Confinements intimes #10

Cyrille Royer

11 novembre.

Jour de commémoration. Depuis le début de la crise, entre les allures martiales de notre président, l'hommage au général De Gaulle, les cérémonies du 11 novembre, et maintenant Maurice Genevoix, si on n'a pas compris qu'on est en guerre, c'est qu'on n'a rien compris.

Les cérémonies du 11 novembre, ça me ramène à mon enfance. Le matin du 11 novembre, on suivait nos parents au cimetière du village. Là, il y avait les notables et le marguillier qui portait les emblèmes (le marguillier se tapait toutes les cérémonies, religieuses ou pas). On se disposait autour du monument aux morts, de type l'obélisque de la Concorde au format un dixième, avec les noms gravés sur les quatre faces. Les noms étaient égrenés, ponctués par des « Mort au champ d'honneur » mécaniques de l'assemblée, et c'était fini.

Ensuite, les familles se dispersaient aux quatre coins du cimetière en silence, le gravier crissait sous les pas nombreux. On va voir les tombes familiales, si les fleurs tiennent bien depuis la Toussaint, la tombe du grand-père, puis la tombe du petit cousin. On bavarde en chuchotant, on redresse un bouquet, on balaie le sable du marbre du revers de la main.

C'est un peu long, et puis il fait froid. Avec ma sœur, on va se réfugier dans la voiture en attendant les parents, dans la R18 qui est mal garée à cause de l'affluence.

Maintenant, bien sûr, c'est différent. Il s'agit de fédérer la nation autour de nos symboles, pour combattre la crise actuelle, et de faire sens.

Je pense qu'on pourrait aller plus loin. On pourrait offrir une sépulture au confiné inconnu, un type qu'on aura trouvé dans son appartement à la libération, et qu'on n'aura même pas pu identifier, tellement ça fait longtemps qu'il est là. On lui construira un mémorial, qu'on appellera le Temple de la Résilience. Ce mémorial aura la forme d'une cage avec la clé à l'intérieur.

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