu celui qui…qui a tué ce gosse John ? Est-il toujours avec vous ? Simple curiosité...

‒Non, je l'ai tué le lendemain d'une balle dans la tête également chez lui, a un moment où nous partagions un repas, en terminant ensuite mon plat sereinement comme si de rien n'était, avoua John avec regret en secouant sa tête. Je le trouvais trop "sensible" pour devenir mon bras droit. Je ne le sentais pas. Je l'ai fait tuer ce gosse, puis ensuite je l'ai tué.

-mais qui n'avez vous pas tué John au final, demanda le prêtre avec une pointe de reproche dans la voix.

‒Sûrement mon ego... Mais je me suis enfin décidé a vouloir l'éliminer définitivement lui aussi, par la conscience, en venant me confesser et me repentir auprès de Dieu, par votre biais.

Le prêtre marqua une pause, avant de répondre.

-Oh, je doute que cela vous soit utile ou puisse vous servir à quelque chose maintenant John.

‒Pour…pourquoi ? Pensez vous que Dieu ne me pardonnera pas tous ces crimes, demanda John l'air inquiet.

‒Oh, je pense que Dieu vous le pardonnera certainement John…Mais…certainement pas moi !

‒Que…comment ça…je pensais que vous n'étiez pas la pour me juger mon père.

Il y eut de nouveau silence .Un démon passa. Et soudainement, une atmosphère étrange s'installa dans le confessionnal, comme un nuage grisâtre chargé d'électricités, qui s'était juste immobilisé au dessus de John.

Inconsciemment celui -ci se mit à déglutir.

‒Mon…mon père, vous…vous êtes toujours la ? reprit ce dernier.

‒Dieu est Miséricordieux John. Dieu est miséricordieux…Mais certainement pas… moi ! Dit le prêtre d'une voix légèrement menaçante.

La voix de ce dernier ne venait plus de l'autre pièce annexe, d'en face, mais bien de l'extérieur du confessionnal. Il était sorti de sa pièce exigüe et se trouvait juste derrière le rideau, d'ou se trouvait John.

Ce dernier se mit de nouveau à déglutir. Un mauvais pressentiment venait de le saisir.

‒Que…mon père ? Pour…pourquoi dites vous cela ? N'êtes vous pas…la pour pardonner les pêchés mon père ? demanda John le visage luisant de transpiration, et parlant à travers le rideau, d'ou la voix du prêtre émanait.

De nouveau un silence de quelques secondes d'éternité s'installa. Puis soudain, ce dernier tira violemment le rideau. John sursauta et dévisagea avec effroi, le visage du prêtre ayant le regard aussi sombre que la nuit, aussi sombre que la mort elle-même. Il avait sa main droite derrière son dos, et cachait apparemment quelque chose.

« Ce gosse John…c'était moi ! » lui révéla t-il avant de se jeter sur lui et de lui tenir la gorge de sa main gauche. Il l'étrangla avec une force inouïe, puis fit jaillir de sa main droite le stylo-bille en métal gris argenté qu'il avait trouvé par terre il y'a 66 minutes de cela, et l'assena de coups multiples sur sa poitrine, puis ensuite sur son cou. Parallèlement, des bribes de souvenirs lui revenaient soudainement à l'esprit, par flash. Comme la vision de ses parents morts sur le canapé, le clin d'œil furtif du complice humaniste de John Martek à son encontre, devant la chambre, et la balle venant se loger à 10 cm de lui, dans un grand ours brun en peluche, afin de l'épargner. Ces flashs, ne firent que décupler la violence de ses coups. Le prêtre s'acharna sur John Martek avec une telle barbarie, que son visage même fut défiguré par la haine démoniaque qui l'animait. Ses yeux étaient remplis de ténèbres. Comme si la bête qui sommeillait en lui depuis des années, par conviction religieuse, s'était soudainement réveillée pour se livrer à ses plus vils instincts. De l'extérieur du confessionnal d'ou se trouvaient les deux hommes, on pouvait voir gicler le sang de John, qui jaillissait comme une fontaine. Le prêtre meurtrier s'acharna sur lui sans répit, jusqu'à épuisement. Et une marre de sang se répandit abondamment dans l'église, comme une trainée de poudre.

 

 

 

***

 

 

 

3 jours plus tard en banlieue parisienne.13h53.

 

 

 

Ce fut une belle journée d'été qui avait commencé. Le ciel était merveilleusement azuré et dispensait gracieusement son plus beau spectacle. Le soleil dardait ses rayons sur les nuages immaculés baignés de lumière. Puis soudain, venant de nulle part, se mit a planer une ombre dans le ciel : ce fut un corbeau noir. Il était aussi sombre que la nuit épaisse. Un immense voile éthéré grisâtre était à sa suite. Et le ciel, mystérieusement, perdit son éclat et s'assombrit de mille présages. Pris de court, le soleil ne rayonnait plus son humeur joyeuse et se retira humblement, dans un étiolement solaire. La grisaille venait progressivement d'installer ses quartiers. Dans un bruissement d'ailes, l'oiseau chargé de nuit tournoya dans le ciel grisâtre à plusieurs reprises, avant de venir se poser sur un tombeau, au beau milieu d'un cimetière. Un homme était en train de s'y recueillir : ce fut David Tognard. Il se recueillait devant la tombe de ses défunts parents. Il avait troqué ces habits de prêtre (ou plutôt d'ancien prêtre !!), contre ceux plus conventionnels. Il portait un pantalon en toile et un polo Lacoste noir, des Stan Smith blanche et fut chaussé de lunettes de soleil Rayban. Il avait également un sac de sport noir déposé à sa gauche.

 

Il regarda encore quelques secondes la tombe de ses parents en méditant, sans rien dire, le visage impassible. Puis, il soupira, et se mit à ouvrir le sac sans se laisser troubler par ce corbeau noir qui semblait le scrutait. Il en sortit un sac poubelle noir, dans lequel se trouvait la tête décapitée, émaciée et séchée de John Martek ! Il la sortit par les cheveux et la déposa sur la tombe commune de ses parents. Au même moment, le corbeau noir reprit soudainement et mystérieusement son envol. Et David Tognard, l'ancien prêtre catholique, sortit enfin de son mutisme, pour s'adresser à ses parents.

‒Chers parents. Papa, maman. Vous pouvez à présent reposez en paix, comme vous pouvez le voir, dit-il en désignant furtivement de la main droite la tête décapitée et horrifiée de John Martek, posée sur leur tombe. Qui a tué par l'épée périra par l'épée de la vengeance a dit le Seigneur. Après toutes ces années d'attente, parfois même de frustration, mes prières ont enfin été exaucées, dit le prêtre le visage froid et la mâchoire serrée devant la tombe de ses parents. La justice éternelle a rendu son verdict et j'en ai accompli la sentence. Le mal ou le bien sont des boomerangs existentiels, inscrits sur le registre de nos destinées éparses. Et quoi que nous fassions, père, mère, il y aura toujours tôt ou tard un retour de bâton. Rien ici-bas ou dans l'au-delà ne peut et ne pourra rester impuni. Rien, affirma t-il en se mordillant nerveusement les lèvres. La mort n'est pas un point final, mais juste une virgule. Je vous reverrai donc de nouveau très bientôt, pour mon plus grand bonheur. Soyez en paix maintenant, et que la très sainte vierge Marie puisse veiller éternellement sur vous. Amen !

Il se signa, fit un léger genou flexion et prit  congé d'eux.

Au fur et à mesure que le prêtre Tognard s'éloignait pour se diriger vers la sortie du cimetière, une légère brise se leva mystérieusement autour du cercueil de ses parents, faisant  soulever la poussière qui s'y était patiemment posée dessus. Puis cette brise s'intensifia progressivement jusqu'à devenir une bourrasque de vent qui fit projeter la tête décapitée de John Martek sur le sol, comme pour mieux s'en débarrasser ; ou comme pour dire que cette tête de meurtrier n'avait rien a faire sur le cercueil d'une de ses victimes. Cette bourrasque de vent mystérieuse éloigna la tête de Monsieur Martek, par roulade, sur 6 mètres environ, jusqu'a ce qu'elle vienne se heurter aux pieds d'une statue. Dans tout ce décorum funéraire, une vierge Marie en marbre blanc d'environ 1m s'érigeait avec bienveillance, les mains ouvertes, aux pieds d'un des cercueils qui bordait  l'autre côté de l'allée principale. A proximité de l'épitaphe. La tête décapitée à l'expression horrifiée de John Martek, semblait fixer à s'y méprendre, le visage de la madone. Contre toute attente, un scintillement lacrymal balbutiant commença à émaner des yeux de cette dernière. Au bout de quelques secondes écoulées sur la rivière impassible du temps, l'impossible se manifesta. Cette vierge immaculée (tant adulée de par le monde), du coin de son œil gauche fit bel et bien couler une larme. Ce fut une larme...une larme de sang !

 

 

 

 

 

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