Confinements intimes #21

Cyrille Royer

22 novembre.

Ce matin, j'ai couru, j'ai fait deux fois le tour de la rivière. Je tiens à rassurer les topographes, je n'ai pas été jusqu'à la source de la Mayenne au Mont des Avaloirs (j'ai regardé sur internet) ni jusqu'à l'embouchure de la Mayenne à Bouchemaine (j'ai aussi regardé sur internet), ce qui serait dans les deux cas considérablement au-delà de la limite autorisée. Non, j'ai emprunté les deux ponts autour de chez moi, distants l'un de l'autre d'une centaine de mètres.

D'ailleurs, mieux vaut se méfier. Hier, ma chérie a vu une dizaine de militaires en armes traverser la ville, sûrement à la recherche d'un déconfiné notoire. Je ne serais pas surpris de découvrir son cadavre crucifié à l'entrée de la ville.

J'entends de plus en plus d'histoires sur des gens qui ne respectent pas le confinement, mais je ne peux pas en dire plus ici. Je crains que les services secrets ne lisent ces lignes, et je ne voudrais pas que l'on envoie une escouade de malabars à mon domicile. Dieu sait quelles sont leurs techniques d'interrogatoires, surtout que depuis le vote sur la loi de sécurité globale, leur anonymat est garanti en cas de bavure.

Dans ma ville, une fleuriste a été dénoncée parce qu'elle avait mis des fleurs en vente dans une boulangerie. Sommes-nous revenus aux heures sombres de Vichy ? C'est la loi. On n'a pas le droit de faire du dépôt vente, que du « clique et collecte ». Pas le droit de vendre des produits non essentiels.

La délation est-elle un acte essentiel ?

Report this text